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jeudi 18 août 2022
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Agonie de l’INA: les autorités face à leur responsabilité

Comme annoncé lors du point de presse du vendredi dernier organisé par le Comité A.E.E.M., les étudiants de l’Institut National des Arts (I.N.A.) ont fait un sit-in hier. Leurs griefs portent essentiellement sur : la promiscuité dans laquelle les étudiants doivent travailler ; la transformation de quelques salles en magasins par les commerçants; la vétusté des bâtiments ; l’inaccessibilité de leurs locaux…

À travers ce sit-in qui a mobilisé un nombre impressionnant d’étudiants, il s’agissait pour les pensionnaires de cet institut créé depuis 1933 en tant que centre unique de formation artistique et culturelle du pays de demander aux autorités de la Transition de meilleures conditions d’études pour les étudiants de l’I.N.A.
Le témoignage du Secrétaire général du Comité A.E.E.M., Ali SANKARE, est révélateur du drame silencieux que vivent ces étudiants.
«Nous sommes confrontés à beaucoup de problèmes. On dirait que l’État nous oublie, alors que l’art est un élément prépondérant de la culture. Nous nous adressons au gouvernement à travers ce sit-in pour solliciter son intervention par rapport à un grand souci. Il s’agit des problèmes de professeurs, des problèmes de bourse. Nous avons des camarades qui n’ont aucun parent ici, ils vivent de ça. Notre bourse équivaut à 35 000 FCFA par trimestre soit 105 000 FCFA par an, contrairement aux autres établissements qui gagnent 300 000 FCFA par an. Comme si cela ne suffisait, nous devons étudier en plein marché avec tout ce qu’il y a comme nuisances sonores. L’I.N.A. est plongé dans le bruit de 8h à 20h. Si nous pouvions avoir un autre endroit pour étudier plus calmement, cela nous ferait beaucoup plaisir.
Au nom de tous les étudiants de l’I.N.A., nous sollicitons auprès des autorités du pays la prise en compte de notre doléance, afin de remédier à cette situation qui ne permet pas l’apprentissage dans les conditions idoines ».
Au constat, il ressort effectivement l’inaccessibilité des voies menant à l’Institut National des Arts en raison de leur encombrement par les vendeurs installés de façon anarchique. Selon les témoignages d’étudiants, les veilles de fêtes sont si cauchemardesques qu’ils sont obligés d’arrêter purement et simplement les cours, faute de voies d’accès à l’établissement.
Pour en rajouter au cafouillis, la devanture de l’établissement a une vocation de place de stationnement pour les SOTRAMA, les taxis et les motos taxis.
Une autre situation ubuesque que vivent les étudiants de l’I.N.A., c’est que leurs salles de classe sont transformées en magasins par les commerçants, contribuant à la dégradation de l’état des bâtiments qui sont déjà vétustes.
Situé en plein cœur du grand marché, l’I.N.A. est composé de cinq secteurs, à savoir : Métiers d’arts, Arts plastiques, Arts dramatiques, Musique et Animation socioculturelle. L’on apprend que ces secteurs d’études sont également confrontés à de multiples défis.
En effet, rapporte-t-on, en Arts plastiques, il y a une insuffisance notable de matières premières. La section musique a également son problème qui a pour nom l’insuffisance des instruments (traditionnels et modernes). La section Arts dramatiques n’échappe pas à la pandémie puisqu’elle se plaint du mauvais état des scènes, le manque total des régies (lumière et son), l’ancienneté des décors et matériels de coulisse.
En animation socioculturelle, on constate un manque de salle de pratique de l’animation radiophonique et de l’audiovisuel.
Les conditions désastreuses d’études à l’Institut National des Arts interpellent tous ceux qui croient à la contribution de l’art dans le développement des civilisations, à son rôle pour le rayonnement de notre pays dont la culture est une fierté.
Particulièrement, les autorités de la Transition sont interpellées pour ne pas porter la responsabilité historique de non-assistance à Institut en danger de mort.
Il est indéniable que dans un Mali en crise tout est urgent et prioritaire ; mais l’I.N.A. qui est patrimoine national mérite une place en tête des priorités les plus pressantes.

PAR BERTIN DAKOUO




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