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dimanche 9 août 2020
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Arrêt de la subvention de l’engrais, chute du prix du coton: vers le boycott actif des paysans

Au Mali, les producteurs de coton vont perdre plus du cinquième de leurs revenus lors de la campagne 2020/2021. Et pour cause, le prix « bord champ » autrement dit, le prix au producteur garanti a été revu à la baisse, à 200 francs CFA le kilo, au lieu de 275 francs CFA pour la campagne précédente. Pire, selon les mêmes paysans, la subvention accordée par l’État ne concerne pas cette année les cotonculteurs. Mécontents, les paysans ont décidé de se focaliser uniquement sur la culture des céréales comme le mil, le maïs et le sorgho. De Sikasso à Koutiala, en passant par la zone de Fana et Kita la culture du coton est sérieusement menacée pendant la campagne agricole qui démarre. 

Selon les plus hautes autorités, cette baisse du prix du coton est principalement liée à la mauvaise situation du marché mondial de la fibre, particulièrement touché par les conséquences économiques engendrées par la crise de la pandémie du coronavirus. Une hypothèse que les producteurs rejettent en bloc et décident de rester sur leur position de boycott de la culture du coton cette campagne. 

« Si rien n’est fait, nous n’allons pas mettre la graine de coton à terre cette année. Il en est de même pour beaucoup de paysans dans notre zone ». Cette mise en garde est de Diakaridja KONE, président d’association villageoise de producteurs de coton de Napéléguédougou, dans le cercle de Sikasso. Comme M. KONE, plusieurs producteurs de coton préparent leur champ pour y cultiver le maïs ou le sorgho. Dans leur aire de culture qui compte dix villages, tous décident d’abandonner la cotonculture cette année. 

« Le prix de l’engrais a monté jusqu’à 18 380 FFCA cette année contre 14 500 F, la campagne précédente. Pire, le gouvernement a décidé de fixer à 200 francs CFA le kilo au lieu de 275 francs CFA pour la campagne précédente. Voilà les raisons qui ne sont d’ailleurs plus un secret pour personne. Nous ne pouvons pas aller sur cette base, au risque d’aller à notre propre perte. Autant produire d’autres produits, dont nous pourrions éventuellement vendre une partie pour subvenir à nos besoins que d’opter pour notre propre perte », a argumenté Diakaridia Koné avant de nous marteler « pas de revision de position de la part du gouvernement, pas de culture de coton dans notre zone ». 

Dans la zone de Fana, Souleymane TRAORE de l’association villageoise (AV) de Wolodo se dit perplexe face au changement spectaculaire du gouvernement, qui revoit non seulement les prix producteurs à la baisse, mais refuse de subventionner l’engrais destiné à la cotonculture.  

« Nous sommes en train de préparer nos champs et rien n’est décidé pour la culture du coton cette année. Toutefois, nous sommes concertations au niveau des organisations faitières. Si les tendances restent comme telle, se serai très difficile pour nous de respecter la décision du gouvernement », nous a confié M. TRAORE. 

Dans la Zone de Kita, c’est aussi le statuquo. Des paysans que nous avons pu joindre prônent la prudence.    

Cette décision des paysans est survenue après une visite du Président Directeur General de la CMDT, M. Baba BERTHE, en visite à Diola et Fana, dimanche dernier, pour expliquer aux acteurs la conjoncture économique mondiale qui a influencé le prix du coton. Il a ainsi indiqué que cette baisse du prix est due à la conjoncture économique mondiale consécutive à la pandémie du Coronavirus. 

« Cette nouvelle situation difficile est tout simplement liée aux cours mondiaux du coton, qui ont été fortement influencés par la maladie du Covid-19 », a-t-il dit.

Dans son allocution, Baba BERTHE a également annoncé que l’engrais, celui destiné à la cotonculture, ne sera plus subventionné, cette année. Ce qui fait que les prix ont grimpé à 18 380 FCA. Malgré tout, M. BERTHE promet que l’État va aider les cotonculteurs à hauteur de dix milliards de francs CFA. Cette somme, selon lui, permettrait aux responsables de majorer le prix du kilo du coton à 215 FCFA. Compte tenu du contexte économique mondial, la CMDT table sur une production nationale de 700 000 tonnes pour cette campagne 2020/2021, contre 1 000000 de tonnes, la campagne précédente.

 En tout état de cause, avec cette chute de la rémunération de plus de 20 %, certains cotonculteurs ont décidé de faire d’autres choix.

PAR CHRISTELLE 

KONE




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