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vendredi 18 août 2017
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Accord du désaccord : la majorité s’interroge, l’opposition dénonce

Face à la dégradation de la situation sécuritaire dans le nord du pays et surtout de l’inquiétude née de cette brusque montée de tension à Gao avec mort d’hommes causée par des tirs à balles réelles des forces de la MINUSMA sur des manifestants, l’heure est, dans notre pays, aux questionnements, à la colère et à l’indignement au sein de l’opinion nationale. Dans les états-majors politiques, les réactions et les condamnations pleuvent…

Les sauveurs d’hier sont devenus aujourd’hui les bourreaux des populations maliennes, pour lesquelles ils sont censés protéger ?
La question est diversement interprétée dans l’opinion nationale après les manifestations du mardi noir dans la capitale des Askia où les forces de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) ont ouvert le feu sur les populations désarmées faisant trois morts et huit blessés, dont quatre, grièvement. Même si la direction de la MINUSMA se défend de n’avoir jamais donné d’ordre dans le sens de tirer sur les manifestants, ceci n’exclut pas que ses forces sur le terrain aient pu faire usage de leurs armes à feu contre de simples civils qu’ils sont censés protéger.
À l’origine de cette poussée d’adrénaline, la conclusion d’un accord entre la MINUSMA et le MNLA sur la création d’une zone temporaire de sécurité, dans la localité de Tabankort. Un accord illégal à plusieurs points de vue, même s’il a été abandonné par la suite, en raison des derniers événements malheureux.
D’abord, par rapport au principe, le fameux document, à l’origine de cette tragédie qui a endeuillé le pays, se réfère à la Commission technique mixte de sécurité (CTMS) créée par l’Accord de Ouagadougou. Or, il se trouve que cette commission comprend les représentants de chacune des parties signataires de l’Accord (le Gouvernement du Mali, la Coordination des Mouvements de l’Azawad, la CMFPR et la Médiation, à travers la MINUSMA).
Par conséquent, et sauf violation délibérée de ce document sus mentionné, deux acteurs de cette commission ne peuvent pas signer un accord parallèle et vouloir l’imposer aux autres parties. Parce que toutes les questions sécuritaires relatives au conflit doivent être gérées uniquement au sein de la CTMS regroupant tous les acteurs. En signant donc de tels accords avec les mouvements séparatistes, qui n’ont toujours pas abandonné leur projet diabolique de partition du pays, concernant la sécurité des Maliens sans en référer d’abord au gouvernement, la MINUSMA a démontré par son forfait et sa complicité évidente avec le MNLA, tout son mépris envers le Mali et ses autorités légitimes.
Ensuite, par rapport au contenu, les deux ‘’parties à l’accord’’ décident de créer une zone temporaire de sécurité sur l’axe Anefif – Almoustarat et se font obligation de demeurer à 10 km en arrière de ces villes en même temps qu’il stipule que la MINUSMA occupera les deux villes pour y assurer la sécurité des personnes et des biens.
Sans être un spécialiste des questions sécuritaires, l’on peut tout de même, en lisant entre les lignes, remarquer qu’il y a une contradiction flagrante dans ce dispositif à moins que les deux parties ne visent d’autres parties à écarter de ces villes. En réalité, la MINUSMA a été piégée et la manœuvre visait à éloigner la CMFPR/GATIA/MAA de Tabankort sans obliger le MNLA et ses alliés à libérer les villages qu’ils occupent sur l’axe Almoustarat – Gao, à savoir Tinawker et Jebok. La mauvaise foi de la MINUSMA est donc manifeste.
Et voilà qui justifiait la colère des populations de Gao qui, en dénonçant la compromission de la MINUSMA avec les indépendantistes, ont été réprimées dans le sang avec usage d’armes à feu. Alors que quelques jours auparavant, une manifestation similaire, organisée à Kidal par le MNLA, et dirigée contre la même force onusienne, s’est soldée par la déroute des soldats de la MINUSMA.
Comme quoi, selon que vous soyez puissants à Kidal, ou misérables à Gao, les jugements de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) vous rendront blanc ou noir.
Toutes choses qui ne sont passées inaperçues, provoquant de vives réactions et protestations dans le camp de la classe politique.
