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mercredi 21 octobre 2020
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Affaire Tiégoum Maiga: le mystère du code d’accès

Après près d’un mois de détention préventive, l’ancien Directeur de la Communication de la présidence de la République, Tiégoum Boubèye Maïga (TBM), qui devrait, en principe, retrouver l’air de la liberté à la suite de sa comparution ce mardi, reste toujours derrière le barreau. Les juges du Tribunal de Grande instance de la Commune III ayant décidé de mettre l’affaire en délibéré sous huitaine.

Livré à la vindicte de l’opinion et presque lâché par ses confrères, Tiégoum Boubèye Maïga n’avait à ses côtés que quelques amis et frères, dont le président de la Maison de la presse et son adjoint Dramane Aliou Koné et Alxis Kalambry. Le manque de solidarité autour du journaliste va-t-il peser sur l’issue du procès en dépit de la multiplication des appels à la clémence ?

Si pour les adversaires de son frère, il faut en faire un exemple et si le parquet lui-même demande le minimum, pour ses avocats, la maladresse de l’ancien Directeur de la Communication de la présidence de la République n’est ni intentionnelle ni criminelle, surtout ne mérite en aucun cas une telle sévérité. C’est votre facebookan du jour !

Mamadou Camara : Ce matin, devant la 2e Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de la Commune III, nous étions sept avocats à défendre monsieur Tiegoum Boubeye Maiga, poursuivi pour « accès frauduleux à un système d’information» et «introduction frauduleuse» de données dans un système d’information (Entendez système informatique). Pour faire court, on reproche au journaliste d’avoir piraté le compte Twitter de la présidence de la République, à travers la publication d’un post critiquant la décision prise par le Président américain Trump d’éliminer physiquement un responsable militaire iranien…

Les débats ont essentiellement tourné autour de la question de savoir si les deux infractions reprochées au prévenu étaient constituées dès lors que c’est par erreur qu’il s’est retrouvé sur le compte Twitter de la présidence plutôt que sur son propre compte twitter. Naturellement, pour la défense de notre client, nous avons mis en exergue les faiblesses criardes de l’accusation qui n’a, en aucun moment des débats, pu rapporter la preuve de l’accès et de l’intrusion frauduleux reprochés à l’ancien chef de la Cellule de communication de la présidence. Nous en avons tiré les conséquences en demandant pour notre client la relaxe pure et simple.

Le président, qui a conduit les débats avec patience et intelligence, a mis l’affaire en délibéré pour le 11 février 2020.

Marko Sissoko : Bonsoir maître, d’abord le débat c’était devant la première chambre et en suite, le prévenu et ses conseils ne pouvaient bien évidemment se baser que sur une prétendue erreur qui à mon avis était loin d’en être.

Pour la simple raison qu’à partir du moment où monsieur Maïga ne travaille plus à la présidence devrait systématiquement désinstaller le compte Twitter de la présidence de son appareil.

Comme on le dit « ni ya mè a bô na, a siki ra dé»

À partir du moment où le prévenu n’a pas daigné désinstaller le compte Twitter de la présidence de son appareil, on ne saurait nullement parler d’erreur.

Bonne soirée l’éloquent maître Camara.

Mamadou Camara : Je ne partage pas votre opinion, mais je la respecte. Même si je persiste à penser que les dispositions dont la violation est invoquée renvoient à un dol spécial et supposent nécessairement que la preuve de l’intention frauduleuse soit dument rapportée. Je vous renvoie en outre aux dispositions permanentes de l’article 412 de notre code de procédure, dont l’alinéa 2 est sans équivoque en ce qui concerne l’administration de la preuve dans le procès pénal. Dans le cas d’espèce, toute activité sur un système d’information étant automatiquement et définitivement enregistrée, le parquet devait tout simplement prouver la preuve de l’accès frauduleux : moyens informatiques, notamment ceux utilisés pour neutraliser le code qu’on dit avoir changé. Cela s’appelle la traçabilité et la piraterie peut totalement être retracée, merci lorsqu’elle le fait de hackers hautement qualifiés. Bien à vous.

