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mercredi 18 octobre 2017
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Affaire LAZAREVIC-WARDOSSENE: l’opposition dénonce la ‘‘promotion de l’impunité’’

Après trois de captivité, le dernier otage français, Pierre Lazarevic, a été libéré, quelque part non loin de Kidal, mardi par une Katiba du groupe terroriste Al Qaeda au Maghreb Islamique (Aqmi). Derrière le soulagement et la joie affirmés et affichés, les interrogations pleuvent ; et sans réponse. En effet, au-delà, de quelques intervenants et entremetteurs, c’est officiellement l’impasse sur les conditions effectives de la libération : y a-t-il eu rançon ? Quel est le montant ? Qui a l’a payé ? A Qui ? Sinon, Aqmi s’est-il contenter, comme beaucoup le disent d’un échange avec deux de ses éléments en contrepartie de la libération de Serge Lazarevic ? Que représentent pour Aqmi Mohamed Ali Ag Wardossène et Haïba Ag Achérif ? Qu’est-ce que le Mali gagne dans la libération des deux lascars ?

Après 1000 jours de captivité, Serge Lazarovic est libre,et après, comme le dit si bien Nicolas Dupont-Aignan de «Debout la France», «Tout le reste appartient au secret.» Devrait appartenir au secret. C’est comme cela que ça devrait. Un secret bien ficelé et scellé entre Etats qui ne laisse rien apparaître et transparaitre. Mais là, on est au 21ème siècle, les Etats n’ont plus le monopole du secret et ne sont même plus maitres de leurs propres secrets. Des secrets d’Etat bien souvent éventrés et mis au grand jour leur volonté de silence et d’intimité qui conviendraient aux relations d’Etat.

Dans le cas de la libération de l’otage français, le grand secret relèvera du domaine du Polichinelle ; parce qu’il intervient dans un domaine d’intérêt public qui soulève toujours des questions légitimes: la lutte contre le terrorisme. Parce qu’un Etat dit-on ne traite pas avec le terrorisme, mais le combat. Donc, l’opinion internationale a tendance à demander, comment l’otage a été libéré. Et la boite à Pandore est ouverte, avec elle le grand secret qui, dans le cas présent, laisse tomber bien des masques.

Contre les principes généralement admis, il y a eu négociations en vue de la libération de l’otage. Mais entre les principes et la raison d’Etat, la balance penchera forcement vers l’intérêt de l’Etat. Or, on sait en la matière, les Etats n’ont ni amis ni d’état d’âme quand leurs intérêts sont en jeu. La vie d’un ressortissant français dans le Sahel procède de cet intérêt, mieux est à la confluence des intérêts de plusieurs Etats : la France d’où est originaire Serge Lazarevic, le Mali où il a été libéré et le Niger où il sera livré. On comprendra pourquoi ce sont les trois pays qui se sont mouillés, pardon qui ont mouillé le maillot dans l’affaire.

Une affaire bien heureuse pour les uns, bien embêtante pour d’autres. Si la France savoure son succès diplomatique avec la libération du dernier otage qu’il avait à son compteur, et se félicite d’avoir arracher un de ses ressortissants aux griffes de terroristes sanguinaires (la preuve, le compagnon de Lazarevic a été exécuté par la même bande de fous de Dieux), il faut s’interroger sur l’intérêt qu’avaient le Mali et Niger de s’impliquer pour la libération de Serge Lazarevic. Intérêts d’Etats compréhensibles : l’amitié de la France compte quand on est un pays pauvre. Et ce n’est pas la première fois que le Mali et le Niger interviennent pour aider à la libération d’otages français.

Si la libération des otages d’Arlit au Niger est toujours d’actualité, les maliens n’ont pas oublié celle de Pierre Camatte. Si l’intérêt l’Etat malien d’alors lui dictait alors de prendre toute sa part dans la libération de ce français en élargissant quatre terroristes, aujourd’hui, l’amitié de la France qui a envoyé des milliers de soldats donner leur sueur et leur sang pour notre pays (11 soldats français ont été tués depuis Janvier 2013 pour le Mali) et l’honneur du Mali commandaient de prendre toute notre part dans la libération de Serge Lazarevic.

Notre pays se devait-il de libérer deux terroristes pour sauver la vie d’un français ? Surtout quand un de ses terroristes a tué de sang froid un soldat malien lors son évasion de la prison centrale de Bamako ? La réponse à cette n’est pas aisée, tout comme on peut l’imaginer l’a été surement la décision de libération de Mohamed Ali ag Wadoussène et Haïba Ag Achérif.

