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mardi 20 octobre 2020
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Boubacar koumaré: un fier conducteur de craie tance le Premier ministre

La gestion de la crise scolaire n’est pas du tout du goût de l’enseignant et du syndicaliste Boubacar Koumaré qui vitupère le Premier ministre accusé de mépris, d’application sélection des lois de la République. Dans sa lettre publiée sur sa page Facebook et adressée au PM, il assure que les syndicats ne lâcheront pas une parcelle de leur droit. Lisez plutôt.

A Monsieur le Premier ministre Boubou Cissé

Monsieur le premier ministre,

J’aurais voulu ne pas en arriver à tremper ma plume dans l’ancre pour m’adresser à vous ainsi, car je vous ai tant défendu depuis la signature de l’Accord politique et je me suis toujours reconnu dans tous les actes inhérents à cet Accord.

Je me suis positionné pour cet Accord, car j’y ai trouvé un processus probable pour sortir ce pays que j’aime tant de sa profonde léthargie.

Aujourd’hui je ne le regrette pas et si c’était à refaire, je le referais sans nul doute et je l’assume. Je suis dans l’Accord politique et toujours pour l’Accord politique.

Mais hélas !!! Le contexte me pousse à m’adresser à vous, car comme je l’ai toujours dit: «si tes amis ne peuvent pas te dire la vérité, paye tes ennemis pour qu’ils le fassent.»

Monsieur le Premier ministre : Encore une fois après l’Hôtel des finances, vous vous trouvez en face des syndicats de l’éducation dans un bras de fer inouïe qui sans nul doute aura des conséquences fâcheuses et désastreuses pour une nation, pour le devenir de ses enfants dont l’éducation est un droit.

En cause l’application d’un article (39) d’une loi et quand je dis loi, un texte dûment voté par l’Assemblée nationale, promulgué et publié au journal officiel de la République du Mali.

Monsieur le Premier ministre, je ne reviendrai pas sur les démarches et les procédures adoptées par nous syndicats de l’éducation afin d’éviter à l’école malienne d’autres perturbations pour cette année scolaire (cf les lettres successivement adressées au ministre de la Fonction publique, à vous-même et aux rencontres syndicats/partenaires et acteurs de l’école). Toutes ces démarches étaient pédagogiques et de bonne foi.

Je ne pense pas avoir besoin de vous rappeler l’assurance que vous avez donnée à nous syndicats quant à l’application stricte de l’article 39 de notre statut loi lors de la rencontre que nous avons eue avec vous  au cours de laquelle vous avez dit : « quand une loi stipule, le gouvernement n’a d’autre choix que de l’appliquer et je ferai tout pour faire appliquer la disposition avant fin 2019». Que dire des déclarations du chef de l’État lors de la journée de l’enseignant qui vous disait je cite :»j’enjoins au Premier ministre d’appliquer tous les protocoles d’accord trouvés avec les syndicats d’enseignants…»

Après les séances de négociations qui n’avaient même pas lieu d’être avant le déclenchement de ce mouvement de grève, vos propositions se chiffraient à 3,77% des 20% réclamés.

Encore hélas, toutes les certitudes données ont été vaines, pour l’application du fameux article 39, vous avez obligé nous syndicats de l’enseignement à déclencher un mouvement de grève en espérant sur quoi pour retourner l’opinion contre nous?

Les recommandations du Dialogue national auquel j’ai participé et qui demandent la trêve sociale, mais aussi l’application immédiate de l’article 39 même s’il faut modifier le même article après ? En quoi demander l’application stricte d’une loi est synonyme de nouvelles revendications qui transgressent le principe de la trêve sociale demandée recommandée par le DNI?

Sur une campagne de communication de dénigrement à l’encontre des syndicats à travers vos canaux officiels et officieux vous espérez certainement, mais vous ignorez jusqu’à ce point que nous avons plus de capacités de communication que vos canaux réunis, car nous avons la vérité de notre côté.

Monsieur le Premier ministre, je fus stupéfait par votre dernière sortie du dimanche 19 janvier 2019 au cours de laquelle vous abordez des solutions probables et suicidaires à notre mouvement de grève. Entre autres la retenue sur salaire (méthode classique alors que nous avons l’habitude de survivre à deux mois de retenue). Pire, la retenue sur salaire est une disposition légale et si vous connaissez le sens de la légalité, on vous demande quoi d’extraordinaire si ce n’est l’application d’une autre loi que vous violez délibérément. La république serait-elle devenue celle de l’application sélective des lois?

Le recrutement de 15 000 sortants de l’IFM sous contrat à durée déterminée en remplacement de 63 000 enseignants du préscolaire, du primaire, du fondamental et du secondaire, le temps de notre grève, sortants de l’IFM que nous enseignants avons formé.

Vous espérez sur quoi? Les utiliser comme peau d’orange et ensuite les jeter et les piétiner comme vous prétendez le faire avec nous?

