Abolition de l’esclavage en Mauritanie: Biram Dah Abeid en tournée au Mali

Dans le cadre de sa tournée africaine, le président de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie (IRA-Mauritanie), Biram Dah ABEID, après la Côte d’Ivoire, est au Mali, où il a rencontré, mercredi dernier, la Coalition nationale de lutte contre l’esclavage par ascendance au Mali, au siège de l’Association TEMEDT; et a animé, hier jeudi, à l’hôtel Radisson de Bamako, une conférence de presse, focalisée sur la situation de l’esclavage, érigé en système de gouvernance dans son pays, la Mauritanie.

Selon le conférencier, l’objet de cette tournée est d’amener la société civile africaine en général, et celle malienne en particulier, à engager une série d’actions communes contre le pouvoir mauritanien, au regard de l’état très critique des droits humains et de la démocratie dans ce pays.
M Biram Dah ABEID attend de la société civile africaine, à travers les institutions sous régionales, panafricaines et internationales d’alerte, et de pression, des actions en faveur des militants et responsables de IRA-Mauritanie, injustement condamnés à des peines d’emprisonnement allant de 3 à 15 ans pour avoir lutté pacifiquement contre la pratique de l’esclavage dans leur pays.
Dans son exposé liminaire, il a souligné que l’esclavage, sous toutes ses formes, sévit encore en Mauritanie, où la situation se caractérise par: la discrimination raciale, les expropriations foncières et les déplacements forcés, la torture, le musèlement de la presse, des partis politiques d’opposition, l’obstruction à la liberté d’association et d’entreprise.
En Mauritanie, soutient Biram Dah ABEID, depuis 1978 certes, les pouvoirs militaires se succèdent au pouvoir, cependant l’exercice de l’Etat reste toujours le monopole d’une composante de la population, aujourd’hui minoritaire. Ainsi, déplore l’activiste mauritanien, la domination de ce groupuscule procède d’un système esclavagiste et anti-noir.
Aussi, dira-t-il, malgré la profusion de textes législatifs contre la servitude héritée, le racisme et l’exclusion, ainsi que des normes protectrices de l’enfants et des femmes, les autorités mauritaniennes ont toujours assuré, aux esclavagistes, l’impunité totale. Parallèlement, elles couvrent les exécutions de masses extrajudiciaires de civils et de militaires noirs. La dernière en date est le jugement illégal et l’emprisonnement de 3 à 15 ans de prisons fermes depuis la fin du mois de juin 2016, de 13 dirigeants d’IRA-Mauritanie pour avoir lutté pacifiquement contre la pratique de l’esclavage dans leur pays.
Par ailleurs, soutient le célèbre conférencier, l’esclavagisme existe depuis des siècles en territoire mauritanien et dans toutes les communautés (Maures, Pulaar, Wolof, Soninké) dans son système de caste, féodal.
Toutefois, dans sa forme de violence servile, d’assujettissement de force de travail, il n’existe encore aujourd’hui que dans la société maure, dont les Harratines sont les esclaves historiques, et qui sont également la principale force démographique du pays.
Aujourd’hui, des femmes Haratines (50% de la population mauritanienne), issues de ce système, qui les discrimine encore, s’émancipe de ce déterminisme social.
Biram Dah ABEID, faut-il rappeler, jouit du soutien de nombreuses organisations internationales de défense des droits de l’homme, à travers le monde.
Ainsi, en 2013, Biram Dah ABEID a reçu le Prix des droits de l’homme, décerné tous les 5 ans par l’Organisation des Nations unies à des personnes ou associations ayant œuvré pour la défense des droits de l’homme.
Sur le plan politique, Biram Dah ABEID s’est classé 2è à l’issue du 1er tour de l’élection présidentielle mauritanienne de 2014, avec 8,6% des voix ; après le Président sortant qui est réélu avec 81 % des voix dans des élections boycottées par la Coordination de l’Opposition Démocratique.
En novembre 2014, le militant est de nouveau arrêté, avec 9 autres membres d’IRA-Mauritanie, après avoir pris part à une caravane contre l’esclavage. Il est condamné le 15 janvier 2015 à une peine de 2 ans de prison ferme pour « appartenance à une organisation non reconnue, rassemblement non autorisé, appel à rassemblement non autorisé et violence contre la force publique ».
Le 13 août 2015, une loi pénalisant l’esclavage entre enfin en vigueur en Mauritanie, cependant la pratique reste malgré tout répandue dans le pays. Ils seraient 150.000 selon l’IRA en 2014.

Par Abdoulaye OUATTARA

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *