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jeudi 18 août 2022
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Abdoulaye Diop lors de la conférence conjointe avec son homologue russe: ‘’le Mali ne permettra à aucun Etat, ni à aucune institution de lui dire avec qui il peut traiter’’

Les ministres des Affaires étrangères du Mali et de la Fédération de Russie, Abdoulaye DIOP et Sergueï LAVROV ont animé, hier jeudi, une conférence de presse conjointe, à Moscou, à l’issue d’une rencontre. Les deux personnalités ont réaffirmé la volonté de leurs pays d’acheminer ensemble.

Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Abdoulaye DIOP, a effectué du 10 au 11 novembre, une visite de travail en Russie. L’objectif de cette mission était de renforcer la coopération entre les deux États, dans le domaine militaire, et le développement en général.

Aussi, cette visite s’inscrit en droit ligne de la volonté de notre pays de diversifier sa coopération avec d’autres partenaires qui peuvent l’aider efficacement dans la lutte contre le terrorisme.
Lors de son séjour, le chef de la diplomatie malienne a été reçu par son homologue russe avec lequel il a abordé la situation politique et sécuritaire du pays.
Après cette rencontre à huis clos, les deux ministres ont animé conjointement une conférence de presse qui avait trait aux relations entre le Mali et la Fédération de Russie.
Nous avons eu des discussions très constructive sur les questions de notre coopération bilatérale qui s’appuie sur des traditions historiques et notamment les traditions de victoire sur le colonialisme et des récidives colonialistes qui se sont manifestés en Afrique et qui continuent à être observés.
« Nous avons convenu de renforcer le dialogue politique qui se déroule de façon tout à fait positive. Nous avons accordé une grande attention à la coopération économique et commerciale et nos échanges connaissent une croissance forte depuis trois ans. Le volume absolu ne correspond pas encore au potentiel de nos échanges », a indiqué Sergueï LAVROV.
Ainsi, le ministre russe a souligné la nécessité d’élargir la coopération dans d’autres domaines plus promoteurs. Il s’agit de l’énergie, de l’exploration des sols, des technologies de l’internet, de l’agriculture.
Au plan militaire, Sergueï LAVROV dit être conscient de la nécessité pour le Mali de renforcer son potentiel de lutte antiterroriste. A cet effet, il a exprimé l’engagement de son pays à soutenir notre pays en le fournissant des équipements militaires et des munitions.
« Nous allons faire tout ce qui est possible pour éviter que la menace terroriste pèse sur la structure de l’État », a-t-il promis puisqu’il y a un risque de pénétration terroriste, selon lui, dans le nord du pays suite à la décision de retrait des troupes françaises.

Et la fermeture de trois bases militaires sur 5 justement dans les zones là où les groupes terroristes sont les plus actifs était un réel danger, a estimé le ministre russe avant manifester l’intention de son pays à soutenir le Mali au Conseil de sécurité de l’ONU.

« Encore une fois, c’est aux Africains de trouver les solutions et la communauté internationale doit lui apporter son aide et son soutien », a-t-il toutefois rappelé.

De son côté, le ministre DIOP a déclaré que le Mali, en tant qu’État, ne dissimile pas ses relations avec la Russie. Il a déclaré que sa visite a pour objectif de réaffirmer la volonté des autorités maliennes à travailler avec ce pays.
« C’est une relation qu’on fait au grand jour. C’est une relation qui n’est dirigée contre personne mais qui est censée prendre en charge les préoccupations des Maliennes et des Maliens », a-t-il clarifier, avant de rappeler les liens historiques entre notre pays à la Russie.
« Ma visite ici n’est pas une surprise. Elle n’est pas nouvelle parce que la Russie et le Mali sont des partenaires stratégiques et des alliés historiques. Le Mali, à son indépendance en 1960, a pu compter sur le soutien indéfectible de l’ex URSS pour pouvoir bâtir l’économie, la société du Mali et ses forces de défense et de sécurité », a indiqué le ministre DIOP.
Le Mali défend
ses intérêts
A travers cette mission, le ministre des Affaires étrangères affirme clairement que le Mali cherche à défendre ses intérêts.
« Nous sommes là aussi pour pouvoir vraiment trouver les voies et moyens nécessaires, de donner une impulsion à cette coopération surtout sur la question de défense et de sécurité parce qu’aujourd’hui le Mali en tant qu’Etat est en train de se battre pour sa survie parce qu’il y a des plans de partition du Mali qui existait depuis longtemps et nous souhaitons que le Mali soit mis à l’abri de cela. Qu’on aide les Maliens, dans le cadre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, à se réconcilier, à trouver sa propre solution interne », a-t-il déclaré.
Si le ministre LAVROV ne voit pas de problème que des pays contractent avec une société privée russe si leur législation le permettait, son homologue malien soutient que ce n’est pas encore à l’ordre du jour dans son pays.

