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mercredi 13 décembre 2017
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Armée Malienne: le chantier de reconstruction

A jour “J” moins un de l’anniversaire de la fête de l’Armée malienne, les casernes, sur toute l’étendue du territoire nationale, vivent au rythme des préparatifs. Avec ces festivités annoncées, c’est tout le pays qui se met en branle d’autant que le 20 janvier consacre la fierté nationale, celle qui symbolise la dignité retrouvée à travers une armée nationale au service du peuple.

Aujourd’hui, plus que jamais, l’Armée est engagée dans de profondes mutations et cela, en fonction des nouvelles exigences sécuritaires qui l’obligent à s’y adapter.

Bénéficiant d’une confiance populaire, dont l’ampleur vaut avertissement dans cette Nation de grands hommes méritants, le Président de la République, Ibrahim Boubacar KEITA, s’est engagé, dès l’entame de son mandat à hisser le Mali à hauteur de ses ambitions, contrariées d’abord, et de le faire entrer ensuite dans le cercle vertueux de la prospérité et de la stabilité.

Ce qui devrait passer par une reconstruction et une  réforme du fond en comble de l’armée et des forces de sécurité, avec tout ce que le pays a connu au plan sécuritaire en 2012, notamment l’annexion des régions Nord par les djihadistes et leurs alliés.

Plus de trois ans après les événements qui se sont déroulés dans le Nord du Mali, de son invasion par les djihadistes, à sa reconquête par les troupes franco-africaines, et deux ans après l’accord passé par l’EUTM Mali, où en sont les Forces armées maliennes (FAMA) dans leur reconstruction ? Éléments de réponse.

Le sujet de la réforme et de la reconstruction de l’armée malienne est récurrent. Depuis plusieurs années ses insuffisances étaient apparentes. Le toilettage, qui y  a été apporté, dans les années 2000, a porté très peu de fruits.

Les causes profondes

En témoignent les difficultés auxquelles notre armée a fait face, en janvier-mars 2012, suivies de sa déroute totale en fin mars 2012, lorsqu’elle a simplement abandonné 60% du territoire malien à une association des rebelles touareg et leurs alliées djihadistes et de narcotrafiquants.

Les causes profondes de cette débandade ont fait l’objet de diverses commentaires et analyses. Elles ont pour racines: le manque d’organisation et de moyens matériels, l’inadéquation et la vétusté de l’armement, le mode de recrutement et de formation, ainsi que l’indiscipline des troupes.

L’attaque de Konna par les djihadistes, en Janvier 2013 a révélé au grand public que l’état de l’armée avait peu changé depuis la déroute de Mars 2012. Dans les discours politiques et militaires, on ne parle plus de «réforme» de l’armée, mais plutôt de «refonte» totale. En l’espace de quelques jours, il ne s’agissait plus d’améliorer mais de faire renaître.

C’est dans ce contexte qu’en Février 2013, un accord a été passé avec l’Union Européenne pour la formation de recrues dans un premier temps, la mise à niveau du reste de l’armée, au fur et à mesure du temps, et la réorganisation de l’armée entière.

Tout ou presque était à reconstruire par l’EUTM Mali, à travers un programme d’instruction, décidé par l’Europe au profit des Forces armées maliennes (FAMA).

Cette mission a pour objectif premier d’aider l’armée malienne de trouver et recouvrer ses capacités afin d’être autonome dans sa mission de défense et de sécurisation du territoire.

Spécifiquement, il s’agit de remettre sur pied la «Grande muette» pour lui permettre de retrouver ses pleines capacités.

Prolongement de la mission de l’EUTM

Prévue pour une durée de quinze mois, l’EUTM Mali accomplit parfaitement sa tâche : quatre groupements tactiques interarmes (GTIA, d’une taille équivalente à un bataillon d’infanterie motorisée renforcé) sont formés à l’École militaire interarmes (EMIA) de Koulikoro. L’ensemble représente environ 3 000 hommes qui, eux, sont relativement bien commandés, bien entraînés et mieux équipés que le reste de l’armée.

Le général français Lecointre, premier chef du dispositif, a plaidé et obtenu auprès des pays contributeurs pour un prolongement de la mission afin de permettre l’organisation de quatre autres GTIA. Ainsi, le programme d’instruction se  poursuivra donc jusqu’en mai 2016, avec au bout du compte, la mise sur pied de quatre nouveaux bataillons.

