Search
jeudi 21 septembre 2017
  • :
  • :

Affaire LAZAREVIC : quand satan conduit le bal

La libération de Serge Lazarevic, détenu quelque part dans le nord depuis trois ans, en même temps qu’elle réjouit le camp français produit  pour différentes raisons de sérieux grincements de dents côté malien. Au-delà de l’émotion créée, on comprend mieux comment certaines situations ont pu se créer, résister au temps et prospérer pour faire le lit de l’économie criminelle qui alimente la crise dans le septentrion malien. Cependant, devant les exigences de la réal-politique, quittons le terrain des passions pour servir de façon plus digeste l’économie d’une conversion qui a bien pu se dérouler entre Paris et Bamako préalablement à la transaction controversée. Les lecteurs sont avertis que les acteurs de cette conversation sont tellement criants de vérité que toute ressemblance avec des personnages de roman ne pourrait être que le fruit d’une imagination débordante.

– Allo, camarade, comment vas-tu ? Bien, j’espère.

– Aussi bien que pourrait l’être un homme déçu et soupçonneux. A qui se fier de nos jours ?

– Bof ! Tu sais la politique ça fonctionne comment. Un peu de joie de temps à autre et beaucoup de couleuvres à avaler le reste du temps. Au juste, as-tu des nouvelles de mon pensionnaire de l’Adrar des Ifoghas ?

– Tu sais bien que je n’ai plus quelqu’un de sûr dans la zone. C’est plutôt à toi qui a les oreilles larges de me dire comment il se porte.

– Effectivement, j’ai reçu tantôt la visite de sa famille : sa mère, sa sœur et une fille adorable qui brûle de passer Noël avec son paternel. Diane, qu’elle s’appelle la gamine. Dans le même temps, des personnes à qui le vent d’Alger a semble-t-il donné un rhume compliqué me demandent une potion pour les soulager. Naturellement, j’ai prescrit le « lazar-elargisum » seul produit testé efficace et disponible en ce moment. Ils sont prêts à le prendre mais voudraient aussi en donner à deux de leurs rejetons douloureusement arrachés à leur affection et qui sont tes hôtes à Bamako.

– Ah, non, non et non ! Je te vois venir mais ça, c’est au dessus de mes forces ! Tu te rends compte que l’un de ces énergumènes a tué un garde pénitencier avant de provoquer une petite guerre dans les rues de Bamako !

– Je suis désolé pour le garde mais il n’avait qu’à lire son horoscope ce jour-là ! L’énergumène, comme tu l’appelles, est le prix à payer pour que mon pensionnaire fête Noël en famille et j’y tiens particulièrement, camarade. Pour te consoler, sache que tu réalises un bon ratio de deux contre un, comparé à celui des palestiniens qu’on livre souvent par paquet de cinq cents contre un seul israélien ! Crois-moi, tu ne perds pas au change, camarade !

– Mais comment expliquer tout cela ? Je n’ai qu’une parole, moi !

–               On n’a qu’une parole avant de devenir président. Après, il faut faire face aux réalités et les réalités ne se gèrent pas avec des paroles. As-tu créé, toi un ministère de la parole ? Pourquoi suis-je selon toi l’objet de tant de railleries en ce moment alors que j’étais un homme sans histoire avant de devenir président? C’est la règle du jeu. Comme tu as déjà dit à tout le monde que tu n’es pas à la barre, alors il n’y a rien à expliquer. De toutes les façons, l’énergumène, tu l’as déjà chopé une fois après une évasion. Tu le reprendras certainement puisqu’il aime la belle vie et qu’il aura besoin de dépenser en galante compagnie les indemnités de privation de liberté qu’on est obligé de lui verser.

– Toi, ne me parle surtout pas de versement d’argent ! Après le FMI et les rapports d’audit, tu ne vas pas remettre ça ! Tout de même, il me faut des raisons plus valables?

– Tout à fait camarade et je t’en sers trois. D’abord, comme tu n’es pas à la barre, sache que c’est moi qui tiens le gouvernail au nord d’où sont originaires les deux énergumènes et où ils sont considérés par leurs fractions comme des « Robins des Bois ». Ensuite, il y a deux raisons plus personnelles celles-là : la « Tigresse » et le « Nain ». Rassure-toi, ce n’est pas un conte mais bien deux individus qui ont le chic de m’énerver en ce moment. Figure-toi que la « Tigresse » a eu le toupet de me vilipender dans un ouvrage caustique et elle promet de remettre ça bientôt. C’est pourquoi, j’entends donner la parole à l’angélique Diane en cette fin d’année pour faire contrepoids à ses manœuvres de déstabilisation. Pour ce qui est du « Nain » (que le syndrome d’Ebola l’emporte celui-là !), il vient de signer son retour en politique. Après ses exploits en Libye et au Mali en 2012, ce retour s’il devait être gagnant, n’annonce rien de bon pour toi et ton pays. As-tu pigé maintenant?

– Cinq sur cinq, camarade car je sais ce qu’est la calomnie. S’agissant des deux prisonniers, comme on vient de m’informer que du côté de Niamey on souhaite leur poser quelques questions, je donne séance tenante mon accord pour leur transfert au Niger. Après tout, ils sont peut-être nigériens ! L’affaire n’est donc plus de mon ressort !

– Merci, camarade. Je te revaudrais ça !

Par des moyens difficilement avouables parce que moralement et juridiquement insoutenables, on vient de tirer Lazarevic du désert et des griffes de dangereux terroristes. Reste à tirer le désert de Lazarevic et de tous les autres protagonistes de cette affaire. Mais cela, c’est une autre paire de manches.

Mahamadou CAMARA

camara_m2006@yahoo.fr

 




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *