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jeudi 21 septembre 2017
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Affaire Sanamadougou/Modibo Keita: les populations attendent toujours justice

Août 2009 -novembre 2014, il y a 5 ans, les populations de Sanamadougou et de Sahou, commune rurale de Sibila, région de Ségou, se souviennent de la journée de violence sanglante perpétrée par les gendarmes contre elles. Elles ont rendu hommage, samedi  29 novembre dernier, aux victimes de cette répression digne d’une autre époque avant d’inviter le gouvernement à intervenir le plus rapidement possible pour sauver des griffes  du richissime, Modibo KEITA et sa nébuleuse société M3, les milliers d’âmes qui vivent sur ce territoire convoité par ce dernier.

Pour l’occasion, les populations sont venues nombreuses des localités voisines (Niono, Markala, Sibila, Séribala, Sahou…) pour compatir à la douleur de Sanamadougou et Sahou.

La rencontre a enregistré la présence des responsables de l’ONG Afrique-Europe inter-acte,  pour la solidarité et l’égalité, à travers le monde. On y notait également la présence des membres de l’association Sana-Niètaa, des responsables de syndicats paysans de l’Office du Niger (ON).

Hommages aux victimes des violences

Le président de l’Association Sana-Niètaa, Mamadou COULIBALY, a salué la grande mobilisation des populations de Sanamadougou, de Sahou et des villages voisins qui ont bien voulu se mobiliser pour cette cause. La journée, selon lui, avait pour objectif de rendre un hommage aux victimes des violences perpétrées en d’août 2009 contre la population de Sanamadougou, dans le seul but de les chasser de leurs terres, leur raison d’être. L’auteur de ces violences n’est autre que  le richissime homme d’affaire, Modibo KEITA, PDG de DGCM, et de M3-Sa, a-t-il accusé. Il s’agissait également, selon lui, de dire, de vive voix, ‘’non’’ à l’occupation forcée des champs de Sana par ce richissime qui n’a d’autres visées que celles capitalistes. Pour lui, la mobilisation a été à la hauteur de toutes les attentes, il reste pour les populations de rester souder derrière un seule objectif, a-t-il conseillé.

Selon le chef de village, Sanamadougou, Madou Djo COULIBALY, ses populations victimes de l’accaparement de leurs terres par Modibo KEITA vivent dans la galère, depuis cinq ans maintenant, ne parvenant pas à exploiter leurs champs.

«Toutes nos terres fertiles ont été accaparées par Modibo KEITA et sa société fantoche, Société Moulin moderne du Mali (M3-Sa), les populations survivent, en cultivant les restes champs, loin des exploitations de M3-Sa, des travaux journaliers des femmes de Sanamadougou et les ressources de l’exode des enfants dans les mines d’or. Mais, cette galère ne nous fera pas reculer d’un iota. Nous préférons mourir de faim que de céder nos terres à Modibo KEITA pour qui l’argent est au début et à la fin de tout», a martelé le chef de village.

Selon M. COULIBALY, le village a toujours dit à Modibo KEITA que sa stratégie ne marchait pas.

«Nous nous préférons mille fois nos champs de mil que des rizicultures et des champs de pomme de terre», nous a-t-il confié.

Le «Non » catégorique des populations

Malgré ce refus catégorique des villageois, Modibo KEITA est venu s’accaparer des terres de Sanamadougou et de Sahou, a-t-il poursuivi. Il a d’abord procédé à la politique de la division des familles, sans succès avant, d’envahir les terres par force.

«Après des renseignements, nous avons trouvé que le bail conclu par Modibo KEITA avec l’Office du Niger se trouve, à trente Km de notre village, dans la localité de Séribabougou, dans la commune rurale de Séribala, sur des terres vierges. Jugeant  que nos terres sont plus fertiles et facilement aménageables, par rapport à sa zone de bail, il a préféré nous envahir», a déploré le chef de village.

«Modibo KEITA nous a dit  d’accepter sa proposition sous peine de nous voir dépouiller de notre patrimoine sans aucun procès. Il nous a par la même occasion fait comprendre qu’il n’y avait ni autorité encore moins de justice dans ce pays, mais seulement le pouvoir de l’argent», a rappelé l’ancien du village.

Selon ses témoignages, l’installation de Sanamadougou et de Sahou sur ces terres est plus vieille que le barrage de Markala et l’ON.

«Nous comprenons mal, en ce 21ème siècle, comment un particulier, soit-il puissant, parvenir à railler de la carte nationale des villages vieux de plus 500 ans pour des intérêts personnels, sans aucune réaction de l’Etat. Comme c’est d’ailleurs le cas ici à Sanamadougou où, depuis cinq ans, non seulement nous sommes dépouillés de nos terres mais aussi, sommes-nous séparés de tous nos villages voisins par le canal creusé par Modibo KEITA. Il faut parcourir 30 à 40 km pour atteindre des villages distants de 3 à 5 kilomètres. Nous lui avons proposé de faire des ponts, il a refusé», a-t-il fait savoir.

Pour l’histoire, il a rappelé que Sanamadougou a été installé par le roi Monzon DIARRA comme poste avancé, en guise protéger Ségou contre l’invasion des maures et des peuls. Depuis, le village est devenu célèbre par l’agriculture.

