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mardi 12 décembre 2017
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« Être comédienne au Mali »: F.C édifie la lanterne du colloque de Biarritz

C’est une dame déterminée qui a convaincu des milliers de participants au 8e colloque international de Biarritz, sur les potentialités, dont notre pays regorge dans le domaine de la culture en général et le théâtre en particulier. Malgré les stéréotypes de la société traditionnelle et la présence d’obscurantistes djihadistes au nord et au centre de notre pays, Mme Traoré Fatoumata COULIBLY dite FC a rassuré son auditoire que la femme de scène au Mali ne cesse de s’affirmer. C’est cette combativité qui lui a d’ailleurs permise d’être sur la toile mondiale, pour représenter son Mali à ces assises internationales qui se tiennent chaque année en Europe.

En début de semaine, la ville côtière de la France, Biarritz, a abrité le 8e colloque international de l’association « Être femme ici et ailleurs », un colloque qui regroupe les femmes leaders du monde entier, afin de parler des défis auxquels les femmes sont confrontées dans des domaines bien déterminés. C’est dans ce cadre que notre compatriote, Mme Traoré Fatoumata COULIBLY dite FC, qui a été invitée non, comme une simple participante, mais pour animer un panel sur comment les comédiennes exercent leur profession au Mali, dans le contexte de crise actuelle.
D’entrée de jeu, FC signale d’abord que le théâtre, pour les Maliens, est une séance de communication au service du développement.
« Le théâtre pour le développement a fait ses preuves au Mali qui est un pays fortement basé sur l’oralité. Ainsi, les messages véhiculés, à travers le théâtre, sont vite perçus que ceux transmis dans lors des séminaires ou ateliers de formation. L’histoire profonde d’un pays et de ses peuples est la promesse pour l’avenir. C’est à travers la culture que les sociétés et les populations se reconnaissent et se l’approprient », a-t-elle lancé, avant d’insister sur l’impact du 4e art sur le développement d’un pays, malgré les contraintes auxquelles il est confronté.
« L’animation de la vie culturelle d’un pays est un gage de liberté pour sa population. Ce rôle de libérateur que joue le spectacle vivant ne l’empêche pas d’être confronté à des aspects contraignants. De l’intérieur comme de l’extérieur, la culture contribue au rayonnement du pays et à l’expansion du tourisme et du marché de l’art. De nos jours au Mali, le théâtre utile le moyen le plus efficace pour faire passer un message sur un sujet de préoccupation majeure des populations », a indiqué Mme TRAORE.

Femmes et théâtre au Mali
Selon FC, c’est l’avènement du théâtre utile qui a attiré les femmes dans le domaine, malgré les pesanteurs socioculturelles. Elle a d’abord défini le théâtre comme un moyen de communication pour le changement face à un problème récurrent.
« Le théâtre utile puise ses sources dans le « Kotéba » traditionnelles et s’oriente vers l’information et la sensibilisation du peuple. Basé sur les thèmes de préoccupations nationale et internationale, adressé à des cibles, interprété en langues locales, le théâtre utile doit aller vers des innovations afin d’être exportable. Devenues nombreuses dans le domaine du théâtre utile grâce à la transportation du « Kotéba » sur la scène, les femmes de scène en général étaient vues par un certain milieu comme des personnes de mœurs légères. Les conservateurs trouvaient que la femme ne devait s’exhiber devant le public. Se présenter sur scène a longtemps été un acte de déshonneur pour certaines familles », a-t-elle martelé, avant de faire de la détermination des femmes maliennes à relever le défi.
« Malgré cette vision, les comédiennes maliennes se sont battues contre de multiples préjugés et stéréotypes pour pouvoir s’imposer en prouvant que le théâtre est un métier noble comme celui de médecin, enseignant, sage-femme, gouverneur, ingénieure… Par le théâtre, les femmes cherchent à être reconnues comme interlocutrices aux différents niveaux du pouvoir politique ainsi que dans la famille, le quartier ou le village. De cette manière, elles tentent de résoudre des questions pratiques, concrètes et directes. Les femmes de théâtre au Mali souhaitent voir changer leurs conditions de vie concrète par une conscientisation politique, à travers laquelle elles accèderont à des postes de décision au même titre que leurs consœurs d’autres professions », a-t-elle affirmé.
Une des évolutions majeures du théâtre utile, en milieu urbain aussi bien qu’en zone rurale est, selon l’actrice, la prise en compte du rôle des femmes dans le développement.
Poursuivant son exposé, FC confirme que le travail des femmes est souvent invisible, non seulement dans leur rôle reproductif, mais également dans leurs rôles productif ou communautaire. Les femmes représentent une priorité dans le développement. « Dans de nombreux pays, ce sont elles qui assurent la plupart des travaux. Elles ont montré à maintes reprises leur capacité à mobiliser leur énergie et leur force de travail pour tirer le meilleur parti des ressources disponibles et produire des résultats tangibles et durables », a soutenu Mme TRAORE. Vu tous ces exploits, FC trouve que la communication est essentielle dès lors qu’il s’agit d’aider les groupes féminins à devenir plus autonomes et de nourrir le dialogue entre hommes et femmes sur leurs droits, privilèges et responsabilités respectifs.
En résumé, la conférencière a convaincu l’assistance qu’à travers le théâtre comme outil indispensable de communication pour un développement durable au Mali, que les femmes font référence aux codes culturels, aux traditions, à la religion comme ciment de solidarité.
« Elles mettent en avant des valeurs positives. Elles valorisent leur importance comme créatrices, génitrices, pacifiques », a-t-elle dit.
Elle précisera que les comédiennes du Mali font du théâtre simple et vrai, non pas centré sur l’individu, mais sur la société. « Ce que nous voulons, c’est communiquer, à travers le théâtre et c’est pour cela qu’il est important que notre théâtre conserve la forme de Kotèba traditionnel », a-t-elle dit, avant de conclure avec cet adage de VOLTAIRE qui stipule que « le théâtre instruit mieux qu’un gros livre ».

Par CHRISTELLE KONE




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