Vous méritez quelle confiance pour qu’ils vous accordent ce crédit sachant bien que vous avez démontré à leurs aînés que ni l’écrit ni la parole donnée n’ont de sens pour vous?

Où est cet homme modeste que je respectais? Le diable serait-il entré en vous? Le pouvoir vous a-t-il saoulé ?

Bon Dieu qu’arrive-t-il à la République ? Vous faites du Mali la risée du monde et les rôles se sont inversés entre gouvernants et gouvernés.

La loi votée s’impose à tous, mais c’est aux gouvernants de la faire exécuter scrupuleusement, mais sur ce coup, ce sont les syndicats de l’éducation qui imposent aux gouvernants le respect d’une loi de la République !!!.

Monsieur le Premier ministre : par qui êtes-vous conseillés? Un conglomérat de Siaka DIARRA? Des béni oui oui qui ne savent pas vous dire que vous filez du mauvais coton sur ce coup, car ils défendent leurs pains?

Avez-vous des ennemis infiltrés au sein de votre cabinet et qui vous poussent à la faute ?

Monsieur le Premier ministre : entre mourir vite et mourir lentement, il n’y a pas de choix à faire pour nous syndicats de l’éducation, choisissez et nous sommes prêts à tout cela je vous en conjure.

Ce sont nous nos enfants qui sont dans ces écoles publiques pas les vôtres ni d’aucun autre gouvernant, nous nous battrons pour eux, car ils sont pour la plupart des futurs enseignants pour qui sait comment sont organisés nos concours d’intégration à la fonction publique.

Ayez l’assurance qu’on ne lâchera pas d’un pouce l’application stricte des 20% que nous réclamons de droit. Vous l’avez appliqué aux autres corps toutes catégories confondues relevant du statut général quand le Mali était au tréfonds de l’abime en nous excluant injustement.

Vous utilisez la chanson « le pays est en crise» pour dissuader les corporations par rapport aux demandes sociales, mais au niveau des institutions de la République quels sont les avantages auxquels vous avez renoncé pour donner le premier exemple au peuple?

Vous demandez au peuple de serrer la ceinture et au niveau de la haute gouvernance, vous méconnaissez le sens de la ceinture.

Dans ce pays halte au principe : « Vous vous êtes nés pour vivre dans du beurre et le bas peuple méprisé par vous né pour souffrir.

Ni votre projet macabre d’une vaste campagne de dénigrement à l’endroit des syndicats de l’éducation financé à coup de millions sur les impôts du contribuable malien (sur lequel je reviendrai) ni les élucubrations de vos partisans intéressés ne nous fera reculer.

Merci d’avoir contribué à faire resserrer plus nos rangs et à plus corser notre mouvement.

Extrémiste je le suis désormais.

Vous faites montre d’un mépris inégalé à l’endroit du monde enseignant, vous avez certainement oublié que les chiffres de 1 à zéro, que les lettres de A à Z que vous manipulez aujourd’hui vous ont été appris par un conducteur de craie et que vous leur devez tout.

Mais soyez sûr que comme le disent certains, « le cabri mort n’a nullement peur du couteau», notre nombre, notre détermination et notre conviction constituent notre force même si vous l’ignorez. En face c’est un ensemble, debout comme un seul homme prêt à triompher ensemble ou à mourir ensemble.

Monsieur le Premier ministre : les hommes passent, la République demeure, apprenez des précédents, ressaisissez-vous quand il est temps, ceux-là qui vous ont applaudi dans cette salle, doutez de leur conviction, de leur fidélité à votre cause.

Ceux-là qui ont murmuré et désapprouvé votre déclaration, écoutez-les plus.

N’attendez pas s’il vous plaît l’après deux semaines de notre grève avant de recruter nos jeunes frères et sœurs sortants des IFM pour nous suppléer. Faites-le tout de suite et maintenant, car vous aurez perdu assez de temps pour manœuvrer alors que l’année scolaire n’attend pas.

Cela aussi nous honore, car on aurait prouvé aux Maliens que ce n’est pas par manque de moyen que le Gouvernement du Mali entasse nos apprenants à 150 par classe pour un seul professeur du public, mais plutôt par mépris de l’enseignement public.

Nous serons parvenus à contraindre un Gouvernement insouciant du chômage des jeunes diplômés à leur octroyer des CDD alors qu’il en avait les moyens.

À la guerre comme à la paix : nous sommes prêts : Une loi ne se négocie pas, elle s’applique dans tout son sens.

Pour finir: j’ai vu des hommes d’Etat pleins d’assurance se faire dérober le sol sous les pieds par faute d’avoir sous-estimé un simple détail. Vous êtes avertis

Patriotiquement vôtre.

Boubacar Koumaré, fier conducteur de craie et syndicaliste de l’éducation de son État.




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