Marko Sissoko : Mamadou Camara, maître, je n’ai pas suivi le débat en entier, mais j’en suis sûr qu’on a produit un document qui prouve à suffisance que le code a bien été modifié après le départ de monsieur Maïga.

Cependant, vous êtes d’accord avec moi que lorsqu’un compte est connecté à plusieurs appareils et qu’on déconnecte un seul et changer, le code ne déconnecte pas systématiquement les autres appareils connectés, ce qui revient à dire que monsieur Maïga aurait dû tout simplement désinstaller le compte de son appareil à partir du moment où il ne faisait plus partie de l’effectif de la présidence.

En se référant sur l’article 412 en son alinéa 2, vous conviendrez avec moi qu’à partir du moment où la partie civile en occurrence Ndeye Sissoko a apporté la preuve qu’elle a changé le code dès sa prise de service que les arguments avancés par Maïga ne tiennent plus debout.

Maître, je comprends votre position, mais si nous en sommes là, c’est par ce que M. Maïga n’a pas désinstallé le compte Twitter de la présidence de son appareil et maintenant pour quelles fins ?

Seuls lui et Dieu peuvent le savoir.

Mamadou Camara : Marko Sissoko, je suis formel, aucun document permettant de prouver l’intrusion ou l’accès frauduleux n’a été fourni. Le seul document produit est relatif à un email datant de 2018. Il s’agit d’un mail par lequel’ Tiegoum B. Maiga demandait instamment à sa collègue N’Deye Sissoko de mettre à jour le compte Twitter de la présidence. Les faits reprochés au prévenu datent de 2020, précisément du 6 janvier !

Marko Sissoko : Mamadou Camara, maître, si N’Deye n’a pas été poursuivi lors de l’orientation du procès-verbal, c’est par ce qu’elle a prouvé qu’elle avait bel et bien changé le code et pour ne pas oublier le code elle l’a mémorisé sur son compte email.

Document à vérifier devant le procureur Kassogué si vous avez le temps.

Peut-être que ça n’a pas été produit par le ministère public, mais je vous confirme que le code a bel et bien été modifié.

Cependant, comme je vous le disais dans ma précédente réponse, si plusieurs appareils sont connectés et qu’on déconnecte un seul en changeant de code n’aura nullement pas d’effet sur les autres appareils qui resteront toujours connectés maître.

Certainement que c’est dans ce contexte que l’appareil de Monsieur Maïga est resté connecté au compte de la présidence.

Mamadou Camara : Marko Sissoko si, comme vous dites, Monsieur TBM est resté connecté sur le compte malgré le changement de code, il n’a donc pu y accéder frauduleusement puisqu’il y était déjà. C’est d’ailleurs ce qu’il a expliqué tout le long des débats. Il est resté connecté à son insu, par la faute de N’Deye Sissoko, qui n’a pas changé les codes, après le départ du prévenu de la présidence et avant l’incident.

Marko Sissoko ; Mamadou Camara, non non maître, pas à son insu, quand vous êtes connectés vous recevez en longueur de journée des notifications et surtout pour un compte comme celui de la présidence qui a des milliers et des milliers de commentaires.

Je vous confirme maître que N’deye a bien changé le code.

Maître n’allons pas chercher loin, Preuve ooh, connexion à son insu ooh. Si M TBM avait désinstallé le compte de la présidence, nous n’en serions pas là et la question que l’on se pose pourquoi garder le compte de la présidence sachant bien que tu n’es plus de la présidence ?

Je n’ai rien contre M. Maïga et d’ailleurs, je souhaite qu’il s’en sorte avec une condamnation avec sursis ou de son temps de détention.

Ce fut un plaisir maître.

Mes yeux tiennent plus.

Bonne nuit et bien de chose à la famille.

Binta Bocoum : que le Bon Dieu lui ouvre les portes de la liberté. Inch Allah, c’est bientôt. Merci à la défense !




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