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lundi 19 avril 2021
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Affaire de déstabilisation: les accusés blanchis mais non libérés

La Chambre d’accusation de la Cour d’Appel a ordonné hier mardi la mise en liberté pour les personnes accusées de déstabilisation du pays, après près de trois mois de détention à la prison centrale. Une décision prévisible, selon plusieurs avocats qui témoignent qu’il n’y avait dans le dossier aucun fondement juridique et des preuves démontrant une possible tentative de coup d’Etat.

Comme une trainée de poussière, l’arrestation du chroniqueur Mohamed Youssouf BATHILY a fait le tour de la ville et des réseaux sociaux, le lundi 21 décembre 2020. Aussitôt, le Groupe renouveau a fait un communiqué pour dénoncer l’arrestation arbitraire de Ras Bath qui anime l’émission ‘’Le Grand dossier’’ sur ses ondes. Le lendemain, d’autres responsables de services de l’Etat ont été arrêtés et placés sous mandat de dépôt accusées pour les mêmes faits. Il s’agit de Vital Robert DIOP, directeur général du Pari mutuel urbain (PMU) ; Aguibou TALL, responsable d’une agence œuvrant à l’accès aux télécommunications ; et les deux hauts cadres du Trésor public (Finances de l’État), Mamadou KONE et Souleymane KANSAYE.
Contrairement aux autres, l’ancien Premier ministre Boubou CISSE, qui était également cité dans l’affaire, n’a pas pu être incarcéré. Selon des sources proches de ce dernier, il a trouvé refuge dans un endroit tenu secret. Et depuis sa cachette, il a dénoncé une tentative politique destinée à lui porter préjudice tout en affirmant qu’il ne s’est jamais associé à une action de déstabilisation contre le pays.
Pendant tout ce temps, la justice est restée silencieuse. Et c’est une semaine après les arrestations que le Procureur de la République Mamadou KASSOGUE livre enfin les raisons qui avaient conduit à l’arrestation de Ras Bath et quatre personnes, à travers un communiqué. Ainsi, dans ce document, le magistrat avance les motifs de leur arrestation. Selon lui, ils ont été arrêtés ‘’suite à une dénonciation des services de sécurité faisant état de faits d’atteintes à la sûreté de l’État’’ et qu’ils avaient été ‘’mis à la disposition’’ du service d’investigation de la Gendarmerie nationale ‘’pour les besoins de l’enquête’’. Consécutif à ces accusations, les cinq personnes ont été mises à la disposition de la justice pour les besoins d’enquêtes plus approfondies.
Après plus de deux mois de détention, la procédure vient d’être annulée par la Cour suprême hier mardi. Pour de nombreux responsables de la presse et des observateurs, la Transition aurait pu se passer de cette affaire qui pourrait porter un sérieux coup à son crédit. Ce, d’autant plus qu’il est attendu que pour une bonne marche de la Transition, les nouvelles autorités, sur tous les plans et dans tous les domaines, affichent la sincérité et non le contre.
De son côté, Me Kassoum TAPO, l’un des avocats de la défense, après la décision de la Cour, a expliqué que la Cour a annulé la procédure et les mandats des dépôts tout en ordonnant la mise en liberté immédiatement des personnes arrêtées. Par conséquent : l’annulation de la procédure met fin à cette affaire dite complot ou déstabilisation contre l’Etat.
Boubacar YALCOUYE, l’un des responsables du Collectif pour la défense de la république (CDR) dont Ras Bath est le porte-parole a salué cette décision qui renforce la confiance de la population en la justice. Aussi, elle atteste que le principe de la séparation des pouvoirs est une réalité. « Dans ce dossier, le droit a été dit. La justice s’est assumée », a-t-il affirmé.
Ainsi, pour des raisons non encore inavouées, ces personnes et responsables de services de l’Etat viennent de passer injustement plus de deux mois en prison.
Dans l’après-midi, des centaines de personnes se sont mobilisées devant la prison centrale de Bamako pour accueillir les prévenus dont la libération a été ordonnée par la Cour. L’occasion également pour ces manifestants de saluer le courage de la justice malienne de dire le droit.
Mais, au moment où nous mettions sous presse, les personnes ci-dessus citées n’avaient pas été libérées. Selon des sources proches du dossier, les ordres d’extraction n’avaient pas été signés par qui de droit. Du coup, nonobstant la décision de la Cour d’Appel, elles ne pouvaient être rendues à la liberté par les gardes. L’on a appris dans la foulée que les membres du Parquet avaient été convoqués par le ministre de la Justice pour consultation. Il y a-t-il en projet l’ouverture d’une nouvelle procédure après que la présente a été frappée de nullité ? En tout cas, un Procureur avait mis en garde : « aucun Procureur n’est fou pour classer ce dossier », pourtant jugé vide par la Chambre d’accusation de la Cour d’Appel.

Par Sikou BAH




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