Cette extension de la mission EUTM vise aussi à ne pas entériner un principe d « armée à deux vitesse » avec, d’une part, les bataillons formés par l’Europe, correctement équipés et, d’autre part, les éléments qui ont survécu à la débâcle de janvier 2012, qui pour l’heure n’ont été ni réorganisés, ni véritablement repris en main. C’est à dire au moins 11 000 hommes répartis en 1 régiment para-commando (35e), jusqu’à 6 bataillons d’infanterie motorisée, 2 bataillons du génie (26ème et 34ème), 1 bataillon d’artillerie (36e) et enfin, un bataillon de commandement et de soutien (31e). Une « armée à deux vitesses » qui pourrait bien représenter, dans la durée, un facteur d’instabilité supplémentaire dans un État encore non loin de la convalescence.

La réforme du secteur de la sécurité

Le volet « entraînement » de la mission militaire européenne est le plus connu. Cependant, il en est un autre.

En effet, pour aider le Mali dans sa réforme du secteur de la sécurité, le pays bénéficie des conseils de l’Advisory Task Force (ATF), composante de l’EUTM. L’organisme se compose de 18 officiers, issus de 6 nations européennes. Outre l’encouragement à l’avènement d’une Loi de programmation militaire (LPM), l’ATF suggère l’abolition des huit régions militaires au profit d’une structure plus cohérente de trois zones de défense. De plus, un centre de planification et de conduite des opérations, fortement doté en moyens de communications, devrait être implanté à Bamako. Une fois en place, il contribuerait à éviter les cafouillages dans la coordination des unités, comme ceux vécus en début 2012, 2013 à Konna et Diabali, à Kidal le 21 mai 2014…

Avant la crise de 2012, personne n’était en mesure de donner avec exactitude les effectifs des forces maliennes. Dès lors, comment planifier des budgets, prévoir des équipements, organiser des programmes sociaux en faveur des militaires et de leur famille ? Comment gérer en toute équité les avancements, la progression des carrières des uns et des autres et ainsi, contribuer à lutter contre la corruption ?

Pour répondre à cette question, toujours sur recommandation de l’ATF, est validée l’implémentation d’un logiciel de gestion des personnels, le Système d’information des ressources humaines (SIRH) avec une aide financière canadienne (à hauteur de 1 million de dollars canadiens).

Le 13 février 2013, le contrat est signé avec la société Maliteck Plus. L’élaboration de ce dispositif, moins visible que des livraisons de tonnes d’armes, constitue pourtant une étape importante dans le long cheminement vers l’avènement d’une armée plus solide.

Prépondérance de la formation

Un autre des aspects prépondérants du renouveau tient à l’entraînement assuré par des Maliens eux-mêmes. Des actions nationales dans ce sens sont entamées début 2014. Elles concernent l’infanterie, l’arme blindée cavalerie, ainsi que les transmissions. En principe, 8 000 hommes doivent, en principe, en bénéficier jusqu’à ce mois de janvier 2015.

Simultanément, à Koulikoro, sous l’égide de l’EUTM, sont formés les futurs instructeurs des FAMA.

Le 27 mars 2014, 14 officiers et sous-officiers ont ainsi reçu leur diplôme, pour un stage de quinze semaines, accompli dans le cadre du programme Train the Trainers (TTT, former les formateurs). Ce stage n’est pas uniquement théorique, puisque ces hommes s’impliquent dans l’instruction du 4e GTIA aux côtés de leurs homologues de l’EUTM.

Par ailleurs, avec huit « bataillons EUTM », les unités qui ne seront pas en opération pourront, selon les sources du dossier, parfaire leur préparation par le biais de cours, d’exercices, travailler sur l’expérience acquise… Elles pourront aussi, nous ont-elles expliqué, contribuer à l’instruction des soldats des autres unités. Afin d’inculquer cette « culture de la formation continue » et pour de ne pas voir ces GTIA sombrer dans la routine destructrice des casernes, des sessions de « rafraîchissement » seront organisées, encouragées dans un premier temps par des équipes de l’EUTM. C’est le cas, nous a-t-on rassuré, du 1er GTIA Waraba qui a lieu à Koulikoro.

L’Eucap Sahel va également s’impliquer en parallèle avec l’EUTM pour la formation des policiers, gendarmes, gardes républicaines et douaniers.

Depuis l’arrivée des premiers personnels, en juillet 2014, la mission, selon nos sources, est montée en puissance et finalise ses derniers préparatifs en vue d’être opérationnelle pour ce mois de janvier 2015.

