Accord pour la paix: le panier de crabes

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Entre les pieds de nez à répétition de la Coordination des mou-vements armés (CMA) ; les affrontements entre mouvements si-gnataires ; les multiples gestes de bonne volonté du Gouverne-ment il plane sur le processus de paix et de réconciliation une véri-table tempête de sable.

La Commission technique de sécurité (CTS) reste butée aux ques-tions techniques liées au pré-cantonnement et à la mise en œuvre du MOC et en définir les modalités pratiques. Ce qui a conduit son Pré-sident, le Général de Division Michael Lollesgaard, également commandant de la Force MINUSMA, à se fendre d’une déclara-tion, le 20 novembre dernier, dans lequel il faisait état de son re-gret d’un certain nombre de blocages. ‘’Il s’agit, essentiellement, du retard accusé dans la mise en place des commissions DDR et Intégration ainsi que la désignation des sites de pré-cantonnement dans la région de Kidal’’, a-t-il expliqué.
Il est intéressant, à ce niveau, de rappeler l’article 20 de l’Accord qui stipule : ‘’l’intégration et le DDR se déroulent au fur et à mesure du cantonnement des combattants pour, soit l’intégration au sein des corps constitués de l’État y compris au sein des forces armées et de sécurité, soit la réinsertion dans la vie civile. Le DDR concer-nera les ex‐combattants cantonnés qui n’auront pas bénéficié de l’intégration’’.
Comme on peut le constater aisément, il n’est nulle part ques-tion de pré-cantonnement ; mais plutôt de cantonnement. S’il est vrai que l’on peut s’autoriser certains arrangements, il est tout autant indispensable de ne pas trop prendre ses aises par rapport à l’Accord qui reste le document de référence.
Malheureusement, c’est à cela que l’on assiste et de la pire des manières. Et pour cause, non seulement on sort un pré-cantonnement comme le lapin du chapeau, mais il fait l’objet d’une fixation. Quoi qu’on dise, les combattants ne sont pas tous dans la nature. Ils sont dans des camps, y compris à Kidal. À moins que du pré-cantonnement ne découle un avantage finan-cier que l’on tait par pudeur (ou par pure hypocrisie) pour atti-rer l’attention des Maliens sur des détails ! Ce qui, probable-ment, est le nœud de cette histoire glauque.
Le blocage, c’est aussi la bonne mauvaise foi de la CMA. Ce, quand bien même l’article 50 de l’Accord stipule : ‘’les Parties reconnais-sent que la première garantie de l’aboutissement de l’Accord ré-side dans leur sincérité, leur bonne foi et leur engagement à as-sumer le contenu de l’accord et œuvrer à la mise en œuvre de l’ensemble de ses dispositions dans l’intérêt de la réconciliation de leur pays, ainsi que de la paix, de la sécurité et de la stabilité du Mali et dans la région dans son ensemble’’.
Il y a mauvaise foi criarde lorsqu’après s’être battu pour la mise en place des autorités intérimaires et l’organisation des pa-trouilles mixtes, l’on se rebiffe pour exiger un Mécanisme opéra-tionnel de coordination (MOC), lancer des accusations gratuites à l’endroit du Gouvernement à propos du quota des autorités in-térimaires. Bref, la tactique éprouvée du dilatoire.
Pourtant, pour ce qui est du MOC de Gao, le poste de comman-dement est d’ores et déjà fonctionnel. Les véhicules ont été li-vrés et le bâtiment bénéficie de l’électricité et des mobiliers de bureau. L’équipement des troupes (treillis, armes, etc.) est éga-lement prêt à l’emploi. Avec une dose de bonne foi, l’opérationnalisation du MOC aurait pu commencer à Gao.
Ce qu’il faut aussi rappeler, c’est la CMA qui est si prompte à la contestation qui était attendue pour le dépôt de la liste de ses membres devant siéger au sein du Conseil National pour la Ré-forme du Secteur de la Sécurité (CNRSS).
Il y a incontestablement mauvaise foi quand on instrumentalise des femmes et des enfants pour brûler le drapeau national au même moment où la population devrait être en train de voter.
L’on ne saurait non plus passer sous silence les divergences de vues entre la Plateforme et la Coordination qui contribuent à plomber le processus en cours. C’est en raison d’ailleurs de cela que le Président de la Commission technique de sécurité a de-mandé aux représentants de la CMA et la Plateforme auprès de la CTS à consulter leurs leaders politiques afin de trouver une so-lution consensuelle à la question du pré-cantonnement.
Pour sa part, apprend-on, le Gouvernement a décidé d’accorder un pécule et de fournir un capital-décès pour les combattants non encore intégrés qui participeront aux patrouilles mixtes. Une décision importante pour laquelle la CTS se félicite.
Le décret de nomination des membres des autorités intéri-maires est pris. Cela, quand bien même qu’il est contesté par la CMA qui estime qu’il fait la part belle à sa grande rivale de la Pla-teforme du 14 juin.
En définitive, l’on se retrouve dans un embrouillamini qui semble faire les affaires de la Coordination des mouvements armés plutôt habituée à nager en eau trouble.

Par Bertin DAKOUO

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