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mardi 17 juillet 2018
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5 Janvier 1998: Info-Matin, la nouvelle aventure

5 Janvier 1998 – 5 Janvier 2018, il y a exactement 20 ans, jour pour jour, depuis que fut créé le journal quotidien privé du Mali : Info-Matin. Ce jour-là fut le point de départ d’une nouvelle aventure pour une équipe de jeunes journalistes dynamiques ayant porté haut le flambeau de la réussite d’un autre journal : Nouvel Horizon.

À l’occasion de ce 20è anniversaire, j’ai tout d’abord une pensée sincère, empreinte de reconnaissance, pour celles et ceux qui sont à l’origine de la création de ce journal et qui ont tant contribué à faire de ce Quotidien une référence dans le monde de la presse.
J’éprouve, au-delà du plaisir de célébrer cet anniversaire, une émotion particulière parce que j’ai eu la chance d’être l’un des acteurs et le premier Rédacteur en Chef de ce journal. Ensuite, parce que cette célébration me permet d’apprécier tout ce que nous aimions dans le journal : la précision du vocabulaire, l’élégance du style, la vérification méticuleuse, la passion du métier : le talent. Tout anniversaire constitue un symbole qui nous replonge dans l’histoire. Et ce 20è anniversaire du journal Info-Matin est tout un symbole de durée et de succès. Il est alors important de s’arrêter pour examiner le chemin parcouru.

1- L’identité du journal
Travailler dans la presse privée n’est pas facile, contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes, surtout dans un environnement concurrentiel difficile. Et pour incruster Info-Matin dans le subconscient du lambda malien, le Directeur de Publication, Sambi TOURE, que je salue ici la clairvoyance dans la gestion de ce journal, et nous les journalistes, nous nous sommes surpassés chaque jour parce que nous voulions faire de ce joujou nouvellement crée un journal de référence, un journal de légende, le plus beau fleuron de la presse au Mali. Ce n’était pas facile et souvent la situation était presque intenable. Il nous fallait (pour un journal de 8 pages au début et exceptionnellement 12 à 16 pages selon l’importance de l’actualité), imaginer un journal qui sort de l’ordinaire en optant pour la diversité de nos reportages, des articles politiques, économiques et des faits divers, des récits de voyage, des pages pédagogiques et littéraires, des confidences personnelles ; et surtout, avec de nouvelles rubriques. L’innovation était là pour capter l’attention des lecteurs les plus avertis et même les plus réticents à l’égard d’une presse privée qui perdait de sa notoriété à cause des maladresses. La Direction a donc décidé de sortir le journal au quotidien, pour faire en sorte qu’il soit le plus collé à l’actualité, le mieux informé, le plus juste et le plus impartial. Pour qu’il soit tout simplement le meilleur. Il fallait, pour ce faire, œuvrer inlassablement à cette volonté constante de découvertes réciproques et respectueuses dans laquelle réside la force de nos succès, née de ce besoin de partage et d’altérité qui va bien au-delà des barrières pécuniaires. Il fallait des journalistes persuadés des bienfaits de la presse, de la découverte, de la différence, ayant cette volonté d’enrichir leurs propres connaissances et mettre leurs expériences au service du journal pour lui ouvrir de nouveaux horizons. Un journal appelé à demeurer à l’écoute constante des opprimés, des lecteurs et de la communauté, qui sont, finalement, sa raison d’être et de servir. D’où, le slogan « le Quotidien des Sans-voix ».
Le journalisme pratiqué par Info-Matin était une autre vision de traiter la politique, en prenant en compte le quotidien des gens et les difficultés concrètes de leur vie de tous les jours. Toutes choses qui lui ont valu d’être taxé de « rouler » pour l’opposition. Loin s’en faut, puisque le Quotidien Info-Matin exerçait son regard critique tant vis-à-vis du pouvoir que de l’opposition. Il ne prenait pas position pour telle ou telle faction, mais entendait rester au-dessus de la mêlée en traitant les sujets officiels tout en veillant à y apporter un éclairage concret. Il fournit des analyses fouillées et des informations indépendantes, l’information de proximité, les sujets de la vie quotidienne. Les commentaires étaient distincts des faits et lorsque Info-Matin prenait position, cette démarche était clairement identifiée et justifiée.