Par ailleurs, l’entraînement de la Garde nationale, de la garde présidentielle et d’éventuelles forces spéciales (issues du 33e Régiment para) incombera en partie au Maroc, en temps, es portes des académies militaires du Royaume chérifien devraient s’ouvrir aux officiers maliens. En effet, Rabat est disposé à fournir des équipements divers à Bamako, mais aussi à faciliter la construction de cantonnements.

Les bataillons « qualifiés EUTM »

Pour l’heure, les FAMA alignent un noyau totalement opérationnel d’environ 4 000 hommes structurés en cinq GTIA. L’ordre de bataille de ce « corps d’intervention » est le suivant :

– GTIA Waraba (Lions, opérationnel en juin 2013)

– GTIA Elou (Éléphants, opérationnel en septembre 2013)

– GTIA Sigui (Buffles, opérationnel en décembre 2013)

– GTIA Balanzan (du nom d’un arbre sacré, opérationnel en mars 2014)

-GTIA DEBO (du nom du grand lac nourricier, opérationnel  en août 2014)

Chaque bataillon, selon les spécialistes, regroupe de 700 à 720 hommes et de 60 à 80 véhicules. Il s’articule autour d’un détachement commando (de la taille d’une section, 36 hommes), d’un escadron blindé (une cinquantaine d’hommes), de trois compagnies d’infanterie (140 hommes), d’une compagnie du génie, d’une batterie d’artillerie et enfin, d’une compagnie de soutien et de logistique (80 hommes).

Sur ces cinq bataillons formés trois ont été déployés dans le Nord du Mali.

Les résultats sont positifs, entend-on dire du côté des Européens. Et on n’hésite plus à dire que les bataillons formés sont tout à fait capables de remplir les missions pour lesquelles ils ont été formés.

Il faut signaler que le succès d’EUTM ne réside pas dans la formation des individus mais dans celle d’un ensemble.

«Nous ne formons pas des soldats individuels, mais des unités militaires, aux ordres de leurs chefs, pour remplir des missions», a déclaré un général européen ayant dirigé cette mission. Et d’ajouter : «Nous avons insisté de conserver les bataillons groupés pendant et après le déploiement opérationnel».

La constitution de bataillons spécialisés est, elle aussi, envisageable. L’idée d’un GTIA formé à partir du 33e régiment para-commando a circulé. Actuellement, des éléments de ce régiment sont affectés aux détachements commandos dans les GTIA existants. Une démarche qui contribue à la réconciliation entre bérets verts et bérets rouges… Autre facteur de réconciliation, l’intégration d’un pourcentage de membres des communautés nomades du Nord. Ceci s’explique par le fait que contrairement à une idée reçue, tous n’ont pas choisi la sédition en début 2012.

Malgré des avancées significatives, des problèmes et lacunes persistent ; les uns structurels qui se corrigeront à mesure que les Forces armées maliennes gagnent en professionnalisme, les autres malheureusement plus héréditaires, et de ce fait, plus difficiles à corriger.

Problèmes existentiels

Ces derniers, selon nos sources, touchent, notamment à l’état d’esprit des  FAMA, pas toujours compatible avec celui qui doit primer au sein d’une armée démocratique. En effet, il y règne un esprit « syndicaliste » dont l’expression a par exemple entaché, on se rappelle, la cérémonie de fin de formation du GTIA Waraba, en juin 2013, à propos du montant des soldes et de primes…

Des revendications qui ont conduit à l’annulation de la prise d’armes prévues. Autant dire quelque chose d’incroyable et, plutôt mauvais signe même si l’incident a été minimisé par la haute hiérarchie et les autorités de l’époque.

Cette attitude a pour corollaire un manque de confiance envers la hiérarchie, les chefs militaires et, tout aussi grave, les décideurs politiques. Cette défiance est bien antérieure à la crise de 2012.

Structurellement, l’action de l’EUTM contribue en principe à améliorer l’efficacité opérationnelle du noyau des forces maliennes. Les GTIA sont instruits dans la tactique des petites unités (notamment pour le combat dans le désert et en localités), à la maîtrise de l’armement léger, des communications (avec des procédures strictes de sécurité), du renseignement tactique, des explosifs (mines et engins explosifs improvisés), des armes d’appui légères, de la conduite de véhicules, ainsi qu’en droit international humanitaire.

