5è anniversaire de l’assassinat d’Issa DIARRA: les camarades de lutte réclament toujours justice

Pour la cinquième année consécutive, les responsables et membres de l’Union des associations et des coordinations d’associations pour le développement et la défense des droits des démunis (UCADDD), appelée «Union», ont organisé, samedi dernier, une marche funèbre, pour  se rendre au cimetière de Daoudabougou, pour se recueillir sur la tombe de Issa DIARRA, leur compagnon de lutte, froidement assassiné, le 15 novembre 2009 à Kognomani, sur les hauteurs de la Commune I de Bamako, par le jeune Ousmane COULIBALY, fils de Guédioma, un ancien conseiller municipal, qui vaque librement, disent-ils, à ses affaires, comme si de rien n’était.

Au cimetière, tous se sont recueillis sur la tombe du défunt. L’honneur est revenu au doyen Ba Kona KONTA, non moins président de l’Association pour le développement de Djanguinèbougou Wèrèda (ADDW) de faire les prières et les bénédictions pour le repos éternel de l’âme du martyr de la lutte foncière.

La marche funèbre

Selon le président de l’Union, Soungalo KONE, Issa DIARRA est mort en quête de la  défense de sa propriété. Toutes choses qui font de lui, selon les préceptes de l’Islam, un martyr de la lutte foncière.

Cette journée de recueillement en son honneur, désormais institutionnalisée, a pour but d’honorer sa mémoire, réconforter sa famille et surtout requinquer le moral de ses compagnons de lutte, appelés à poursuivre la noble lutte jusqu’à l’acquisition et la sauvegarde de leurs droits. C’est aussi pour dire qu’il n’est pas mort pour rien.

Ainsi, chaque année, à la même date, une journée de recueillement et de prière est organisée à son honneur.

Quant à son frère, Mory DIARRA, les larmes aux yeux, il dit se rappeler de l’assassinat de son jeune frère, comme si c’était hier. Mais, en bon musulman, il dit s’en remettre à la volonté de Dieu.

Cependant, reconnaît-il, la mort de son cadet a créé un grand vide. Car Issa DIARRA était tout pour lui.

Mory DIARRA a vivement apprécié cette initiative et remercié les responsables et membres de l’Union pour leur geste de sympathie et de compassion à l’endroit de leur famille.

Après le cimetière, les initiateurs de la marche, les parents, connaissances et amis du défunt, entre autres, Soungalo KONE, Famory KAMISSOKO, Yaya TANGARA, Mory DIARRA, Bah KONTA, respectivement président, secrétaire général, secrétaire administratif, frère aîné du défunt et  président de l’Association pour le développement de Djanguinèbougou Wèrèda (ADDW), affiliée à l’Union, ont fait des sacrifices d’usage, suivis des bénédictions et de la lecture du saint Coran, chez le grand-frère de Issa DIARRA.

La genèse de l’affaire

La parole a été donnée à Bah KONTA et Salif NIARE, deux compagnons de lutte de Issa DIARRA, pour revenir sur les circonstances de la mort de son défunt camarade.

Selon Bah KONTA, en 2002, les habitants de la zone de Kognoumani, en Commune I du district de Bamako, sous son impulsion, ont créé l’ADDW qui a pour but de s’atteler à la recherche des solutions aux problèmes d’eau, d’électricité et de route auxquels ils sont confrontés.

Alors, en 2004, elles ont constaté avec joie l’électrification de la zone par la mairie de la Commune I. Une délégation de l’association, conduite par lui-même, s’est rendue à la mairie pour en savoir plus sur l’heureuse initiative. Sur place, le Secrétaire général leur apprend que la zone sera démolie. Une information que la maire, Mme CONTE, aurait confirmé lors de leur prochaine visite.

Très inquiets, les responsables de l’association, à travers une délégation, ont cherché, en vain, à rencontrer le ministre de l’Administration territoriale d’alors, Kafougouna KONE, et le gouverneur du district de Bamako de l’époque, Ibrahima Féfé KONE.

Sur instruction, un responsable du Gouvernorat du district a reçu la délégation.

