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samedi 19 juin 2021
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42è CSA: la duplicité

Après avoir vitupéré contre la Coordination des mouvements armés (CMA), suite à l’annonce de la création d’une Zone de Défense et de Sécurité dans le Gourma, voilà le Gouvernement de la République du Mali se faisant ultra petita qui se rue vers Kidal dans une procession pathétique, pendant que la très complaisante Communauté internationale qui abdique de son rôle d’arbitre brille par un silence complice. Une double hypocrisie qui nous replonge dans un abîme de polémiques sans fin.

En déboulant à Kidal, dès que la porte s’est entrouverte, pour y tenir la 42e session du Comité de suivi de l’Accord (CSA), selon la communication officielle, les autorités de la Transition veulent faire bouger les lignes quant à l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger dont l’application, jusque-là, reste poussive, de marquer l’appartenance de Kidal à l’ensemble national, au-delà des blocages dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation et des clivages supposés ou réels et de permettre aux populations de Kidal de s’approprier des questions qui engagent leur avenir, en ce qui est des questions de défense et de sécurité ; le développement socioéconomique et culturel ; la réconciliation, la justice et les questions humanitaires.
Pourtant, quelques jours plus, le ton était plutôt véhément au point de faire craindre une nouvelle escalade de la discorde. En effet, par Décision n°011/Pdt CMA Portant création de la zone du Gourma du 29 janvier 20211 : ‘’il est créé dans le Gourma une Zone de Défense et de Sécurité relavant de l’Etat-major Général de la CMA dans le but de mieux contribuer à la sécurité des personnes et de leurs biens en partenariat avec les forces nationales et internationales’’.

Les contorsions stériles
Réponse du berger à la bergère, par des ruades dans les brancards de la partie gouvernementale : ‘’l’acte ainsi posé constitue une transgression du cessez-le-feu conclu entre les parties et dont les causes les engagent à conserver leurs positions et flagrante violations des dispositions des articles 17, 25, et 29 de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger relatives aux questions de défense et de sécurité’’.
‘’Aussi, condamne-t-il cette décision qui fragilise le processus de paix dans un contexte de recrudescence des attaques des groupes terroristes dans la zone concernée où se déroulent les opérations ‘’MALIKO et ECLIPSE’’ en collaboration avec les forces partenaires notamment Barkhane et la Force conjointe du G5 Sahel. Elle est également de nature à compromettre les résultats probants obtenus sur le terrain dans la lutte contre le terrorisme au Mali et dans le Sahel’’.
‘’Le Gouvernement de la République du Mali rappelle sa constante détermination à poursuivre la mise en œuvre de l’Accord et lance un appel à toutes les parties prenantes à maintenir les concertations de haut niveau entre les responsables politiques et militaires, dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord, en vue d’aplanir les obstacles qui retardent encore le déploiement des premières unités de l’Armée reconstituée dans toutes les régions concernées et, de manière plus générale, le parachèvement des objectifs d’étape retenus en matière de défense et de sécurité’’.
Après, tous ces trémolos, le Gouvernement de la République du Mali, par ce voyage à Kidal qui restera dans les annales de l’histoire du Mali comme une des plus grandes tartufferies, s’écrase devant les ex-rebelles qui n’ont rien perdu de leur excentrisme et de leur talent de provocateur. Non seulement, au lieu de remettre les pendules à l’heure, il déferle sur Kidal, laissant croire que ses contorsions ne relevaient que d’une simple condamnation de principe ; mais, se montre si accommodant par son appel à toutes les parties qu’il frise le risible. Comment qualifier autrement cette opération déminage ? C’est la CMA qui crée sa zone de Défense et de Sécurité, elle ignore superbement le réquisitoire du Gouvernement ; c’est quand même le Gouvernement qui abdique.
A situations semblables, réactions réaction dissemblables. En effet, en septembre 2019, une rencontre du CSA prévue à Kidal avait été annulée au dernier moment. Le chef de la diplomatie, Tiébilé DRAME avait justifié ce report en déclarant devant des diplomates: «des éléments nouveaux (sont) intervenus». C’est éléments nouveaux, a-t-on appris de bonnes sources, tiendraient de la roublardise des responsables de la CMA qui, tout en étant signataires de l’Accord, s’affichent avec le drapeau de l’Azawad et des idées indépendantistes. En clair, aucun amalgame entre la République et une fantomatique république de l’Azawad ne devait être permis. Mais, autre temps autre mœurs !
Le silence complice
Quid de la très complaisante Communauté internationale qui brille par un silence complice dans cette violation flagrante, non démentie par la CMA elle-même, des dispositions de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. Selon l’article 52 de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali: ‘’la Médiation, sous l’égide de l’Algérie en tant que Chef de file, est le garant politique de l’Accord et du respect de ses dispositions par les Parties. A ce titre, elle : – continue d’offrir ses bons offices aux Parties ; – conseille les Parties, en tant que de besoin, dans le processus de mise en œuvre et, – joue le rôle de dernier recours au double plan politique et moral en cas de graves difficultés de nature à compromettre les objectifs et buts du présent Accord’’.
Pourtant, ‘’le Gouvernement de la République du Mali informe l’opinion nationale et internationale qu’il a été donné de constater la publication sur les réseaux sociaux de la décision n°0011/Pdt CMA, en date du 29 janvier 2021, de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) portant création d’une zone de défense et de sécurité dans le Gourma’’.
Non seulement, elle n’a pas exigée l’annulation de la décision de la CMA, contrairement à la fermeté qu’elle a affichée lorsqu’elle a décrété une zone temporaire de sécurité large de 10 kilomètres et située entre Anéfis et Almoustarat, ou lorsqu’elle a établi un périmètre de 20 kilomètres autour de Kidal afin prétendument de protéger les civils des violences, elle a préféré se murer dans un silence tombal. Pas étonnant, parce que dans les 3 cas évoqués, il s’agit de préserver les intérêts de la CMA sur ceux de la Plateforme et du Gouvernement de la République du Mali.
In fine, si la paix a un prix, ce ne sera certainement pas au prix de la pantalonnade qu’elle surviendra.

PAR BERTIN DAKOUO




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