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samedi 16 décembre 2017
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Attaques terroristes : quelle solution pour le Mali ?

La sécurité au Nord du Mali est un véritable serpent de mer. Instable depuis l’accession du Mali à l’indépendance, cette zone aujourd’hui infestée de groupes armés, a vu s’ajouter aux vieilles revendications d’indépendance, une déferlante djihadiste. C’est donc un truisme de dire que sa sécurisation est un véritable casse-tête pour les forces armées maliennes et onusiennes confrontées à des actions asymétriques contre lesquelles elles n’étaient point préparées. Quelle solution pour y faire face ? Pour certains spécialistes des questions militaires, l’heure est venue pour les Nations Unies de d’activer afin une force d’intervention rapide pour lutter contre les djihadistes.

Le 5 décembre dernier, 11 personnes ont péri au cours d’une attaque terroriste visant des soldats maliens, dans la région de Nampala, localité de Tombouctou, près de la frontière mauritanienne. Bien avant cet attentat, un autre avait arraché à la Mission des Nations-unies au Mali (MINUSMA), 5 de ses soldats. C’est encore le contingent nigérien qui avait été visé. En effet, 6 soldats de ce contingent avaient été blessés récemment dans l’explosion d’un engin télécommandé, au passage de leur véhicule entre Ménaka et Ansogo dans le Nord du pays.
Pas plus que le 16 janvier dernier, des éléments terroristes ont attaqué Tenenkou, une localité située dans la région de Mopti. Les forces armées et de sécurité maliennes sur place ont tenu en échec les assaillants et les ont repoussés, causant une douzaine de perte en vies humaines du côté de l’ennemi. Nos soldats, qui avaient en outre capturé quatre autres assaillants, ont perdu trois de leurs camarades dans cette attaque djihadiste.
La situation est d’autant plus préoccupante que cet attentat contre les troupes maliennes est intervenu un jour après qu’une autre (le 17 janvier) a été conduite contre le camp de la MINUSMA à Kidal.
Un premier véhicule suicide a explosé à proximité d’un point de contrôle MINUSMA situé à environ un kilomètre du camp, causant la mort d’un Casque bleu et blessant un autre soldat, tous deux appartenant au contingent tchadien.
Un second véhicule repéré et essuyant les tirs des Casques bleus à explosé à l’une des entrées du camp de la MINUSMA.
Simultanément, selon un communiqué de la Mission, le camp de la MINUSMA était la cible d’au moins 8 tirs de roquettes ou mortiers, dont 2 ont atterri à l’intérieur du camp, causant des dégâts matériels importants. L’attaque s’est terminée à 7h15.
Si le Représentant spécial adjoint, Arnauld Akodjenou, a condamné avec vigueur cette nouvelle attaque terroriste ciblant les Casques bleus au service de la paix au Mali, il a tout de même prévenu que ces actes n’affecteront en rien la détermination de soldats de la MINUSMA à poursuivre la mission que le Conseil de Sécurité leurs, a confiée.
Ces attaques traduisent toute la témérité, l’audace des islamistes qui écument cette zone. Elles sont la preuve, si besoin en était encore, qu’ils sont toujours bien là et qu’ils ne sont nullement impressionnés par les dispositifs militaires mis en place pour les contrer.
Tant qu’ils étaient dans une phase de conquête, d’offensive, ces djihadistes étaient bien en vue, à être découverts, et étaient plus faciles à combattre. En témoigne leur débâcle face aux troupes françaises et tchadiennes surtout, lors de l’intervention militaire internationale, à la suite de l’appel au secours des autorités de la transition d’alors. Mais, dans la situation actuelle, les choses sont hautement plus difficiles à gérer. Les extrémistes sont tapis dans l’ombre et jaillissent pour frapper fort, avant de disparaître dans la nature. Et le terrain se prête bien à ce jeu. L’immensité du désert est l’une des raisons majeures de la difficulté à sécuriser cette zone. Les islamistes et autres narcotrafiquants y trouvent un terrain favorable à leurs activités, l’Etat y étant globalement absent à raison des accords de cessez-le-feu du 23 mai qui imposent à l’armée de se mouvoir seulement dans une limite tracée par ces accords. La présence de ces islamistes en ces lieux, parfois en complicité avec certains groupes armés, complexifie davantage une équation que les autorités de Bamako avaient déjà suffisamment de difficultés à résoudre. En effet, couplée aux velléités indépendantistes des rebelles touaregs qui tiennent à leur Azawad, cette présence djihadiste est un véritable cauchemar pour nos autorités qui ne savent vraiment plus où donner de la tête.
En tous les cas, force est de constater que les attaques perpétrées, ces derniers jours et ces derniers mois contre la MINUSMA et les forces maliennes font ressortir la nécessité de renforcer d’urgence la Mission, par la mise en place de mesures destinées à prévenir les attaques menées contre elle à l’aide d’engins explosifs improvisés ou par le biais de tirs indirects.
L’une des solutions préconisées dans ce sens, par des spécialistes des questions sécuritaires, serait la mise en place, sur le modèle de la brigade d’intervention rapide créée au sein de la Mission de l’Organisation des Nations-Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), d’une force d’intervention qui serait déployée dans le nord du Mali pour lutter contre les groupes terroristes et les narcotrafiquants, ceci dans le cadre du mandat accordé à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).
Une conclusion qui rejoint les plaidoyers des autorités maliennes qui, face à la recrudescence des attaques terroristes qui ont prouvé à suffisance que la MINUSMA n’évoluait plus dans un environnement de maintien de la paix, avaient proposé la mise en place d’une force d’intervention parmi les pays contributeurs, à déployer au nord du Mali, avec des règles d’engagement et des moyens robustes, pour lutter contre les groupes terroristes et les narcotrafiquants.
Cette proposition a été partagée par les participants, à la réunion ministérielle des pays africains contributeurs de troupes à la MINUSMA, tenue le 5 novembre 2014 à Niamey, lesquels avaient sollicité l’accélération de la réflexion et de l’étude sur la mise en place d’une telle force dans le cadre du Processus de Nouakchott. Sans compter aussi la dernière rencontre des Chefs d’État du G5 Sahel qui ont également lancé un appel au Conseil de sécurité pour l’exhorter à soutenir la mise en place, avec l’Union africaine, d’une force internationale chargée de neutraliser les groupes armés et d’aider à la réconciliation nationale en Libye.
En tout état de cause, ces différentes attaques, qui montrent à suffisance la détermination des groupes terroristes et des forces hostiles à entraver le processus de paix en cours, interpellent tous.
PAR MOHAMED D. DIAWARA




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