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mardi 12 décembre 2017
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Affaire de l’avion et des équipements militaires: la raison d’Etat bégaie face aux sanctions attendues

Après la Cour suprême, le Bureau du Vérificateur général a rendu public mercredi dernier son rapport final d’audit sur la Vérification de conformité et de performance de l’acquisition d’un aéronef et la fourniture de matériels HCCA (Habillement, couchage, campement, alimentation), de véhicules et de pièces de rechange. La question qui taraude les esprits, et alimente la polémique dans l’opinion c’est : le régime va-t-il donner suite à ces rapports d’audit comme il en a été de tous les rapports transmis au Président IBK depuis son investiture ?

Sévira, sévira pas le Kankelentigi qui a promis à son peuple, tel est désormais le pari dans les grins à travers le pays ? En tout cas, l’opinion nationale et internationale attend de voir jusqu’où le Président IBK et son gouvernement joueront-ils la carte de la transparence et de l’impunité zéro en livrant à la Justice, sans aucune entrave, tous ceux qui sont trempés jusqu’au cou dans les crimes de  détournement et complicité de détournement de fonds publics; de délit de favoritisme ; de faux et usage de faux ; de trafic d’influences portant sur plus 29 milliards de nos francs ?

Le défi de la transparence

Parce que ni l’une ni l’autre ne se satisfera du sacrifice à la colère des dieux de la Finance d’un pelé, de deux galeux, de quelques menus fretins, comme dans la Fable de la Fontaine. Parce qu’en homme de parole, Kankelentigi, en leader au-dessus de tout soupçon dont l’intégrité, la moralité et la probité à l’égard des deniers publics (6 ans à la Primature, 5 ans au perchoir, 6 ans de dignité dans l’Opposition), le Président IBK a fait le serment devant son peuple de le servir avec loyauté et intégrité en menant une lutte implacable contre la corruption et l’impunité :

« Nul ne sera au-dessus de la loi. Elle s’appliquera de manière égale à tous. Je mettrai fin à l’impunité, aux passe-droits qui sont à l’origine du dévoiement des institutions judiciaires et étatiques.

La restauration de l’autorité de l’Etat se conjuguera avec une lutte sans répit contre la corruption qui inhibe notre capacité à sortir du sous-développement économique et social.

En tant que Président de la République, je veillerai à la bonne gestion des deniers publics. Je mettrai en place les mécanismes appropriés pour assurer la transparence et l’efficacité de la dépense publique. Nul ne pourra s’enrichir de manière illicite sur le dos du Peuple Malien. » (Cf :Extrait du Discours d’Investiture).

IBK, une probité intacte

Les Maliens qui ont largement voté pour le Président IBK le savent homme d’Etat, homme d’honneur et d’engagement. Dans le cercle de plus en plus restreint de ses amitiés et de ses fidélités (contraintes de la fonction présidentielle obligent), on affirme, avec beaucoup d’amertume et de colère, que cet homme peut se tromper ; mais ne trempera jamais dans la magouille et dans la combine.

A contrario, dans l’opinion publique malienne, devant les scandales et les affaires à répétition, la conviction chancelle, le doute s’installe. Beaucoup de partisans désarçonnés par la tournure des affaires, veulent parier gagnant en comptant sur « la parole » de leur champion. Ont-ils tort de se fier encore à IBK ?

Malgré le retentissement assourdissant des affaires qui ont émaillé son pouvoir naissant, de sa prise de fonction à ce jour, la probité et l’intégrité de l’homme n’ont jamais été remises en cause de même que sa volonté constante d’éradiquer la corruption et l’impunité. Autour d’un tel leadership, les attentes populaires deviennent très vite un torrent d’espérance, d’impatience et d’exigence qui ne s’accommode pas de l’approximation, de l’amateurisme, surtout de l’irrégularité (donc de la faute) en matière de gouvernance.

