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vendredi 20 mai 2022
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Assainissement de la ville de Bamako: les premiers coups de balai donnés hier

La journée d’hier mardi, un peu partout, tôt dans la matinée, les Bamakois ont aperçu sur les grandes artères de la ville, des jeunes filles et garçons en tenues et combinaisons à l’effigie du Groupe marocain Ozone, en train de balayer et ramasser les ordures des voies et places publiques de la capitale.

Ainsi, tout au long des artères, des poubelles sont accrochées aux poteaux publics pour la conservation de certains déchets, notamment les sachets plastiques.
Ces agents recrutés à cet effet par l’entreprise marocaine étaient tous habillés en blouse de couleurs vert perroquet et orange sur laquelle est écrit «Ozone Mali», et chacun détenait soit un balai, soit une pelle, en tout cas, un outil d’assainissement avec lequel, ils exécutent jalousement la mission qui leur est confiée par leur entreprise employeur.
Sur l’avenue du boulevard de l’Indépendance, M.Dougnon et son équipe étaient à pied d’œuvre.
Notre interlocuteur nous a confié que leur travail consiste à balayer et à nettoyer les voies et places publiques de la ville de Bamako. Après le balayage, a-t-il expliqué, ils mettent les déchets solides et ordures dans des poubelles qui seront ensuite enlevées par un camion de navette entre les différents sites.
En tout cas, l’opération de démarrage de l’assainissement de Bamako par le groupe Ozone n’est pas passé inaperçue pour bon nombre de Bamakois qui l’ont vivement apprécié.
Pour Issa TRAORE, fonctionnaire, il est grand temps que la population accompagne les projets de ce genre pour le développement du pays. Aussi, a-t-il prévenu, sans le civisme et la citoyenneté, ce projet ne fêtera pas son premier anniversaire. Il a estimé toutefois qu’il fonde beaucoup d’espoirs sur ce projet qui pourrait contribuer à l’assainissement de la ville de Bamako, à condition que les deux parties respectent leur engagement.
«Une chose est de lancer les opérations et une autre est de les appliquer, conformément à la convention qui a été signée entre la mairie du District de Bamako et l’entreprise marocaine. Nous avons l’habitude des grands projets, mais malheureusement ils n’aboutissent pas en grande partie. Il est temps que chacun s’assume pour la réussite de ce projet», a plaidé M.TRAORE.
La colère des GIE et les réponses du maire et du PDG Ozone
La mise en œuvre de ce projet a suscité la colère de certains Groupements d‘intérêt économique (GIE) qui avaient en partie (pré-collecte des ordures) l’assainissement de la ville de Bamako, depuis des décennies. En effet, ils reprochent à la mairie du District et à l’entreprise marocaine de les avoir mis à côté dans la mise en œuvre de cette initiative.
En réponse à cette affirmation, le maire Adama SANGARE a fait savoir que tous les GIE qui avaient de contrat formel avec la mairie du District de Bamako ont été associés au processus ayant abouti à la signature de la convention avec le Groupe Ozone.
Pour Adama SANGARE, l’assainissement de la ville de Bamako nécessite aujourd’hui de l’expertise et du professionnalisme avéré. C’est pourquoi, a-t-il expliqué, il a été décidé de déléguer la gestion des déchets de la ville de Bamako au groupe marocain.
«Tout n’a pas été négatif lorsque les GIE géraient. Ils ont fait également ce qu’ils pouvaient à la limite de leurs moyens pour rendre la ville de Bamako propre. Mais, il faut reconnaître que les moyens dont disposent ces GIE ne sont pas à la hauteur des ambitions de la mairie du District», a souligné le maire Adama SANGARE.
Le PDG du Groupe Ozone a renchéri les propos du maire en soutenant que leur porte reste grande ouverte à tous les acteurs qui veulent s’impliquer dans ce projet.
Aussi, a-t-il noté, Ozone sollicite l’accompagnement et l’implication au processus de tous les responsables de GIE ayant de contrat avec la mairie. Certains, a-t-il indiqué, ont accepté de se joindre à eux pour la mise en œuvre de ce projet. Malheureusement, a-t-il déploré, d’autres ont préféré prendre leur distance vis-à-vis de l’opération parce qu’ils veulent que les marchés leur soient sous-traités.
«Il y a des gens qui ne veulent pas travailler avec nous. Ils veulent qu’on leur sous-traite le marché. On ne va pas permettre que quelqu’un travaille à notre place parce que c’est notre image qui est en cause. Dans tous les cas, notre porte restera ouverte pour tous ceux qui veulent vraiment travailler dans les meilleures conditions», a martelé M. Badraoui AZIZ.

