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vendredi 18 août 2017
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Après les tueries de Gao: la fuite en avant de la Minusma

Une faute avouée est à moitié pardonnée, dit-ton ; mais la Minusma en se contentant de « déplorer les morts et les blessés, dans sa réaction aux incidents de Kidal, s’obstine dans la faute et insulte la mémoire des morts ainsi que l’intelligence collective en faisant croire qu’elle n’a aucune responsabilité dans les tueries.

La réaction de la Minusma, rendue publique avant-hier, en début de soirée, à l’issue d’une conférence de presse organisée à son siège de l’hôtel de l’Amitié, est outrepasse toutes les limites de l’impertinence et de l’insolence. Il porte le sceau d’un cynisme à nul autre pareil au regard de sa formulation.« La Minusma déplore avec tristesse les morts et blessés ce matin lors des manifestations à Gao… », voici en tout et pour tout l’acte de contrition consenti de façon aussi laconique. Il est aisé de constater que la phrase n’est pas achevée. Et pour cause.
La politique de l’autruche
Mais la première lourde faute de la Minusma est déjà contenue dans ce premier membre de la phrase, à travers le terme « déplore ». Que signifie-t-il ? Désoler, lamenter, regretter, pleurer, plaindre, ce sont les synonymes de déplorer, le terme utilisé par la Minusma dans sa réaction officielle. Ce qui comporte normalement suffisamment de charge émotionnelle.
Cependant l’on ne comprend pas, pourquoi elle ne se donne pas la peine d’achever la phrase sur la même lancée de compassion et présenter franchement des excuses aux familles des victimes. La raison est évidente : il y a eu des morts et des blessés, c’est vrai ; mais de là à présenter des excuses, nous ne le ferons pas, parce que nous n’y sommes pour rien. C’est là où le bât blesse dans la mesure où tous les témoignages concordent à soutenir que ce sont des soldats de la Minusma qui ont tiré à balle réelle sur les manifestants. Certains vont jusqu’à préciser que ce sont les soldats rwandais qui sont les coupables. Des soldats dont on n’a encore entendu parler d’aucun haut fait d’arme au Mali, plutôt occupés qu’ils sont aux activités ludiques à Gao, contrairement à ceux qui sautent sur les mines et affrontent la chaleur et les jihadistes à Tégharghar.
La conférence presse organisée avant-hier a été présentée comme un cadre de présentation d’excuses ; mais force est de reconnaitre que cela ne ressort nulle part dans la réaction. Et cela est déplorable.
La justification qui accuse
Ce qui choque également, scandalise, c’est que pour une réaction de 4 paragraphes, c’est seulement une demi-phrase qui est consacrée aux morts et blessés de Gao.Le reste de la phrase étant consacré à l’auto-justification. Tout comme les paragraphes suivants, à l’exception du dernier portant sur la mortde deux policiers de la Minusma.
Sans parler des deux autres paragraphes (le dernier est dédié à la mort de deux policiers), proportionnellement, la suite de la phrase où la Minusma déplore les morts et les blessés est de loin plus importante. La voici : « (… des manifestations à Gao) liés, entre autres, à des confusions et questionnements après la diffusion d’un document de travail qui faisait, pour certains, acte d’un accord pour l’établissement d’une zone de sécurité temporaire dans la zone de Tabankort. Alors que la réaction consacre une ligne une ligne (la demi-phrase), elle en réserve 4 (caractère 16) à sa zone temporaire de sécurité (ZTS) requalifiée pour la circonstance zone de sécurité temporaire.
Dans les deux paragraphes suivants le premier, la mission onusienne revient (après sa Mise au point en date du 25 janvier dernier), sur la question des images des drapeaux de l’Azawad et des Nations-Unies qui ont « été rajoutés » au « document de travail », qui est à l’origine des manifestations de Gao, sous une forme de dénégation.
Dans le troisième paragraphe de la réaction, dans un fourre-tout, il est question des discussions techniques menées avec la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), mais également avec la Plateforme avant qu’un accord final ne soit discuté avec la Minusma et avec le Gouvernement malien.
Manœuvres dilatoires
Point d’amalgame possible, ‘’document de travail de travail’’ a été paraphé à Kidal par la Minusma et la CMA. Le Gouvernement malien n’y était pas et ne pouvait même pas y être. S’il y a eu discussion technique, c’est bien après le Pacte insolite entre la Minusma et la coalition séparatiste de la CMA. Idem pour la Plateforme dont le nom n’apparait nulle part sur le document. N’est-ce pas d’ailleurs une des raisons des manifestations des populations de Gao ? La Minusma va s’acoquiner avec un ennemi du GATIA, à savoir la CMA, pour conclure un accord au terme duquel finalement c’est ce dernier qui est sommé de vider sa base. La CMA, de toute évidence n’avait rien à perdre puisqu’elle a été chassée de Tabankort. En paraphant le ‘’document de travail’’, elle arrive donc à bout du GATIA, par la puissance de la Minusma qui réaliserait ainsi ce qu’elle pas pu faire sur le terrain.
Déjà dans sa mise au point, la Minusma a commis une bourde monumentale. Dans sa réaction suite aux incidents de Kidal, elle en a commis pire. En clair, la Minusma persiste et signe. C’est elle qui fait de la propagande dont elle accuse d’autre à des fins politiques, mais une propagande mal inspirée, insipide et sans saveur. À moins que tout cela ne relève d’un outrageant mépris pour lesMaliens incapables de comprendre quoi que ce soit ?
Par contre le mépris qui ne mérite aucun point d’interrogation, c’est de tuer et blesser des civils désarmés et leur consacrer une demi-phrase dans la réaction de la Minusma. Pire, tenter de faire croire que les soldats onusiens à Gao n’ont pas tiré sur la foule. Ça, c’est le comble.
Par Bertin DAKOUO




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