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mercredi 13 décembre 2017
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5è round des pourparlers à Alger: les dessous d’un report en février

Annoncés pour ce mois de janvier, les pourparlers inter-maliens d’Alger auraient été reportés en février à la demande des groupes armés du Nord. Une requête qui serait acceptée par la médiation et la partie gouvernementale. Les derniers événements survenus au Nord, notamment, le décès de l’Aménokal, le vieux Intallah Ag Attaher y est-il pour quelque chose ?

Après le deuxième round des pourparlers, qui a balisé le terrain avec la signature de feuille route et de la déclaration des cessations des hostilités, et le troisième, au terme duquel, un document de pré-accord avait été remis aux parties prenantes par la médiation algérienne, pour analyse et amendements éventuels, les pourparlers inter maliens à Alger se trouvent au point mort sans grande avancée notable.

Négociations au point mort
On se souvient que ce document, lorsqu’il a été présenté aux Maliens, il a été presque unanimement rejeté par les différents segments de la population: partis politiques et les organisations de la société civile.
Le Gouvernement du Mali, qui ne pouvait que se soumettre aux exigences de ses populations au nom desquelles il représente dans la capitale algérienne, a alors porté de profonds amendements à ce document de la médiation et le texte ainsi modifié a été présenté à la quatrième session. Ce qui n’a pas été du goût des représentants politiques des groupes armés du Nord, notamment le trio MNLA-HCUA-MAA, qui ne jurent que par “l’indépendance” ou “l’autonomie” des régions du Nord avec l’appellation “Azawad”.
Ce quatrième round des pourparlers d’Alger n’a pas duré le temps qui lui était imparti, pour raison de divergences notoires des points de vue des protagonistes. Et pour cause: la mauvaise foi de la Coordination des mouvements de l’Azawad qui a tout fait pour reléguer au second plan les questions de fond, tout en jouant sur le temps à faire distraire la médiation sur une question qui avait pourtant été tranchée, à savoir: le fédéralisme.
Une fois de plus, les deux parties n’ont, en effet, pas accordé leurs violons lors du 4e round des pourparlers, ouvert le 20 novembre 2014. Mais, les délégations se sont séparées, quelques jours après, sur une note d’espoir.
Un «Projet d’accord pour la paix et la réconciliation au Mali» a été remis à chacune d’elles par la médiation internationale que constituent l’Algérie, le Burkina-Faso, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Tchad, l’ONU, l’UA, la CEDEAO, l’UE et l’OCI.
Ledit document prévoit une administration décentralisée du Nord du Mali, durant une période intérimaire allant de 18 à 24 mois, par une Assemblée régionale, élue au suffrage universel direct et coiffée par un président.

L’exaspération
Il en est de même pour la relecture de la loi électorale devant accorder un ratio d’un député pour 30 000 habitants aux régions du Nord au lieu d’un député pour 60 000 habitants pour le reste du Mali… En outre, des combattants des mouvements armés devront être intégrés dans les corps constitués de l’État y compris au sein des Forces de défense et de sécurité et leurs grades harmonisés, dans un délai de six mois. De même les médiateurs invitent, dans le projet d’accord, le gouvernement à réaliser d’urgence des projets de développement au profit des populations des régions du Nord du Mali.
Les autorités maliennes ont salué la qualité du «Projet d’accord» à travers un communiqué de la Primature. Elles ont estimé que ce document constitue une avancée vers la conclusion d’un accord de paix, avant d’ajouter que ledit document fera l’objet d’un examen minutieux de la part des experts de chaque partie avant d’être amendé lors de la reprise des négociations, censées reprendre ce mois de janvier.
Pour cette phase cruciale, l’on parlait tantôt de la première semaine de janvier, tantôt de la mi-janvier.
Actuellement, malgré toutes ces indications avancées, aucune date précise n’a filtré, officiellement, sur la reprise tant attendue des pourparlers, ni du côté du ministère des Affaires étrangères, ni du côté des groupes armés encore moins de la médiation internationale.
Alors qu’exaspérée par la lenteur des négociations, la France a fait savoir, en début de décembre 2014, par la voix de son ministre de la Défense que “La perspective c’est janvier, avec la pression nécessaire pour que ça aboutisse. Pas uniquement en terme politique. Il y a aussi une dimension économique, un développement nécessaire du Nord du Mali. Il faut que la feuille de route soit validée”, a insisté Jean Yves Le Drian, le ministre français de la Défense. Voilà qui est clair et précis. La communauté internationale veut un accord de paix en janvier 2015. Comme le disait l’autre “la communauté internationale en a marre de ces tergiversations du MNLA. Trop c’est trop!”
Au regard des derniers développements de l’actualité surtout au Nord du pays, tout pense à croire que la reprise des pourparlers en janvier peut difficilement tenir.