Au-delà des traditionnelles condoléances aux familles des martyrs et la compassion avec les nombreux blessés, elle est unanime pour demander que soit diligentée une enquête sérieuse et indépendante pour identifier et sanctionner les auteurs de la tuerie des valeureux citoyens patriotes de Gao.
Pour la majorité présidentielle, il est d’ores et déjà clair que les événements douloureux qui se sont produits à Gao suite à la manifestation pacifique, du mardi 27 janvier 2015, trouvent leurs origines dans le document dit ‘’accord entre Minusma et certains groupes armés terroristes’’ suite aux affrontements de Tabankort et environnants ».
Dans un communiqué signé du vice-président du Rassemblement pour le Mali (RPM), le Bureau politique constate que ledit document a été signé en méconnaissance des accords de Ouagadougou qui souffrent, depuis dans leurs applications ; la feuille de route pour les pourparlers inclusifs ; le mécanisme actuel de négociation pour le retour de la paix globale et définitive.
Face à cette violation flagrante des ces dispositions antérieures, la majorité, par la voix du Bureau politique national du RPM, s’interroge sur la pertinence d’une telle démarche et d’un tel document de la Minusma qui est aujourd’hui à la base de la perte en vies humaines des innocentes populations de Gao qui ne méritent pas un tel sort.
Le parti présidentiel a tenu à rappeler à l’ordre la MINUSMA qui, semble-t-il, a oublié sa mission première de protection de « TOUTES » les populations civiles. Le Bureau politique national convaincu que la mission principale de la Minusma est et restera de contribuer aux côtés du gouvernement et des populations du Mali, au retour de la paix, a condamné l’initiative d’accord unilatéral avec la Minusma et les forces de déstabilisation du Mali contrairement au Statut de sa mission de paix. Tout en prenant acte du retrait par la Minusma du document contesté qui est à la base de ces événements dramatiques à Gao, le parti majoritaire l’invite, par la même occasion, à ne ménager aucun effort pour inscrire ses actions dans le processus du dialogue inclusif. Cela, ne peut pas renforcer davantage dans les esprits l’impression d’une certaine partialité pour une cause plutôt que pour une autre, et pour la défense de laquelle elle n’a pas su avoir la retenue nécessaire qui sied à toute mission de sa nature.
Le RPM enfin se réjouit de la diligence avec laquelle, le gouvernement a dépêché une mission à Gao pour apaiser la situation, et réaffirme son soutien indéfectible et son accompagnement au président de la République, à son gouvernement et à la communauté internationale pour un dénouement heureux de cette crise qui n’a que trop duré par la voix du dialogue pour que vive le Mali républicain, Laïc, Un et Indivisible.
Outre la MINUSMA, le régime aussi se trouve sous le feu de certaines critiques.
Aussi paradoxal que cela pourrait paraitre, le parti FARE pense qu’il revenait au gouvernement d’anticiper et d’ « expliquer un tel accord » aux populations de Gao.
« Face à cette évolution dangereuse de la situation à Gao », le parti de Modibo Sidibé a condamné « le manque d’anticipation et de réaction du gouvernement du Mali. »
La responsabilité de la protection des citoyens revient naturellement aux autorités étatiques, le gouvernement, mais surtout le président de la République qui est le premier garant de la sécurité de ses concitoyens. À cet égard, il doit se sentir naturellement responsable de la situation actuelle.
C’est en tout cas, l’esprit d’une autre réaction des partis de l’opposition.
Réunis, avant-hier, mercredi 28 janvier, au siège de l’URD, les présidents des partis politiques de l’opposition (l’AFP, les FARE, le FCD, le FDM/MNJ, le PARENA, le PDES, le PIDS, le PVRM- Fasoko, le PS-Yeelen Kura, le PSP et l’URD) tiennent responsables le Président et le gouvernement de la détérioration de la situation sécuritaire au Mali.
Pour Soumaïla CISSE, le candidat déchu du second tour de l’élection présidentielle et suite au sein de l’opposition, « Au lieu d’initiatives hardies mobilisant tout le pays pour rétablir la sécurité et relancer le processus politique de résolution de la crise, le président de la République et le Gouvernement s’enlisent dans l’inaction en déléguant à d’autres le soin de stabiliser le Mali».
Par Mohamed D. DIAWARA




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