Il a ajouté que la stratégie de la rumeur sur un supposé contrat avec une société privée paramilitaire russe s’inscrivait aussi dans le cadre d’une campagne de dénigrement des autorités maliennes pour pouvoir vraiment mettre le pays à mal avec ses voisins, avec la communauté internationale.
« Mais ce qui est important à retenir c’est que la relation entre le Mali et la Russie c’est une relation d’Etat à Etat. Le Mali ne permettra à aucun Etat, ni à aucune institution de lui dire avec qui il peut traiter. Je crois que ça c’est une décision souveraine… Si le Mali a besoin de travailler avec des pays au Pôle nord nous allons le chercher tant que c’est l’intérêt du Mali », a-t-il lancé.

Le chef de la diplomatie malienne a déclaré que tous les pays doivent défendre leurs intérêts. Il se demande pourquoi le Mali ne fera pas de même pour ses propres intérêts en lieu et place d’un autre État.
« Nous défendrons les intérêts de notre population. Notre préoccupation aujourd’hui ce n’est pas les compagnies de société privée. Notre préoccupation c’est comment sécuriser le territoire malien. Comment créer les conditions d’un retour à l’ordre constitutionnel normal dans les meilleurs délais », a indiqué le ministre DIOP.

Selon lui, le Mali dans sa nouvelle politique de renforcer ses relations en vue d’assurer sa sécurité n’exclut aucun partenaire.

« Dans ce cadre, il est absolument normal pour le Mali de diversifier ses partenaires. Tous les partenaires, tous les amis qui le souhaitent et qui ont la capacité de pouvoir aider le Mali seront les bienvenus pour pouvoir aider le Mali à trouver ces capacités-là », a-t-il précisé, tout en appréciant les premières livraisons d’équipements de la Russie qui se sont effectuées le mois dernier.

La 1ere préoccupation des nouvelles autorités, a-t-il enrichi, c’est de donner les capacités à nos forces de défense et de sécurité pour la sécurisation de notre territoire.
« (…) Qu’on comprenne que les autorités au Mali ont la capacité de pouvoir définir et cela est notre droit, même notre responsabilité de trouver des réponses. Soit des réponses autonomes, soit des réponses avec nos partenaires de la région ou des partenaires qui viennent d’ailleurs », a ajouté le ministre DIOP.

Quant à la relation entre le Mali et la France abordée lors de la conférence de presse, le chef de la diplomatie malienne a affirmé que le Mali n’était pas contre le désengagement ou la réorganisation de Barkhane. Car, explique-t-il, la France, un État souverain, a la décision de l’utilisation de sa force armée.
Par ailleurs, souligne-t-il que ce qui semble être important pour le Mali, est que cela se fasse dans un cadre responsable, organisé compte tenu du contexte sécuritaire extrêmement complexe afin de minimiser l’impact.
Pourquoi, la Transition ne peut pas respecter le délai imparti
L’actualité politique a été naturellement au cœur des échanges. Le ministre Abdoulaye DIOP a fait le point de la situation en montrant à la Russie pourquoi il est impossible de tenir les élections en février 2022.
« La Transition politique était censée s’achever le 27 février. Malheureusement cela ne sera pas possible, pas du fait du manque de volonté des autorités maliennes parce qu’il y a des situations réelles qui sont objectives », a-t-il confirmé.
Parmi les raisons avancées pour justifier l’impossibilité de respecter le délai, il a évoqué les problèmes sécuritaires. Sur les 19 régions au Mali, seules cinq régions seront en mesure d’organiser des élections, a-t-il soutenu.
« Pour le reste, il faut que nous travaillions à sécuriser le pays, à augmenter le niveau minimal de sécurité pour créer des conditions sécuritaires de la tenue d’élections », a ajouté Abdoulaye DIOP.
Il a également rappelé la nécessité pour le peuple malien de se retrouver dans le cadre d’un dialogue, rejeté par certains partis politiques, pour convenir d’une feuille de route afin de pouvoir terminer cette transition par des élections transparentes et crédibles.
Pour cela, le ministre DIOP espère que la CEDEAO, l’Union africaine et les Nations unies puissent faire preuve de plus de compréhension. Parce qu’aujourd’hui, regrette-t-il, les sanctions qui sont imposées au Mali, lors du dernier sommet de la CEDEAO, ne sont pas des sanctions qui va l’aider à avancer.
« Je crois que ce dont le Mali a besoin aujourd’hui c’est d’écoute, de compréhension, de partenariat et d’accompagnement. Parce que ces sanctions ne peuvent que fragiliser une situation qui est déjà complexe », a-t-il estimé.

De plus, il a indiqué que la Russie, en tant que membre du Conseil de sécurité, est un partenaire important avec lequel le Mali a partagé ses préoccupations.

« Nous avons souhaité qu’elle puisse nous accompagner quelle que soit la gravité des problèmes qu’on respecte la souveraineté du Mali. Qu’on permette aux Maliens par leur génie propre de pouvoir trouver les solutions », a plaidé Abdoulaye DIOP.

SIKOU BAH




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