L’Opposition malienne, dans un communiqué qu’elle a publié mercredi, après s’être réjouit « de la libération du ressortissant d’un pays ami, arbitrairement détenu sur notre territoire » dénonce ce qu’elle appelle une « opération de promotion de l’impunité qui ne crédibilise pas la lutte contre le terrorisme ». Les partis FARE, PARENA, PDES, PIDS, PS, PSP, PVRM et URD, Mohamed Ali ag Wadoussène et Haïba Ag Achérif « auraient dû répondre devant la justice du Mali des crimes qu’ils ont commis, (dans le cas échéant) le Président aurait pu alors, s’il y était contraint, exercer son droit de grâce ». Toutes choses qui oppousent l’opposition à estimer que « en agissant en dehors des règles de l’État de droit, le Président fragilise davantage notre pays et met à nu l’incompétence et le manque d’anticipation qui caractérisent l’action de son gouvernement »

Entre les principes de pure forme, sauf respect dû aux opposants et aux défenseurs des droits de l’homme, d’autres chapelles notamment au sein de la majorité estiment que les intérêts opérationnels d’un Etat, la raison commande, dans le cas d’espèce beaucoup de circonspection et de retenue. L’ancien ministre nigérien Mohamed Akoye, principal négociateur reconnaît que «ce n’est jamais facile ces histoires-là».Pas facile, chacun le sait aussi la raison d’Etat, les rapports entre Etats… qui sont lui d’être fondés toujours sur l’équité, la justice, le droit. Il s’agit, comme souligné plus haut, de rapport de forces forcément inégalitaires.

Il est vrai que échanger un otage contre ses ravisseurs pose un problème d’équité et de justice. Il est vrai que c’est inique d’échanger deux criminels contre un seul otage. Il est vrai que ce n’est pas tout juste d’élargir un assassin d’un soldat malien pour sauver la vie d’un homme d’affaire français…

Pour autant, comme le disait le Parena en 2006, pour défendre l’accord. Pour autant donc, il faut aussi reconnaître que notre pays, le Mali, depuis Janvier 2013, est et reste redevable de la France par le prix du sang. Et nous n’avons aucun moyen de payer à la France la vie de ses 11 soldats tués sur notre territoire. Notre honneur, comme l’a souligné le président IBK, dans son communiqué, était de marquer notre gratitude pour le sacrifice en permettant la libération de leur dernier otage. Si c’était le prix à payer. Le Mali avait une dette, le Mali reste redevable de la France.

Toutefois la libération de Serge Lazarevic lève un coin du voile sur l’équilibre et les rapports des forces dans la zone de Kidal dont il va falloir tirer tous les enseignements pour l’avenir… et laissent tomber quelques masques. En effet, ils démontrent clairement que le chouchou de la France, le MNLA, n’a été ni acteur ni implique (ni de près ni de loin) dans la libération de Serge Lazarevic. Ce qui remet, en tout cas devrait remettre, en cause le deal, disons l’argument suivant lequel le MNLA était sensé aider la France pour la libération de ses otages et sa contribution dans la lutte contre le terrorisme. Au contraire, on remarque avec cette libération que le MNLA surmédiatisé et surestimé n’est qu’un spectateur des enjeux dans cette partie du territoire qui est régenté en vérité par le HCUA et ses alliés islamistes.

Un HCUA qui vient de confirmer que c’est grâce à lui que l’otage français a été libéré. Relativisons et disons avec Mohamed Akotey que le HCUA, à travers un de ses élements, Ibrahim Inawelat, un déserteur de l’armée malienne réputé proche d’ag-Ghali, a pris part à cette entreprise. Or, chacun sait les relations étroites d’une part entre le HCUA et Ansardine dont le Chef a signé en septembre dernier son grand retour et d’autre part entre Iyad et les chefs d’Aqmi, Yahya Abou al-Hammam et Abdelkrim Taleb.

Aussi, la question se pose si Iyad Ag Ghali, qui a été l’artisan principal dès 2003 de la libération de 13 otages occidentaux, a été pour quelque chose dans cette libération ? En tout cas, il est établi que l’otage français été entre les mains de la katiba dirigée par Abdelkrim Taleb. Or, Abdelkrim Taleb n’est autre chose qu’un cousin de Iyad Ag Ghali, chef de Ansardine… Comme quoi, à Kidal, ce n’est pas le MNLA qui mène la danse, mais bien les islamistes du HCUA et leurs mentors d’Ansardine et d’Aqmi.

Alors pour qui le MNLA roule-t-il ? Pour personne. Incapable d’aider la France, il est aujourd’hui dominé et malmené sur le terrain par les islamistes. Ce qui doit fortement éclairer le gouvernement dans la suite des pourparlers sur l’indépendance de leur prétendue Azawad. Que Iyad en son temps avait rejeté et proposé l’application de la charia à la seule région de Kidal.

Par Mohamed D DIAWARA

 




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