2- L’animation de la Rédaction
Le journal a fait ses débuts avec une dizaine de journalistes et stagiaires. Sa spécificité reposait sur la répartition journalière des rubriques, afin de donner des rendez-vous fixes aux lecteurs : les analyses et les commentaires sont publiés lundi, les jours suivants, c’était l’information de proximité, les jours d’après la culture et les faits divers, les courriers des lecteurs, la détente, les sports et les loisirs. Mais l’ossature du journal, en tout temps, était principalement axée sur les arcanes ou chroniques politiques. La politique était le point fort du journal qu’il fallait maintenir et renforcer. La maquette était fonction de l’importance des sujets traités dans le journal. Il existait un comité de rédaction tous les jours à 08 h 00 au cours duquel on planifiait les journalistes par rapport aux sujets d’actualité, enquêtes et reportages. Il y avait ensuite un comité hebdomadaire restreint, généralement les vendredis, pour coordonner le travail de la semaine. Enfin, à chaque parution, le comité de rédaction faisait une analyse critique du numéro écoulé et le point sur le suivi de l’actualité du prochain numéro. Autre innovation, outre le secrétaire de rédaction, la relecture des articles par d’autres journalistes était pratiquée pour apporter les ultimes correctifs d’autant plus qu’une grande prudence était nécessaire. En effet, faut-il le rappeler, Info-Matin a été créé à un moment où l’ébullition politique était à son comble. Le pays traversait une crise économique grave accentuée par une crise politique née des divergences entre clivages pouvoir et opposition, entre pouvoir et syndicats, entre pouvoir et monde scolaire, entre pouvoir et monde religieux. Les grèves à répétition rivalisaient avec les marches de protestation, avec leur cortège de violence et de destruction des biens publics. La gestion du pays pendant cette législature finissante n’a pas été à la hauteur des attentes qu’elle avait suscitées lors des campagnes électorales de 1992. Créer donc un journal en cette période cruciale de défis n’était pas facile. Et la tâche qui nous incombait était immense dont l’exécution n’était pas sans déplaire parfois. Je me rappelle des comités de rédaction houleux où stress et psychose rivalisaient avec rigueur et respect de la ligne éditoriale. Où, souvent, on s’interrogeait sur les « intentions secrètes » de certaines de nos sources dont il faudrait, au contraire, reconnaître le courage de nous avoir aidés à surmonter cette étape difficile, dans la fidélité à l’esprit d’un combat si extraordinaire. Ces liens fortifiés ont entraîné des amitiés fortes entre la direction et le personnel et ont favorisé plus de tolérance, de bienveillance et de générosité dans la conduite du journal. Ils nous ont rendus meilleurs à chacune des étapes de l’évolution du journal.

3- Le « Quotidien des Sans-Voix »
Toute bonne action est payante, dit-on, et le résultat ne s’était pas fait attendre. Info-Matin s’arrachait comme de petits pains et impossible d’avoir le journal à une certaine heure de la journée. Le service commercial avait même de la peine à trouver de quoi archiver. La reconnaissance des lecteurs – par des mots d’encouragement – après chaque sortie du journal nous a toujours été d’un grand soutien ! Et plus enthousiasmés, nous l’étions encore, par chaque nouveau partenariat du journal.
C’est le lieu de saluer à la fois le travail qui a été accompli durant ces 20 années, dont chaque jour qui passe nous permet de mesurer les dangers. Ces dangers existent de nos jours, en témoignent les attaques contre la liberté de presse et d’expression qui ne cessent de s’amplifier. Aujourd’hui comme hier, dans le métier qui est le nôtre, nous sommes confrontés à une volonté hégémonique du pouvoir. En créant Info-Matin, Sambi TOURE n’avait pas caché ses intentions de libérer la parole et au fronton du journal, il est écrit cette citation d’Albert Londres : « Notre rôle n’est pas de plaire ou de déplaire ; il est de tremper la plume dans la plaie ». C’est dire que le « Quotidien des Sans-Voix », dans son essence même, se trouve au cœur d’un secteur essentiel dans le combat que nous menons, non dans notre seul intérêt, mais pour l’établissement de nouveaux équilibres dans l’expression de la pensée. Il s’agit de la norme libertaire de la presse, de son établissement, de son adoption et de son usage. Cette norme est à la fois pour réguler, améliorer et rendre compréhensible la liberté de la presse. Elle est là aussi pour prévenir les dysfonctionnements, les approximations et la falsification, pour encadrer les formations, pour aider les capacités et les compétences à parvenir à leur plus haut niveau d’efficacité. C’est un outil pour construire de la confiance et de la responsabilité et la possibilité qu’elle ouvre de former de nouvelles générations. Tel a été et tel sera le combat que mène Info-Matin. Toutes choses qui ont valu à son fondateur, Sambi TOURE, d’être le Président de l’ODEP et de l’ASSEP. Et le combat est loin d’être terminé pour peu que la presse malienne se trouve à la croisée des chemins. Elle est confrontée à de nombreux défis depuis de nombreuses années suite, notamment à la pauvreté, à la vétusté des équipements, à l’absence d’un chiffre d’affaires ou mieux d’un matelas financier susceptible de lui permettre de remplir ses engagements et de faire face à l’évolution technologique. En somme, le danger de la voir disparaitre se précise chaque jour davantage. Pourtant, cette presse malienne ne manque pas d’atouts, notamment un potentiel humain considérable, admirable et formidable, des hommes et des femmes courageux, engagés et déterminés à lutter jusqu’au bout de leurs forces pour la maintenir en vie. Un facteur important et non négligeable dans la lutte contre le chômage.

4- Conclusion
Aujourd’hui, 20 ans après la création du journal Info-Matin, nous pouvons nous sentir très fiers de voir le « Quotidien des Sans-voix » se hisser comme journal de référence et la célébration de ce 20è anniversaire doit être un élan pour de nouvelles aventures, pour construire ensemble un avenir toujours plus riche en informations. Avec un regard rétroactif, Info-Matin peut et doit se réjouir d’avoir véritablement participé à la consolidation d’une presse libre au Mali. Qu’il y ait eu imperfection, j’en conviendrais comme il s’agit de toute œuvre humaine, mais des résultats positifs incontestables, il y en a eu et l’histoire, la bonne, les retiendra pour toujours. Nous devons nous en réjouir et félicitons tous ceux qui y ont contribué. Mes félicitations vont à l’endroit de ces femmes et hommes d’hier et d’aujourd’hui, animé(e)s par la même passion du journalisme, le même sens du sacrifice au service de ce métier et de ce journal, qui ont hissé haut le flambeau de la réussite de la presse au Mali. Cette presse qui, dans toutes ses dimensions, est toujours en voie de mutation et que ce sont, précisément, les besoins et les exigences de chaque époque qui la modèlent et la transforment.

Par Mohamed SACKO




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