Déjà, le lundi dernier, les opérations de gestions des déchets de la ville de Bamako, déléguées au Groupe Ozone ont été lancées, dans la cour de la Direction des services urbains de la voirie et d’assainissement (DSUVA), où l’entreprise marocaine a installé son Quartier général (QG). La cérémonie de lancement des opérations, d’une durée de 8 ans, était placée sous la coprésidence des ministres de l’Environnement, de l’assainissement et du développement durable, Mohamed Ag ERLAF et celui de l’Administration territoriale et décentralisation, Abdoulaye Idrissa MAIGA. On y notait la présence du maire du District de Bamako et le Président directeur général du Groupe Ozone, ainsi que plusieurs autorités politiques et administratives du pays, des membres de la société civile et acteurs intervenants dans le secteur de l’assainissement.
Selon le maire du District de Bamako, Adama SANGARE, l’événement est un jour mémorable pour la ville de Bamako, parce qu’il marque le début de l’opérationnalisation du premier projet global et le premier contrat élaboré par la mairie du District dans le cadre de la propreté de la ville.
Ce projet, a indiqué le maire Adama SANGARE, est financé sur fonds propres de la mairie du District de Bamako, à travers les taxes et la subvention que l’État doit verser à la ville, conformément à la Loi qui l’a créée.
L’initiative, a-t-il précisé, nécessitera un investissement de près de 9 milliards de FCFA qui sera préfinancé entièrement par la partie marocaine.
La décision de déléguer ce service, a expliqué M. SANGARE, est une réponse globale pour la propreté de la ville de Bamako qui est soutenue par l’ensemble des élus communaux, confrontés à de sérieux problèmes d’assainissement qui ont pour noms, entre autres, l’engorgement des dépôts de transit d’ordures dans toutes les communes; le dépôt anarchique des déchets aux coins de rues; l’obstruction des canalisations avec leurs corollaires de pollution et de nuisances.
Aveu d’impuissance du maire
Le problème de la ville de Bamako date de plus de 30 ans. Il découle, selon les diagnostics du maire, d’une part de l’inéquation entre les ressources et l’évolution géographique et démographique de Bamako ; et d’autre part, le manque d’appui pour permettre à la ville de supporter les charges d’assainissement d’une agglomération de sa taille.
Dans tous les cas, selon Adama SANGARE, le constat est déplorable, malgré les efforts au quotidien que les élus de Bamako et les autres acteurs consentent pour rendre la ville de Bamako plus propre dans le cadre de la coopération décentralisée.
«Le personnel de la DSUVA travaillait, à la limite, à main nue. Avec opiniâtre et abnégation, la mairie du District de Bamako s’est battue pour assainir la ville, hélas, avec peu de résultats, nous en convenons», a indiqué le maire du District.
Pour la réalisation de ce projet, il a interpellé les autorités maliennes d’appuyer les collectivités dans la mise en œuvre de la décentralisation, par le transfert des ressources financières qu’elles devaient aux communes.
«La volonté seule ne suffira pas pour assainir la ville, mais il faut des moyens financiers de l’État et de la population. Si la population paye régulièrement ses taxes, la mairie du District seule serait en mesure de supporter le montant de cette convention», a-t-il plaidé.
Le Président directeur général du Groupe Ozone, EL Badraoui AZIZ, pour sa part, a pris l’engagement d’honorer ce qui a été convenu entre eux pour répondre aux défis d‘assainissement de la ville.
« Le projet me tient personnellement à cœur puisqu’il confirme le renforcement de liens de fraternité entre nos deux pays (le Maroc et le Mali). Aux citoyens de Bamako, je promets aujourd’hui en tant que PDG du groupe Ozone d’offrir la meilleure qualité de services et de mettre en place tous les moyens humains et matériels nécessaires pour réussir cette mission noble qui est la propreté de cette belle capitale», a-t-il promis.
Les engagements du Groupe Ozone
La convention signée, dont le démarrage est l’objet de la présente cérémonie stipule qu’il incombe au Groupe Ozone : la collecte et le transport des déchets vers la décharge, le nettoyage manuel et mécanique des voies et places publiques, l’évacuation des dépôts sauvages. En effet, la mission va consister à enlever quelque 1 969,94 tonnes d’ordures par jour dans le District de Bamako.
Toutefois, selon le PDG du Groupe Ozone, la réussite de cette mission ne peut se concrétiser sans la collaboration de tous les acteurs et de la population de respecter, notamment les horaires de passage des camions de collectes, l’utilisation des bacs et camions et la conservation de la propreté des trottoirs et de la route.
Il est aussi prévu, dans la mise en œuvre de ce projet, l’installation dans les tous quartiers de la ville de Bamako des équipements de conservation de déchets avant leur évacuation.
Déjà plus de 1300 personnes ont été recrutées, dont 100 chauffeurs, 168 collecteurs, 1002 balayeurs, 22 équipes d’atelier mécanique, de dizaines de personnes pour l’encadrement.
La cérémonie, en plus des allocutions, a été marquée par la présentation du matériel roulant et des secteurs de collecte ainsi que des animations de la troupe «Niogolon» et de celle du District de Bamako.
Par Sikou BAH




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