La faute, ce n’est pas le choix, ni même la décision d’acquérir un avion (pour le Mali et non pour le Président IBK) et des équipements militaires pour les soldats d’un pays en guerre. Nul ne remet et ne peut remettre en cause la décision souveraine du Mali d’avoir un avion ou de doter son armée en équipement. Ces décisions sont souveraines, et relèvent de la raison d’Etat.

La faute, c’est tout ce que les rapports d’audit de la Cour suprême et du BVG ont établi et qui malheureusement sont aujourd’hui sur la place publique avec des chiffres et des lettres, des montants faramineux et des noms célèbres.

L’image d’Epinal

écornée

Le seul rapport d’audit du BVG met en évidence 13 irrégularités au niveau des ministères de la Défense et des anciens combattants et de l’Economie et des finances. Les faits énoncés, dénoncés et proposés à la saisine du Procureur de la République s’analysent, au niveau du bas peuple qui a voté pour IBK, ni plus ni moins comme un vol éhonté. L’image d’Epinal du pouvoir en prend pour ses galons. C’est dommage, c’est une véritable claque.

La pertinence de la raison d’Etat qui a prévalu à l’acquisition de l’avion et des équipements militaires bégaie face à l’ampleur de la magouille et aux suites qui se font toujours attendre. Pour un Président qui s’est engagé à bâtir une « République exemplaire et intègre» où «l’exemple viendra d’en haut», les alternatives ne sont hélas pas nombreuses pour rétablir le climat de confiance avec l’opinion, mais surtout avec les bailleurs.

Les rodomontades (les auteurs des irrégularités seront poursuivis, sans entrave), les accusations mutuelles (ce n’est pas moi, c’est lui), les dénégations (je n’avais rien à voir avec l’affaire), etc, paraissent comme des pitreries qui ne convainquent, ni ne satisfont personne. Au contraire, elles ne contribuent qu’à discréditer un régime né du socle d’une légitimité trempée d’acier.

En accédant au pouvoir le Président a mis la barre haute, en matière d’intégrité et de probité. Il a promis de bâtir, non un pays de cocagne avec des distributeurs de milliards à chaque coin de rue, mais  «un pays dirigé par des hommes responsables. Un pays géré par d’honnêtes serviteurs de l’Etat. Un pays protégé par de vrais patriotes. Un pays guidé par un homme qui connaît son peuple, qui écoute son peuple, qui aime son peuple». Y sommes-nous avec ces affaires ? A qui la faute ? Qui faudrait-il sanctionner ?

 

L’obligation

de sanctionner

Pour beaucoup, aujourd’hui, le choix est devenu cornélien pour le régime. Pour s’être engagé sur le terrain miné de la transparence choisi par le FMI (publication des rapports d’audit et sanction contre les auteurs des irrégularités), le régime ne peut plus faire marche arrière et n’a plus d’autre choix que de frapper. Il faut frapper et frapper fort. Mais qui frapper, avec quel bâton et jusqu’à quel niveau ?

Au regard de la forte attente de l’opinion et des exigences des bailleurs de fonds, le régime du Président IBK pourrait difficilement s’abriter encore derrière la raison d’Etat (« La raison d’état est une raison mystérieuse inventée par la politique pour autoriser ce qui se fait sans raisons», selon Saint Évremond) pour ne s’engager que sur le terrain des sanctions administratives en limogeant quelques têtes connues.

Beaucoup de rumeurs créditent aujourd’hui la thèse d’un remaniement bidon à travers lequel on sacrifierait quelques têtes connues, pour sauver la face. Mais la mise reste entière : il faut convaincre les Maliens et les PTF sur les choix des décisions et sur sa volonté de transparence. Il faut qu’il y ait des vraies sanctions contre les vraies coupables. Il y va de l’avenir des relations financières avec les PTF et de la préservation de l’immense capital de confiance et du respect dont jouit le Président IBK auprès des Maliens. Exigence de justice, respect de la parole donnée obligent.

Affaire à suivre

 

Par Bertin DAKOUO

 




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