Plus généralement, une prise de conscience quant au caractère crucial de la formation, de l’entraînement régulier, solidifie la volonté malienne d’aller plus loin que de bonnes intentions.

Les exercices qui se déroulent, lors des périodes d’instruction des « bataillons EUTM », impliquent leurs différents éléments organiques dans des scénario variés : les commandos s’infiltrent, reconnaissent, renseignent, empêchent le repli des « ennemis » qui attaquent le gros des forces tandis qu’évoluent habilement les blindés et que les Gradés de la batterie d’artillerie effectuent des tirs d’appui…

Ces exercices permettent de roder l’ensemble des troupes qui ensuite seront mis à l’épreuve dans les déploiements au Nord. À l’issue de ces opérations s’ensuivent les travaux sur cette expérience, les « retours d’expérience » (Retex) quant à ce qui a été affronté. Les stages de « rafraîchissement » sont également essentiels pour ne pas perdre les bons réflexes, et de rester affûtés intellectuellement et physiquement.

Ces dernières manquent néanmoins des « grandes manœuvres » au cours desquelles seraient engagés simultanément deux ou trois bataillons au complet. L’absence de coordination des unités, engagées dans l’offensive de Kidal du 21 mai, souligne à quel point il ne suffit pas d’entraîner des compagnies à travailler entre elles au sein d’un même bataillon: elles doivent aussi savoir comment œuvrer de concert avec les éléments d’autres unités, dans des actions beaucoup plus complexes. Ces actions exigent une chaîne de commandement encore plus robuste. Elles contribueraient à créer une confiance non pas juste au sein d’un même bataillon, mais plus globalement.

Les contextes d’une réforme

En tout cas, il faut dire que le processus de réforme des FAMA a été entamé dans des conditions exceptionnelles, notamment sous une forte pression et dans un environnement qu’on peut considérer comme coercitif. C’est du moins ce qu’a confessé le chef d’état-major général des armées ou CEMGA, le Général de division Mahamane TOURE, lors d’un atelier de synthèse sur le processus de réforme de l’armée malienne, à la lumière de la double crise sécuritaire et institutionnelle que notre pays a vécue en 2012, mais aussi, de la nouvelle menace sécuritaire à l’échelle régionale du Sahel, à savoir le terrorisme transfrontalier et même international, tenu les 1er et 2 août 2014, à l’École de maintien de la paix « Alioune Blondin BEYE » .

Et l’officier supérieur de souligner que, dans les conditions normales, le processus devrait s’inscrire dans la logique de réforme globale du secteur de défense et de sécurité et, de préférence, en conformité avec le cadre logique de la gouvernance partagée du secteur de la Sécurité, tel que piloté par le Dr Zeini Moulaye,  au profit du ministère de la Sécurité.

Ce séminaire a été l’occasion pour près de 130 officiers maliens et 20 conseillers européens de travailler pour soumettre aux autorités militaires de la matière pour décision concernant un nouveau format d’armée, une organisation territoriale et opérationnelle rénovée, des scénarios d’engagement bien définis, des contrats opérationnels pour chaque armée et service, des capacités de communication et de commandement, une logistique efficace et des capacités de renseignement et de projection permettant aux forces armées maliennes, à l’horizon 2018, d’agir promptement et efficacement sur l’ensemble du territoire national.

Les défis à l’horizon 2030

En effet, l’horizon 2018 peut constituer une étape intermédiaire vers la construction d’une armée professionnelle à l’horizon 2030.

En tout état de cause, il faut rappeler qu’un peu plus de trois ans après l’effondrement, les Forces armées maliennes ne sont plus tolérées à répéter leurs erreurs sous l’impulsion d’une politique nationale qui cherche ses marques, handicapée par le manque de moyens.

En réalité, l’erreur serait de ne considérer notre armée qu’à l’aune de la sanglante raclée du 21 mai 2014. Évidemment, celle-ci ne peut être ignorée. Car, il faut reconnaitre que les FAMA n’ont pas été à la hauteur. Cependant, il importe de considérer que ces forces sont encore immatures. Elles ont à grandir à mesure que s’affirmera la politique malienne.

L’engagement du Président IBK à résoudre la question du Nord par le dialogue en définissant une feuille de route, focalisée sur la sécurité, le développement économique, la paix entre tous ceux qui y vivent, sous une bonne gouvernance locale, va dans ce sens. Et les FAMA ont une place importante dans cette approche globale, en interaction avec les autres mécanismes de ce processus long et complexe.

Par Mohamed D. DIAWARA




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