Barkhane/MINUSMA: les agents pathogènes

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Plus d’un an après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, la position du HCUA qui a avait exigé, lors des négociations d’Alger, la suppression de la notion de laïcité, reste quasiment inchangée, entraînant dans son projet djihadiste la CMA, plus propagandiste que militaire et son comparse de MAA dissident. Ce, alors que les Forces internationales jouent aux agents pathogènes.

Il est une évidence que la gestion de Kidal répond de deux impératifs majeurs : économique, à travers le trafic de drogue et autres substances illicites permettant aux mouvements armés de se constituer un imposant trésor de guerre ; politique, pour asseoir ou conforter son idéologie.
Les deux camps, à savoir le Groupe d’autodéfense Touareg Imghads et Alliés (GATIA) et la Coordination des Mouvements Armés (CMA) sont plus que jamais engagés sur ces deux fronts ; même si le premier, à savoir l’assise économique, est un dénominateur commun aux deux.
Pour ce qui est du second front, idéologique, c’est là où apparaît une divergence notoire.

La légitimité
Pour le GATIA, il y a une nécessité de rétablissement de la vérité historique troquée par des concours extérieurs. C’est ce qu’a tenté d’expliquer Azaz Ag Loudagdag, élu dans la région de Gao : « pas question que le GATIA quitte Kidal. La majorité de Kidal appartient aux Imghads et ils sont du GATIA. Pour preuve, toutes les élections sont gagnées en temps normal par les imghads. Le député et le maire sont des élus Imghads. Nous ne laisserons jamais Kidal ! Parce que c’est eux qui sont venus à la faveur de Méharistes, d’Ansardine et des djihadistes du MUJAO. Ils se sont bien implantés avec des complicités extérieures. Les pays étrangers les ont aidés à rester comme si c’était une part qu’on leur donne.
Nous sommes majoritaires à Kidal, mais les gouvernements français et maliens ont épaulé les Ifoghas et les ont utilisés pour maîtriser tout le monde. C’est une opposition ancienne, mais maintenant on est au 21e siècle et les gens ne sont plus d’accord. Les Ifoghas considèrent les Imghads comme des vassaux et ils refusent d’être sous leur domination ».
La donne pour le GATIA est claire : au regard de la supériorité numérique, le pouvoir politique lui revient. Ce, d’autant plus que toutes les précédentes élections (municipales et législatives) ont confirmé son hégémonie sur le plan démocratique. Le Groupe d’autodéfense se montre d’autant plus intraitable sur ce plan qu’il y a un signe avant-coureur de la concentration des pouvoirs entre les mains des Ifoghas, avec la nomination d’un de leurs proches comme Gouverneur de la région de Kidal. Azaz qui n’a pas sa langue dans la poche, met en garde : « puisque le Gouvernement leur a donné le gouvernorat, nous nous voulons la présidence de l’Assemblée régionale pour équilibrer les choses. Il n’est pas question que les deux premiers responsables de la région soient tous Ifoghas et on est prêt à affronter n’importe qui pour qu’il y ait un véritable partage du pouvoir ».

Les raisons d’une aversion
De son côté, il ne fait l’ombre d’aucun doute que le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) est résolument inscrit dans une logique de faire barrage au projet du GATIA qui compte sur le nombre pour conforter sa domination politique. Les combats des 21 et 22 juillet et du 30 juillet sont des preuves les plus irréfutables de cette aversion du HCUA pour le GATIA. Il ne pouvait du reste en être autrement. D’obédience djihadiste, Alghabass Ag INTALLA qui avait demandé, lors des négociations d’Alger, que le concept de laïcité soit biffé de la Constitution malienne voit dans le GATIA un mouvement dont la présence à Kidal et surtout son contrôle du pouvoir politique contrarieraient ses ambitions. Il mettait en cause l’article 25 de la Constitution qui dispose : ‘’le Mali est une République indépendante, souveraine, indivisible, démocratique, laïque, et sociale’’, dont il a dû faire contre mauvaise fortune bon cœur.
Selon des sources bien informées, c’est sur injonction de Iyad Ag GHALY, fondateur de Ansar Eddine, et dont il était le numéro 2, avant de créer le Mouvement Islamique de l’Azawad (MIA), que Alghabass a posé une telle exigence. Ce, quand bien même il a été procédé à un recyclage, à travers une laïcisation au forceps, de l’homme qui ne s’est jamais converti aux vertus de la démocratie. Aussi, son schéma reste-t-il intact : ériger un califat islamique ; la quête de Iyad son mentor, lequel lui fournit les arguments financiers et logistiques pour ce faire. Ce qui ne peut faire bon ménage, avec la logique d’équilibre des pouvoirs (politique et administratif) du GATIA.

Une relation de subordination
Le hic est que le MNLA, qui est la prunelle des yeux de certaines puissances extérieures, est pris dans la mouise d’une relation de subordination au HCUA.
En considérant que le mouvement de Alghabass Ag INTALLA ne sera jamais laïque et en considérant que tous ceux qui s’assemblent se ressemblent, il y a lieu de ranger le MNLA et le MAA dans le même camp djihadiste. C’est la dure réalité que leurs parrains occidentaux se refusent obstinément à admettre. Pis, ils adoptent des postures tendant à leur apporter une onction dans leur aventure. En effet, le fait que ni la MINUSMA, ni Barkhane n’empêchent l’attaque de la base du GATIA, à Tessik, le 30 juillet dernier, est suffisamment révélateur d’une fourberie de leur part. Ce, d’autant plus que les deux Forces n’ont pas hésité à s’interposer entre les belligérants, le 22 juillet dernier, à Kidal, au moment où les rapports de forces étaient nettement défavorables à leurs protégés de la Coordination des Mouvements Armés.
En définitive, l’on ne devrait perdre de vue, en aucun instant, que l’escobarderie dont font montre ces deux Forces constitue le terreau fertile à l’éclosion d’une guerre tribale (ou guerre civile). Les prémisses sont perceptibles au regard des brûlots des responsables du GATIA, manifestement à bout de nerfs. La menace doit d’autant plus être prise au sérieux que les chances du Mali de préserver son intégrité territoriale, son unité nationale ne sont pas inépuisables. Pour nous, il s’agit de faire nôtre ce passage du discours de l’ancien Président de la Tunisie Habib BOURGUIBA : “être réaliste, c’est préférer une réforme modeste, qui en permet une autre, à un miracle impossible.” Il faut agir, au lieu de subir le cours des événements tel que d’autres l’ont voulu.

Par Bertin DAKOUO

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