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samedi 17 avril 2021
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Les artifices d’une transition en manque de courage

Le départ des Forces françaises de l’Opération Barkhane revient de façon récurrente, ces derniers temps, dans certains débats. Des tracts téléguidés sont distillés sans la moindre précaution élémentaire de cohérence. Un premier était que le Président de la Transition, Bah N’DAW demandait le départ de Barkhane si elle évoluait sur le terrain sans les FAMa. La rumeur a fait le buzz sur la toile, parce que pour une frange de la population, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Allant crescendo dans leur campagne contre Barkhane qui a un profil coupable idéal, un autre tract inonde la toile : l’Armée française elle-même annonce son désengagement du Mali, selon le prétexte douteux qu’elle ne supporterait pas une arrivée des troupes russes comme réclamée par de nombreux manifestants contre l’insécurité galopante dans le pays.

En fait, l’obsession des appels du pied et même des mains à la Russie (qui ne viendra pas non plus faire de la charité), a fait perdre aux idéologues tapis dans les officines, le sens de la réalité. Pour preuve, le chef d’état-major des armées françaises, le général François LECOINTRE, a achevé une visite de 48 heures, vendredi 11 décembre, au Mali. En acronyme militaire, ce déplacement s’appelle une ITH, pour « inspection de théâtre ».
À Gao, comme il l’avait fait à Niamey, première étape de sa visite, l’officier général de l’Armée française a rappelé le cœur de la mission de Barkhane.
« Nous sommes ici pour assurer notre sécurité pour les 30 ans qui viennent », assure-t-il, « car si nous laissons le chaos s’installer, les États sahéliens vont s’effondrer sur eux-mêmes, laisser la place à l’État islamique, ce qui provoquera une pression migratoire sur l’Europe, avec tous les risques populistes que cela entraînera ». Le CEMA français qui s’est également rendu à Ménaka où les raids jihadistes se sont multipliés ces dernières semaines.
« Mais c’est maintenant, dans l’année qui vient, que se joue l’avenir du Sahel », affirme-t-il, « c’est pour ça que nous nous engageons en avant-garde, et que nous allons passer à la vitesse supérieure. Si nous loupons ce moment charnière, je suis assez pessimiste ». Selon la presse française, le général LECOINTRE est venu mesurer, dans la région de Gao, la possibilité d’appuyer plus encore des Forces armées maliennes, découragées par les revers.
Comme on peut le constater, il ne transpire nulle part des propos du CEMA un désengagement des soldats français. Au contraire, la dynamique est un appui sur la durée pour éviter l’effondrement des États du Sahel et pour la tranquillité de la France épargnée des flux migratoires.
Pour la seconde étape de sa visite, le général LECOINTRE a rencontré, à Bamako, le Président et le Vice-Président de la Transition, ainsi que la hiérarchie militaire avec lesquels il a eu un échange franc. Paris et les alliés souhaitent renforcer la coopération militaire avec Bamako : « Essayer de tracer entre nous ce que pourraient être les évolutions ultérieures de l’engagement français, de l’engagement international. Donc, nous avons évoqué ces sujets-là avec les autorités politiques et militaires maliennes. Nous souhaitons que les Maliens nous aident à les aider et que nous coopérions le plus étroitement possible, Maliens et Français ensemble, puis Maliens et Européens ensemble. Et là, il y a du travail à faire ». Comment Paris voudrait souhaiter le renforcement de la coopération militaire et s’inscrire dans une logique de désengagement ? Il y aurait quelque part de l’inconséquence.
Toutefois, comme on le dit en bambara « ’bolo min ye chi don mo la, o bolo kelen de b’a bo »’ (la main qui a lié est la même main qui peut délier). Barkhane n’est pas une armée d’occupation à ce qu’on sache, puisqu’elle a reçu un carton d’invitation joliment orné quand le pays avait le feu derrière. Elle est là parce que les autorités maliennes ont expressément sollicité la France, au pied levé, en 2012, quand les jihadistes avaient mis le cap sur le sud du pays, après l’occupation des 3 régions du Nord. Pour le déploiement de l’Armée française, il y a eu un accord dont les termes sont bien connus de chacune des parties. Si on ne veut plus de Barkhane, la donne est simple : dénoncer ledit accord et appeler les Russes qui débarqueront en vitesse avec armes et Bagages comme en Syrie, en Centrafrique. C’est très simple.
Mais, au lieu de prendre ses responsabilités pour demander le divorce, avec toutes les conséquences sécuritaires, l’on use d’arguties. Bah N’DAW a décidé, la France a décidé. Basta. Le Malien a le courage de ses opinions. Et ce ne sont quand même pas des colonels qui viendront lézarder cette solide réputation flatteuse de notre peuple !

PAR BERTIN DAKOUO




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