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vendredi 21 janvier 2022
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Augmentation des droits de douane: la raison de la grogne des opérateurs pétroliers

Une augmentation paradoxale de 20FCFA/litre de droits de douane sur les produits pétroliers à l’importation avec le maintien du prix à la pompe est à l’origine d’une grogne des opérateurs de produits pétroliers qui demandent à l’État, à travers le ministère de l’Économie et des finances, de revoir sa copie.

Selon des sources proches du dossier, la mesure est entrée en vigueur depuis environ un mois. Concrètement, rapporte-t-on, les opérateurs de produits pétroliers sont astreints au paiement supplémentaire de 20 FCFA/litre d’hydrocarbure. Des sources concordantes justifient cette nouvelle disposition très controversée dans le milieu des importateurs par les besoins de renflouer les caisses de l’État qui serait pris à la gorge par les charges les unes souvent plus urgentes que les autres.
Cependant, s’il est un droit régalien de l’État de réajuster les prix, selon les impératifs du moment, la présente mesure d’augmentation des droits de douane est butée à un double paradoxe.
Le premier, c’est que pendant que l’État demande de payer un peu plus, au titre des droits de douane, il demande de céder le carburant à la pompe aux prix actuels. Les prix indicatifs plafonds à la pompe des produits pétroliers liquides en vigueur restent inchangés. Un constat fait par n’importe quel consommateur.
Ce contraste, évidemment, érode la marge bénéficiaire des opérateurs de produits pétroliers qui ne sont ni des entreprises de philanthropie ni des officines politiques qui peuvent s’autoriser le luxe d’investissements pour des gains aléatoires.
Le second paradoxe, c’est que dans notre pays qui n’est pas producteur de pétrole (donc forcément importateur), depuis environ un an, les prix à la pompe sont inchangés. Ce, nonobstant les fluctuations des cours du baril au niveau mondial. Aussi, la pilule passe d’autant mal qu’à défaut d’un accompagnement de l’État pour atténuer les contrecoups des variations des cours mondiaux qu’il est imposé aux importateurs des produits pétroliers de payer plus pour gagner moins.
La réunion mensuelle de la Commission de Suivi du mécanisme de taxation des produits pétroliers, apprend-on, se tiendra, ce lundi 8 novembre, à l’Office National des Produits Pétroliers du Mali (ONAP). Comme on peut s’y attendre, cette assise dirigée par le Secrétariat permanent de ladite Commission aura à son ordre la situation bizarroïde qui prévaut avec une augmentation des droits de douane et des prix plafonds indicatifs inchangés, au grand dam des opérateurs de produits pétroliers.
Les importateurs concernés, nous fait-on savoir, comptent sur cette assise pour que le Gouvernement revoie sa copie dans l’intérêt bien compris des parties.
Il faut souligner que cette aberration n’est pas typique des produits pétroliers à l’importation puisqu’on voit également dans le cas de la filière farine pain où, nonobstant une augmentation sensible des prix de la farine et de la levure, le Gouvernement met la pression sur les boulangers pour que ceux du pain restent inchangés. Les mesures unilatérales d’augmentation et de ‘’grève’’ de ces derniers jours sont révélatrices de l’incongruité de la mesure.
A l’analyse, le Gouvernement de la Transition est dans un besoin pressant d’argent pour faire face à ses nombreuses charges. En plus des emprunts obligataires au niveau de l’UEMOA qui lui sont encore accessibles, il doit compter sur la mobilisation des ressources nationales. L’augmentation des droits de douane sur les produits pétroliers est un des moyens de renflouement des caisses.
Mais le hic, c’est que le Grand argentier de l’État, le ministère de l’Économie et des finances, veut faire des omelettes sans casser des œufs. Il compte bien remplir ses caisses, mais éviter à tout prix tout mécontentement populaire du fait de l’augmentation des prix plafonds indicatifs ; quitte à sacrifier au passage les intérêts des pétroliers qui sont également des Maliens faisant vivre d’autres Maliens par les nombreux emplois qu’ils créent.
Est-il possible d’avoir le beurre et l’argent du beurre ? Une sagesse populaire dit : « Quand on ne veut pas faire de vagues, on ne se jette pas à l’eau ». Avec cette mesure impopulaire, c’est un nouveau front de contestation qui s’ouvre pour les autorités de la Transition.

PAR BERTIN DAKOUO




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