Un lointain souvenir

  1. COULIBALY se souvient qu’une année 1964, soit 4 ans après l’indépendance du Mali, Sana a fourni à la République du Mali 65 tonnes de mil qui a ensuite été acheminé en Libye pour appuyer ce pays africain qui connaissait une très grande famine, à l’époque. Depuis 5 ans, avec l’arrivée de Modibo KEITA, cette tradition légendaire est devenue un triste souvenir, sous le regard complice des plus hautes autorités de notre pays, a-t-il déploré.

Le drame, poursuit-il, c’est que, depuis le drame, aucune autorité n’est venue leur rendre visite si ce n’est ces tous derniers temps où un envoyé du PM a fait le déplacement.

«Toutes les délégations ministérielles s’arrêtent au niveau des périmètres de Modibo KEITA, personne n’est venu nous écouter. Cependant, nous faisons l’objet de toutes les diatribes. Nos rapports sont falsifiés avant d’être acheminés à Bamako. Modibo KEITA semble avoir tout le monde dans sa poche. C’est ça le Mali», a regretté un villageois.

Ami COULIBALY est native de Sanamadougou mais mariée à Sahou, elle se rappelle d’avoir été battue à sang ce jour du mois d’août 2009 par les gendarmes envoyés par Modibo KEITA, à Sanamadougou. Elle a transmis les salutations de toutes les femmes de Saou à l’Assemblée. Selon elle, les femmes ont beaucoup fait pour soutenir les familles à survivre, elles sont prêtes à poursuivre leurs efforts jusqu’à leur dernier soupire.

Pierre TRAORE est conseiller municipal à Sibila, il a souligné que Modibo KEITA voulait transformer le mensonge en vérité. Nul n’a le droit de soumettre ou réduire son semblable à la dépendance, aujourd’hui. Le jour où le droit sera dit, Modibo et sa fortune plierons bagages de Sana, reste-t-il convaincu. Modibo est rentré à Sanamadougou par effraction et y sortira sans pouvoir assouvir son désir, a soutenu M. TRAORE. Car, en aucun moment, son projet n’a été discuté par un conseil municipal à Sana.

L’agriculture familiale menacée

  1. SANGARE a indiqué que les regards de Sanamadougou sont désormais tournés vers le président de la République, IBK, pour qui force restera à la loi. La population a voté pour cet homme afin de trouver une solution à sa souffrance. Elle continue d’espérer sur sa volonté de faire triompher la vérité et la justice dans ce pays.

Sékou COULIBALY, chef de village de Sahou, une seconde localité touchée contre sa volonté, estime qu’il n’est pas question de céder un centimètre de terre à Modibo KEITA. Il préfère mourir dans la souffrance que de céder ce patrimoine.

«J’ai tout refusé de Modibo KEITA. Il est venu, repasser ses tracteurs dans mon champ, alors que nous étions en pleine hivernage et mes semis en plein épanouissement. Après, il est revenu me voir pour me dédommager, j’ai refusé en lui rétorquant que je préférai mourir que d’accepter son aide», nous a confié le chef de village de Sahou.

Aujourd’hui, à cause de l’intrusion de M3-SA sur leurs terre, Sahou et Sanamadougou qui ont été des greniers de la zone, dans un passé récent, ne sont que l’ombre d’eux-mêmes, avec des villageois presque réduits à l’esclavage.

Cette situation est en contradiction avec la politique de protection et de promotion des exploitations familiales prônée par les plus hautes autorités de notre pays et à l’échelle mondiale. En effet, le gouvernement du Mali a décrété l’année 2014, celle de l’agriculture familiale, dans notre pays. Il s’agit, dans la pratique, de soutenir et de protéger les petits producteurs pour qu’ils participent efficacement à l’éradication de l’insécurité alimentaire. Car, selon des statistiques officielles, ces producteurs (l’agriculture familiale) participent à l’atteinte de la sécurité alimentaire des ménages à hauteur de 80%. Mais, ils se comptent malheureusement parmi les plus affamés. Ce slogan gouvernemental, tranche mal avec la réalité de Sanamadougou et de Sahou sous les griffes de Modibo KEITA.

Les enfants dans la rue

En plus du risque de famine à laquelle les populations sont aujourd’hui exposées, il faut aussi déplorer que Sanamadougou, ce village de plus de 3000 âmes, n’a plus d’école, depuis 3 ans, à cause de ce conflit. En effet, selon nos investigations, la population a renvoyé le corps enseignants de l’école de 6 classes qu’elle accusait de complicité avec Modibo KEITA dans sa politique de confiscation de ses terres. Aujourd’hui, cette école qui a contribué au relèvement du taux de scolarisation, dans notre pays, depuis environ 30 ans, est fermée il y a trois ans. Ainsi, des centaines d’enfants innocents, à l’âge d’aller à l’école, méditent sur  leur sort dans la rue et les rizières, à cause de cette situation de ni conflit ni paix.

Pour rappel, la décente des gendarmes sur Sanamadougou a fait, selon le bilan de la population, six morts et de nombreux blessés. Il ne s’agit plus de jouer au pompier, mais de réparer une injustice à l’endroit d’une population. Cette justice commence par la restitution des terres spoliées à  la population.

Par Sidi DAO, Envoyé spécial à Sanamadougou et Sahou

 




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