Selon ce dernier, raconte-t-il, la zone de recasement n’est pas au programme en Commune I. Aussi, a-t-il rassuré que les concessions ne seront pas démolies.

Peine perdue, car le lendemain, la mairie de la Commune I a envoyé des bulldozers, appuyés par 200 policiers, sur le site pour raser la zone. Aucun habitant n’a pipé mot, a fortiori s’opposer à l’opération. Excédées, les victimes ont porté plainte devant la justice. La suite, on la connait.

Les plaignants ont perdu le jugement au niveau du Tribunal de la première instance. La Cour d’appel a confirmé la première décision. La décision de la Cour d’appel a été annulée par la Cour suprême qui a renvoyé l’affaire devant la Cour d’appel.

En attendant que cette dernière ne statue pour donner son verdict, les responsables de la mairie de la Commune I ont opté pour le morcellement et la vente des parcelles. Ainsi, les nouveaux propriétaires ont commencé à construire sur leurs parcelles.

Les circonstances de la mort de Issa DIARRA

Quant à Salif NIARE, lui, a rappelé que les responsables de ADDW ont décidé de se rendre sur le terrain pour demander des explications à ceux qui sont en train de construire «illégitimement» sur leurs propriétés. C’est après des vives altercations, a-t-il indiqué,  que le jeune Ousmane COULIBALY (fils de Guédioma, un ancien conseiller municipal) a fait usage de son arme (fusil de fabrication artisanale) qui a atteint Issa DIARRA.

Transporté d’urgence à l’hôpital, le jeune a rendu l’âme. Ses compagnons ont à leur tour molesté l’auteur, et se sont accaparés de l’arme fatale ainsi que de la pièce d’identité du sergent Modibo DIARRA qui serait de l’armée de l’air.

L’auteur Ousmane COULIBALY, qui était admis aux urgences de l’hôpital Gabriel TOURE, aurait été transféré par son propre père et M’Piè DIARRA, 1er adjoint au maire de la Commune I. Le supposé assassin, Ousmane COULIBALY, aurait été enfermé le mercredi, 18 novembre 2009, avant d’être libéré le vendredi 20 pour raison de santé. Et depuis, le jeune vaque librement à ses affaires, comme si de rien n’était.

« Mais ironie du sort, trois de nos camarades qui sont partis alerté la gendarmerie ont été incarcérés pendant des jours, et accusés d’assassins. C’est lorsque les gendarmes ont compris que les parents du vrai assassin veulent étouffer l’affaire qu’ils les ont mis en  liberté provisoire », a indiqué M. NIARE pour qui  ce n’est pas par peur qu’ils ne se sont pas vengés. Mais, ils ont suivi les conseils de leurs parents et ont décidé de s’en tenir à la gestion légale de l’affaire.

Situation générale des dossiers de l’Union

Selon le secrétaire administratif de l’Union, Kognoumani fait partie des 10 dossiers en traitement au niveau de la Primature.

Il s’avère que la propriété de leurs camarades de lutte sur la zone est reconnue, mais elle n’est pas encore matérialisée.

M.TANGARA a profité de l’occasion pour remercier le Président IBK et son Premier ministre, Moussa MARA, pour toutes les actions qu’ils ne cessent de mener en faveur des populations démunies.

Aussi, a-t-il fait savoir que l’Union a compris qu’il y a des responsables qui ne veulent pas la stabilisation du pays et ils sont en train de saboter les actions du gouvernement.

Par ailleurs, le secrétaire administratif a rappelé qu’en plus des 10 dossiers, 13 autres sont bloqués au ministère de l’Intérieur et de la sécurité. Et le ministre, d’après son témoignage, refuse de les recevoir, après l’envoi de 4 demandes d’audience.

En tout cas, les responsables de l’Union sont plus que jamais déterminés à réclamer leurs droits de propriété sur leurs parcelles et autres titres fonciers injustement spoliés par d’autres citoyens avec la complicité de certains agents de l’État. Aussi, exigent-ils toujours des autorités l’arrestation et le jugement de l’assassinat de Issa DIARRA.

 

Par Sékou CAMARA

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