Adhésion des ex-députés RPM à l’ADP-Maliba: les dessous d’un marchandage politique

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L’épisode de l’adhésion des désormais ex-députés du RPM à l’ADP-Maliba, liquidée par une déclaration politique au vitriol, pouvait passer par pertes et profits si elle n’avait pas vecteur de tricherie politique outrancière.
D’une manière instinctive, les démissionnaires du RPM, dans leur déclaration d’adhésion à l’ADP-Maliba, rappellent qu’ils ont mis quinze ans à se battre, dans leur ex-parti, pour le « triomphe de leurs idéaux ». Un parti dont ils viennent de quitter, après trois ans de gestion du pouvoir, ayant mis « à nu ce que nous n’avons cessé de combattre depuis les premiers jours de ce parti ». Une dénonciation à l’emporte-pièce des démissionnaires qui en dit long sur les dessous scabreux d’un acte politique qui a aujourd’hui tout l’air d’un marchandage accompli.

En concédant aux députés démissionnaires leur parcours et leur combat, au sein de leur parti, depuis ses origines, il est évident, suivant le mode de leur adhésion à l’ADP-Maliba, et surtout le laps de temps, relativement bref, qu’ils ont laissé écouler, juste après leur démission, survenue à moins de 5 cinq jours de leur adhésion à leur nouveau parti, qu’ils sont en porte-à-faux avec les valeurs politiques, pour lesquelles ils prétendent s’être battus, dès le début. Si ce n’est pas la duplicité, pour cacher un acte politique caractéristique de marchandages de premier degré, comment comprendre l’attitude des hommes politiques, de surcroit des députés, riches du parcours politique dont ils revendiquent, au sein de leur ancien parti, adhérant à une nouvelle formation, trois jours seulement après avoir quitté leur parti d’origine. Ils n’ont même pas observé ce minimum de temps de réflexion. Histoire de ne pas commettre les mêmes erreurs politiques du passé.
Sans doute, ce qu’on a mis à combattre, pendant quinze, sans jamais parvenir à l’éradiquer entièrement, il est certain que trois petits jours, cet éphémère temps compris entre leur démission du RPM et leur adhésion à l’ADP-maliba, ne sauraient leur permettre de mieux appréhender la nature des problèmes politiques de ce parti, l’entregent de ses dirigeants, pour l’intégrer, en toute confiance et en toute conscience. Cela, comme on l’aperçoit, révèle de la mystification politique de la part de Kalilou Ouattara et de ses trois autres figurants démissionnaires, lesquels, non sans fausse infamie, se projettent comme de véritables puritains politiques, pendant que toute la gloire politique dont ils se revendiquent, en se parant des lauriers de précurseurs de ces flatteuses valeurs et morales politiques, n’est qu’usurpée. Si, comme le prétendent Kalilou Ouattara et ses compagnons démissionnaires, rester au RPM allait contredire leur « philosophie d’action », il ne leur serait pas si facilement possible, ne serait-ce que par la rigueur morale dont ils se prévalent, d’adhérer, en un si laps de temps, à l’ADP-Maliba, sans la moindre précaution en la matière.
Pour des puritains politiques affirmés, comme l’admettent les principes sacro-saints, une telle légèreté d’approche serait une simple aberration. Mais nous y sommes loin : Kalilou Ouattara et les autres députés démissionnaires du RPM sont tout sauf ces bons samaritains dont ils se présentent sous les traits des combattants acharnés de la droiture ou de la morale politique intrinsèque. Ces démissionnaires, comme cela se voit plus nettement dans leur approche, manquent d’ailleurs d’élégance intellectuelle, et même morale, en se lançant à des diatribes insensées contre leur ancienne formation politique. Histoire d’en tirer quelques fausses justifications pour pointer le nez vers cette nouvelle prairie, verdoyante et nourricière, là où on annonce qu’ils ont dû ravaler leur dignité d’homme, tout court, comme monnayer, en espèces sonnantes et trébuchantes, ce nouvel atterrissage politique qui n’a pas encore fini de livrer tous ses secrets. Pour la petite histoire, les dessous sales de cette affaire politique sont bien connus de certaines coteries : en réalité, les Kalilou Ouattara de la commune III et autres députés démissionnaires de la commune II ou des localités de Kati et de Sikasso, n’étaient pas les seuls démarchés pour cette infamie politique. De nombreux autres députés démarchés, dans de nombreuses autres localités du pays, ayant repoussé l’offre infamante, ont fait des révélations qui ont confirmé le caractère hideux d’une si grossière adhésion politique.
Le jeu malsain, qui en découle, est l’illustration parfaite de l’extrême frivolité de la démarche politique des démissionnaires qui ne peuvent que dénoncer de prétendues fautes politiques imputables à leur ancienne formation en vue de se donner une candeur, même usurpée, pour cet atterrissage politique forcé. L’ADP-Maliba, pour tout le flambeau de la décence politique et de la saine gouvernance dont il se réclame, est du coup terni par les sons de sirène, entonnés par ces nouveaux illustres adhérents, qui, même dotés des pouvoirs surnaturels, ne peuvent pas juger de la « grandeur » politique d’un parti, qui n’a pas plus de quatre ans d’existence, par rapport à un autre qu’ils ont dû quitter, comme ils le disent eux-mêmes, pour mauvaise conduite supposée, et qui, lui, a près de quinze ans de vie.
L’ADP-Maliba, après avoir réussi son coup contre son allié du RPM, en se positionnant dans la perspective de la présidentielle de 2018, n’a été choisi par ces démissionnaires parce qu’il a simplement misé sur eux, en y mettant, comme l’ont révélé de nombreuses indiscrétions, le prix d’or qu’il fallait pour pousser des honorables députés, non seulement à quitter leurs anciens camarades politiques, mais aussi par finir à clamer, à grand renfort de publicité médiatique, leur adhésion à leur nouvelle destination. Sans au préalable en citer des vertus politiques, mêmes imaginaires, en appelant d’autres Maliens à y adhérer, comme ils l’ont fait, eux, en prétextant justement de ses valeurs politiques, même surdimensionnées. Pour ce marchandage politique, de haute volée financière, tout a un prix : dès lors que les démissionnaires quittent leur navire, ils bénéficient d’un traitement juteux dont le complément, en espèces sonnantes et trébuchantes, n’est libellé qu’à la seconde phase de l’opération d’achat de conscience, à savoir l’adhésion bruyante à la nouvelle prairie politique, présentée abusivement comme la meilleure destination politique du pays. Cet acquis de conscience des démissionnaires, qui ont fini par avouer, dans leur déclaration d’adhésion à l’ADP-Maliba, avoir pris conseil auprès des militants, avant de décider, comme ils l’ont fait, n’est qu’une cynique et grossière manifestation d’un mensonge politique outrancier qui ne peut mettre du temps sans se dégonfler…

Mohamed D. DIAWARA

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