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lundi 19 avril 2021
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Azawad: ces couleurs qui choquent, énervent, emmerdent, déchirent…

Le Malien est d’un naturel émotif, ombrageux, suspicieux et d’un nationalisme à fleur de peau. Pour l’actionner il suffit simplement d’appuyer sur quelques boutons, de faire référence à quelques épisodes de son histoire ou d’évoquer quelques mots qui restent en travers de sa gorge, comme l’écharde dans la blessure. Par exemple évoquez avec lui : Kidal, Azawad, CMA, MNLA… Vous le verrez sortir de ses gongs, comme si ce n’était l’Africain le plus accueillant, le plus hospitalier, celui qui a inscrit dans sa Constitution qu’il est prêt à renoncer à tout ou partie de sa souveraineté pour construire l’Unité africaine. Quid de sa propre unité nationale ?

Alors, soyons précautionneux pour ne pas être coupable de crime de lèse patriotisme en évoquant Kidal. Kidal la rebelle ? Non, Kidal l’insoumise ! La cité interdite qui emmerde et énerve au plus haut point et plus haut niveau. Pourquoi ? Parce que tout est parti de l’autre, vous diront certains. D’autres comme l’ancien Président Ibrahim Boubacar KEITA se disait horripilés chaque fois qu’il voyait « certains leaders touareg de la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) venir à Bamako encaisser leurs indemnités, puis, de retour à Kidal, exhiber avec arrogance le drapeau de l’Azawad » (Interview dans JA du juillet 2019). Voici, la pomme de discorde ; un morceau de tissu qui ne passe, des couleurs vives brandies qui narguent et agressent l’orgueil et la fierté nationale qui se veulent fondamentales et sans aucune concession.
Le Mali ne peut donc digérer que son ministre de la Réconciliation nationale s’affiche avec un azawadien qui affiche fièrement son macaron azawadien ! Que d’émoi et d’émotion sur les réseaux, des Maliens lambda aux plus célèbres, l’image a fait le tour et a été commentée éveillant et réveillant les vieilles rancœurs.
A présent, passée l’émotion et la réaction violente d’une frange importante de Maliens, il serait aussi de jeter un regard sur le contexte d’avancée majeure du processus de réconciliation : Kidal est dans le gouvernement, mieux représentée et sainement représentée. Cela aurait dû passer mieux que ce petit macaron provocateur. Mais, hélas, mille fois hélas ! Tout ce qui vient de Kidal n’est pas simple, ni facilement accepté. Si nous sommes tous d’accord que «Kidal n’est pas et ne sera jamais pour le Mali ce que le Katanga fut au Congo au cours des années 1960», patriotes et démocrates tous autant que nous sommes, progressons. Laissons aux petits provocateurs azawadiens, dans le cadre de la République et de la nation une et indivisible, la liberté de brandir et d’agiter leurs couleurs, arborons aussi nos couleurs vert-or-sang et prouvons-leur que les nôtres sont plus convergentes et plus partagées que les leurs. Parce que ce qui énerve c’est bien le drapeau du MNLA, l’Azawad qui n’est ni une entité politique ni une réalité territoriale, mais bien une « entité mémorielle, symbolique et socioculturelle qui reflète une réalité humaine consensuelle dans le respect du caractère unitaire, républicain, laïc et indivisible de l’État » (actes de la Conférence d’entente nationale) n’a pas de drapeau et ne saurait avoir de drapeau.
Encore une fois, sortons de cette névrose anti-azawadienne. Kidal est azawadien, l’Azawad est malien. Kidal est malienne et restera malienne. Sortons de l’exclusive, de la stigmatisation, de la politique du bouc émissaire, battons-nous pour recoudre notre pays, pour rebâtir son unité et sa cohésion sociale. Parce que tant que des petits plaisantins sauraient qu’agiter un morceau de tissu en l’air ou afficher des couleurs autres que celles du Mali nous fait perdre les moyens et la raison, ils auront toujours le dessus sur nous.

PAR BERTIN DAKOUO




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