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mardi 1 décembre 2020
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Bétisier

Dans un contexte national où l’émotion domine, les discours grandiloquents d’un big boss de papy intérimaire entretiennent un enthousiasme horripilant sur les retombées de l’exploitation minière d’or, avec le risque d’affaiblir et décrédibiliser la parole publique. De telles postures où chaque partenaire voit midi à sa porte alimentent un terreau propice à l’émergence de nouvelles polémiques stériles sur les survivances d’un concept selon lequel l’or doit briller pour tous les Maliens. Chacun y allant de sa boulette, c’est le grand machin international pour la stabilisation de notre pays, par le truchement d’entourloupes procédurales, qui massacre la Convention relative aux droits de l’enfant, en instaurant un traitement discriminatoire dans le choix de ses passagers par vols. Voici votre BÊTISIER du jour.

Les débordements de démagogie

Dans sa réponse au Vérificateur général, Samba Alhamdou BABY, vendredi dernier, dans la salle des banquets de Koulouba, lors de la cérémonie de remise du Rapport 2019 de vérification portant sur 31 structures, le Papy Président intérimaire a rempli sa bouche de farine sèche sans avoir la quantité d’eau nécessaire à la mouiller pour l’avaler sans étranglement : ‘’Mais, je suis le serviteur de ce pays, son esclave. Ce fardeau divin, je l’accepte avec fierté et humilité. Dès lors, il est hors de question pour moi que l’or du Mali ne brille pas pour le Mali. L’or du Mali brillera aussi pour le Mali. L’or du Mali brillera surtout pour le Mali’’. Attention à la dérive populiste par déclarations tapageuses ! Eh bien oui ! Gardons-nous des amalgames et des schémas réducteurs par les temps qui courent. Parce qu’il paraît qu’il est extrêmement difficile aujourd’hui de briser la chaîne de la malédiction pour une meilleure gouvernance des ressources minières dans notre pays pour la simple raison qu’il y a deux types de contrats d’exploitation minière très fréquents :
-Clauses de Stabilisation : C’est-à-dire même en cas de révision du régime fiscal, aucune possibilité de modifier le contrat d’exploitation minière avant terme.
-Clauses d’Intangibilité : Aucune modification possible de la configuration administrative de la zone ne peut avoir des impacts sur les industries extractives, c’est-à-dire pas de révision applicable sur elles pendant la période de contrat d’exploitation.
Peut-être que dans une vision prospective, il faudrait réviser le Code minier, pour l’attribution de nouveaux contrats miniers, mais pour le moment, il est difficile de modifier les contrats déjà signés entre le Mali et les multinationales, et si l’État les résiliait, il sera traîné devant les juridictions nationales et internationales. Epicetout. Les circonvolutions verbales ne tordront pas le cou à cette implacable réalité.
En plus, les connaisseurs disent que nos services de fiscalité et juridictionnels n’ont pas les compétences nécessaires pour contrôler ou lutter contre les flux financiers illicites au sein de nos industries minières au Mali. Les flux financiers illicites signifient «Capitaux gagnés, transférés ou utilisés illégalement». Selon les statistiques de l’UEMOA, l’Afrique perd chaque année ‘’50 milliards de dollars liés aux flux financiers illicites au sein des industries extractives’’.
Tout ça est vrai hein et interpelle au plus haut point. Mais, il faut aussi dire aux gens, les milliards des sociétés minières qui sont déversées dans les caisses de l’État, surtout dans les moments où il est pris à la gorge, même pour faire face aux salaires. Bref regard dans le rétroviseur des moments de crise aiguë. Vraiment, il faut arrêter de bourrer les gens. L’État, ne fait aucun investissement financier, par conséquent ne prend aucun risque. Néanmoins, il reçoit ses ristournes. Au nom de l’unicité de caisse, elles sont versées au Trésor public. Le Trésor public redistribue les sous aux Maliens selon les formules arrêtées. L’or ne brille pas pour les Maliens fonctionnaires ? Certaines communes (des communes de petite taille de surcroît) riveraines des mines perçoivent souvent jusqu’à plus un milliard de FCFA d’impôts et de taxes par an. Est-ce aux sociétés minières ou aux élus communaux de faire briller l’or pour les populations de leurs communes ? Il faut arrêter de fantasmer et d’alimenter un enthousiasme horripilant ! Au Mali, pas plus qu’ailleurs, les bénéfices de l’or ne seront jamais distribués dans la rue, ils ne profiteront jamais à ceux qui ont fait le choix de ne pas se servir de leurs deux mains, sous prétexte que l’or coule à flots au Mali. On n’est pas dans le film d’un prince à New York. Il est question de réforme minière et c’est tout sauf un long fleuve tranquille. Quelqu’un disait qu’il existe une dynamique du pouvoir, de tout pouvoir qui pousse, toujours et partout, ses détenteurs à l’étendre le plus loin possible. Eh oui ! Le pouvoir, tout pouvoir, a des limites.




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