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samedi 17 avril 2021
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Aérodrome de Kidal: les campeuses se radicalisent

En faisant du déplacement de l’aérodrome le prétexte très peu crédible de nuisance sonore de poussière provoquée par les mouvements des appareils, la condition sine qua non pour mettre un terme à l’occupation illicite des lieux, les campeuses de l’aérodrome de Kidal se radicalisent et envoient aux péripéties de l’Accord de 2006.

Depuis hier, un palier supérieur a été franchi dans la revendication des femmes, qui ont investi l’aérodrome de Kidal, après les violentes manifestations qui ont fait deux morts et des blessés. La vingtaine de femmes qui campent sur la piste d’atterrissage de l’aérodrome de Kidal, conduite par Zeina Wallet llady, la femme de Cheick Ag Aoussa, le N° 2 du HCUA, et ex-chef militaire du groupe djihadiste Ansar Eddine, exigeait jusque-là : la libération et la remise à la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) de toutes les personnes détenues par la force Barkhane qu’elles soient coupables ou non ; l’arrêt immédiat des perquisitions de domicile par les forces françaises ; la reconnaissance par la Minusma des deux victimes décédées lors de la manifestation de lundi dernier ; l’évacuation urgente, par les forces onusiennes, des blessés et la délocalisation de l’aéroport de Kidal loin des habitations de la ville.
Après plusieurs jours d’occupation illicite de la piste, ‘’les campeuses’’, comme on les appelle désormais, font une fixation sur le déplacement de l’aérodrome de Kidal. Pour elles, les mouvements des avions provoquent une nuisance sonore. Ce dont la population ne veut plus souffrir. En plus, elles se plaignent de la poussière que soulèvent les appareils dans leurs mouvements au sol.
Nuisance sonore ? Peut-être qu’il y en a. Cela justifie-t-il que l’on déplace un aérodrome qui vient d’être rénové à grands frais sans que personne n’y voit d’inconvénient dans tout Kidal ? Selon un communiqué de la MINUSMA ‘’la piste et ses installations avaient été réhabilitées par la MINUSMA en début d’année après de longs mois de travaux et de lourds investissements financiers’’.
En vertu de quoi une vingtaine de femmes s’arroge-t-elle le droit de bloquer une piste d’atterrissage de formuler des revendications au nom de l’ensemble de la population qui, elle, est rentrée chez elle ? Il y a là un manque de sérieux.
Pour ce qui est de l’alibi de poussière, il faut dire que le ridicule ne tue pas. À Kidal où les tempêtes de sable font partie du quotidien, il se trouve de gens qui se plaignent de la poussière que soulèvent les avions de la MINUSMA, à l’atterrissage comme au décollage. Quand on veut abattre son chien, on l’accuse de rage.
Il est évident qu’en empêchant les mouvements des appareils, c’est à la population qu’elles causent du tort. Il s’agit particulièrement des plus démunis, parce que parmi les appareils qui sont interdits d’utilisation de la piste, il y en a qui transportent l’aide humanitaire. Dans une Déclaration attribuable au porte-parole du Secrétaire général sur les incidents survenus à Kidal, on peut lire : ‘’le Secrétaire général regrette aussi les dommages matériels inacceptables causés à l’aérodrome de Kidal, ressource cruciale pour la prestation de services et l’appui à la population de la région, y compris pour la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA)’’.
Ainsi donc, ces femmes, par leur coup de force, privent de nombreuses personnes de cette aide humanitaire, dont elles ont tant besoin. Mais cela, Zeina Wallet llady, en tant que femme de Cheick Ag Aoussa, le N° 2 du HCUA, et ex-chef militaire du groupe djihadiste Ansar Eddine, ne peut pas le comprendre, parce qu’elle n’est démunie de rien.
Dans tous les cas, la MINUSMA n’est plus prête à engager le moindre kopeck dans la rénovation de l’aérodrome tant qu’elle n’aura pas reçu d’engagement ferme qu’il ne sera pas vandalisé.
Par ailleurs, la focalisation sur la délocalisation de l’aéroport de Kidal loin des habitations de la ville n’est pas sans rappeler l’Accord pour la restauration de la paix, de la sécurité et du développement de la région de Kidal, du 4 juillet 2006. Il s’agit du point III du Sommaire, ‘’Prise en charge des préoccupations sécuritaires immédiates’’, au numéro 2 qui stipule :’’poursuite du processus de délocalisation des casernes militaires dans les zones urbaines conformément aux dispositions du Pacte National’’.
Cette revendication, incongrue finit par convaincre les plus sceptiques que les campeuses de l’aérodrome sont en mission commandée de leurs époux. L’on devrait donc s’attendre de leur part à de nouvelles exigences.

Par Bertin DAKOUO




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