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samedi 22 juillet 2017
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Affaire LAZAREVIC-WADOUSSENE: transparence en mi-teinte ou aveux de faiblesse

Le gouvernement du Mali, par la voix de son ministre de la justice, des droits de l’homme et garde des sceaux, Me Mohamed Ali BATHILY, reconnaît sur les antennes de France 24 que 4 terroristes ont été relâchés en échange de la libération de Serge LAZAREVIC. Exercice de transparence ou aveux imposé par la levée de boucliers notamment de la part de la veuve du garde assassiné, des surveillants de prison et des associations de défense des droits de l’Homme ?

Dans un communiqué rendu public le 9 novembre dernier, le Mali reconnaissait avoir pris part à la libération, notait son soulagement suite à la libération de Lazarevic, tout en faisant l’impasse sur la contrepartie de l’opération qui n’était déjà qu’un secret de polichinelle. Comme toute justification, a posteriori, le Mali dit officiellement,  que «  l’amitié pour son pays (la France), et notre honneur nous commandaient de prendre toute notre part dans sa libération».

Avec la sortie sur les antennes de France 24 du Ministre de la Justice, des droits de l’homme, Me Mohamed Ali BATHILY, et ses confidences à l’Afp, les choses sont désormais claires : la part prise par le Mali dans l’opération a consisté à libérer 4 terroristes pour que Lazarevic soit libéré. Le premier des ministres du gouvernement MARA affirme, en effet : « Au Mali nous avons pris part aux négociations ayant abouti à la libération de Lazarevic. C’est un fait, tout le monde le sait. Ce n’est pas de gaieté de coeur que le Mali s’engage dans de telles décisions. Elles relèvent d’une réalité politique plus forte qu’on ne peut pas ignorer dans les circonstances dans lesquelles le pays se trouve. Le bénéfice est de garder encore une fois cette bonne coopération que nous avons toujours eue avec la France. »

Il faut bien donner acte d’une certaine volonté de transparence du le Ministre de la Justice, Me Mohamed Ali BATHILY, qui sait ce qu’il dit, lorsqu’il soutient que ce n’est pas de gaîté de coeur que le Mali a élargi, par deux vagues successives, les 4 terroristes en échange de la libération de Serge LAZAREVIC. Il s’agit, outre des organisateurs de l’enlèvement, en 2011 à Hombori, justement des deux Français (Mohamed Aly Ag Wadoussène, Haïba Ag Acherif) ; de deux jihadistes auteurs de graves violations de droits de l’homme perpétrées pendant l’occupation : le Tunisien Oussama Ben Gouzzi et du Sahraouis, Habib Ould Mahouloud.

Une volonté de transparence, a posteriori, sans la pression des organisations de défense des droits de l’homme, mais aussi surtout du désarroi légitime de la famille du gardien de prison assassiné par Mohamed Ali Ag Wardossène. Famille à laquelle, l’Etat par la voix du Ministre BATHILY exprime toute sa compassion et promet justice si jamais l’Etat parvenait à mettre encore la main sur Wadoussène.

Et si jamais, il convient d’ajouter, par le hasard de la mise en oeuvre de la real politik, sa libération ne soit pas encore dans la balance pour sauver la vie d’un autre ressortissant « de pays qui sont quand même venus nous aider dans des moments les plus critiques ».

Lorsque le Ministre en charge des droits de l’Homme justifie par la real politik la libération de 4 terroristes coupables des pires exactions et d’assassinat d’un soldat malien, les défenseurs des droits de l’homme perdent leur latin. A ceux qui s’émeuvent et font dans une hypocrisie de circonstance, le Ministre BATHILY explique que 38 militaires, préfets ou policiers maliens ont déjà été libérés « de la même manière et avec le même type d’échange », après la visite meurtrière de MARA à Kidal. «Sauver la vie, plaidera l’Avocat, a été une constante dans l’attitude des autorités maliennes chaque fois que des innocents ont eu leur vie menacée ». Aussi, dans le cas de LAZAREVIC, « le Mali ne peut pas faire moins pour les ressortissants de pays qui l’ont aidé que ce qu’il a fait pour ses propres fils ».

C’est tout à l’honneur de notre pays de montrer sa reconnaissance, et de renvoyer l’ascenseur quand il le peut. Car, Dieu qui pardonne tout n’aime pas l’ingratitude. Mais, dans cette opération, pourquoi échanger 4 personnes contre une seule. La vie du Français pèserait-elle si lourd dans la balance de la gratitude que le Mali manifeste ainsi ?

Que Non, répond le Ministre BATHILY : «Il ne s’agit pas de dire qu’une vie est supérieure ou inférieure à une autre, toutes les vies se valent pour sauver une vie, ce n’est pas le nombre de libérations qui compte, c’est la vie qu’on sauve qui compte.»

Belle manifestation de la charité d’âme de l’Etat qui sonne comme un aveu lorsqu’il oublie la mémoire des victimes maliennes dans sa précipitation à payer la dette de sang à la France, que Jean-Yves Le Drian ne cesse de rappeler sans ménagement : « Je pense que les populations civiles du Mali sont tout à fait conscientes du rôle que joue la France pour l’intégrité du Mali. A leur arrivée ce sont les mêmes populations qui ont applaudies les soldats français et aujourd’hui je pense qu’elles ne l’oublient pas ». Devoir de reconnaissance, pour notre honneur, certes, mais aussi, pour notre fierté, devoir de reconnaissance. Les deux dans une même balance. Est-ce pour équilibrer tout cela que le Président a reçu ce week-end le syndicat des surveillants de prison ?

Par Bertin DAKOUO

 




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