Report de circonstance
Selon des sources crédibles, les groupes armés, notamment ceux de la coordination, auraient demandé purement et simplement un report pour le mois de février. Cette demande de report, qui aurait été acceptée par le médiateur algérien et la partie malienne, serait liée au décès de l’Aménokal, le vieux Intallah Ag Attaher.
A en croire ces sources, les membres veulent encore régler certains détails, liés à l’unité et à la cohésion de leurs mouvements avant de retourner dans la capitale algérienne. Toutes choses qui expliquent ce malaise dissimulé, né suite à la désignation du nouvel Aménokal, en la personne de Mohamed Ag Intallah, fils du vieux Intallah Ag Attaher, favorable à l’unité du Mali, contrairement à une autre frange de touareg, qui ne sont pas prêts à s’inscrire dans cette logique. Les attaques et affrontements à répétitions, qui ne sont pas étrangers à cette donne, auxquels on assiste ces derniers jours dans le Nord du Mali sont, selon certains observateurs, de nature à hypothéquer la reprise des pourparlers.
L’attaque terroriste qui a coûté la vie au maire d’Anderanboukane, Aroudeiny Ag Hamatou, considéré comme un partisan et un artisan de la paix dans notre pays, s’inscrit également dans cette dynamique de faire retarder ou capoter les futures négociations. Sans compter l’attaque meurtrière à Nampala dans la région de Ségou qui est venue en rajouter à cette situation déjà inquiétante.
Ces événements, malgré leur portée, qui rappellent que la situation sécuritaire dans le Nord du pays reste toujours précaire, ne doivent pas empêcher les parties à emprunter le long et difficile chemin de la paix enclenché. Car, il est établi que ces attaques sont l’œuvre des personnes malintentionnées dont leur seul agenda est de torpiller le processus de négociation en cours.

Défis et enjeux
L’État doit rester vigilant et se concentrer sur l’essentiel, a affirmé un diplomate en poste dans notre capitale, qui estime que ni le décès de l’Aménokal, ni les attaques et affrontements entre groupes armés au Nord ne sauraient constituer un obstacle au processus. Car, explique-t-il, la communauté internationale, par la voix de la France, a déjà fixé le cap et verrouillé le cadre.
Une thèse plausible si l’on en croit à l’information relative à un meeting du leader du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), Bilal Ag Chérif, tenu il n’y a pas très longtemps à Ber.
Selon nos sources, le responsable du mouvement aurait indiqué au cours de ce meeting qu’un accord sera signé, et appelé les populations à créer les conditions d’un retour de l’Administration au Nord du Mali.
L’ultimatum de la France y est-il pour quelque chose ? . Elle qui, par la voix de son ministre de la défense, a exigé l’implication personnelle des hauts responsables des groupes armés et leur présence effective en Alger à la reprise des pourparlers.
En tout cas, la médiation internationale, notamment l’Algérie qui la préside ne voudrait pas que les négociations s’enlisent. Le pays veut vite finir avec ce dossier malien pour véritablement fait face à ces agendas personnels.
Pour ce faire, un dialogue franc et sincère entre Bamako et ses interlocuteurs sur ce dossier, serait déjà une bonne option pour parvenir à cet accord. Il importe donc que la prochaine reprise des pourparlers d’Alger, énième du genre, consacre des avancées significatives entre les points de vue des protagonistes. Aux Maliens donc de se montrer à la hauteur de cet énorme défi.
Par Mohamed D. DIAWARA




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