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samedi 24 octobre 2020
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Boubou, un pari à haut risque

Balayé par la bourrasque des questions de Deutsche Welle (DW), à l’issue de sa goguette dans certaines localités du Nord, le PM, ratiocine et patauge dans une rhétorique aussi déglinguée qu’atterrante.

Face à l’INTOX de destruction massive, nous vous proposons la DÉSINTOX de construction massive.

Lisez les croustillantes PÉPITES de la semaine.

La bamboula

INTOX

Dans l’interview exclusive qu’il a accordée à la Deutsche Welle (DW), à la question ‘’si l’APR a permis de baisser les tensions du conflit interne entre Maliens, les organisations terroristes continuent de menacer et d’attaquer les populations et les forces nationales et internationales’’, le Boubouni national botte en touche : « en tout état de cause, je peux vous dire que je suis satisfait de ma visite et de ses conclusions et surtout de l’accueil patriotique réservé à ma délégation et à moi-même ».

DÉSINTOX

Ciel ! On parle de terroristes qui coupent le sommeil à tout le Sahel, voici le Chef du Gouvernement de la République du Mali qui s’égare dans un populisme déjanté et savoure sa popularité qui est montée en flèche à l’applaudimètre. Ah oui ! Ça compte beaucoup pour l’agenda politique inavoué. L’accueil dit ‘’patriotique’’ est plus important que les conclusions de la mission. C’est ce que trahit cette phrase : « en tout état de cause, je peux vous dire que je suis satisfait de ma visite et de ses conclusions et surtout de l’accueil patriotique réservé à ma délégation et à moi-même ». Ainsi, tellement grisé par cette gloriole qu’il en vient à snober les priorités nationales. C’est le flagrant délit d’inversion de l’échelle des priorités. Bien lancé dans ses calembredaines, il remercie « très sincèrement tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à la réussite de cette visite ». Totale réussite, parce qu’en plus de se gargariser de sa célébrité éprouvée, il a eu l’occasion de festoyer. La bamboula a été assurée grâce aux largesses de ‘’l’Amenokal à Kidal, Mohamed Ag Intallah qui a offert un repas à la délégation et a tenu à exprimer sa satisfaction quant à la nature de cette visite officielle’’. Que la visite soit officielle ou que l’accueille soit ‘’patriotique’’, il y a peu de doute sur la thésaurisation des dividendes politiques. En somme, un test grandeur nature qui dépasse toutes attentes.

L’allégorie

INTOX

À cette question : ‘’depuis près d’un mois, une partie de l’armée est à Kidal. Plusieurs sources nous disent qu’elle est cantonnée. À quoi sert donc ce redéploiement ?’’, le PM se noie : « je voudrais vous dire que leur présence dans cette ville est hautement symbolique. Elle constitue un indicateur de réussite du processus de paix ».

DÉSINTOX

Horreur ! L’article 21 de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, le document de référence, signé en mai et juin 2015, stipule en son article 2 : ‘’ Les forces armées et de sécurité reconstituées se redéploieront, de manière progressive à compter de la signature de l’Accord, sur l’ensemble des régions du nord. Ce redéploiement s’effectue sous la conduite du Mécanisme Opérationnel de coordination (MOC), avec l’appui de la MINUSMA’’. Nous sommes en 2020 ; près de 5 ans après la signature du document, le discours officiel nous sert une présence symbolique. Il fallait beaucoup plus qu’une allégorie pour répondre à cette question franchement maroufle. Apparemment, il n’en faut pas beaucoup pour encalaminer notre PM pris au dépourvu par cette question pourtant conjecturale. Mais bon, simplifions l’équation : présence symbolique=présence qui ne sert à rien ; présence symbolique=soldats cantonnés. C’est un secret de polichinelle : les Forces de défense et de sécurité reconstituées (FDS-R) meublent le décor militaire. Point barre. Aucune mission régalienne (défense de l’intégrité territoriale, protection des personnes et des biens, lutte antiterroriste). Que dalle ! C’est d’ailleurs ce que confirme tout le blé-bla qui a suivi dans la rhétorique primatoriale cagneuse : discipline, respect de la hiérarchie et tutti quanti. Le message de l’employeur dont il était porteur.

L’aberration

INTOX

À quand le contrôle total de la région de Kidal par l’Etat malien ? Il répond : « l’État malien a la souveraineté sur l’ensemble du territoire malien, y compris la région de Kidal depuis la fin du processus d’Alger et la signature de l’APR le 20 juin 2015 ».

DÉSINTOX

Tonnerre ! Enfin, le peccavi. Ainsi, jusqu’au 20 juin 2015, date de la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali par les mouvements armés, la république de l’Azawad n’était virtuelle que dans l’imaginaire fantasmagorique des Maliens. Ainsi, la proclamation de l’indépendance de l’Azawad un certain 6 juin n’était pas aussi farfelue que voudraient le croire certains esprits chauvins ! L’Etat du Mali, à Kidal, avait donc été remplacé par le Comité directeur de la Coordination des mouvements armés (CMA) et son gouvernement provisoire. Exact que les FAMa ont filé à l’anglaise, que le drapeau malien ne flottait plus dans le ciel de Kidal et que l’administration s’est volatilisée. De là à confesser que l’État malien avait perdu la souveraineté sur Kidal, il y a lieu de se demander si la réputation de génie de notre Boubouni nationale n’est pas surfaite. Parce que les étudiants moyens ont fixé dans leur caboche que la souveraineté s’exerce, à travers des symboles : le chant national ou hymne national ; le drapeau ; la monnaie qui représente un support privilégié de la souveraineté nationale. Pendant que l’hymne national du Mali n’était plus entonné à Kidal et que le drapeau avait cessé de flotter, c’est le FCFA qui servait de monnaie d’échange. Donc, la souveraineté du Mali y était exercée. Mieux, il y a le sentiment d’appartenance nationale de nombre de Kidalois qui n’a jamais été ébranlé. Cette incartade primatoriale est atterrante.

L’aquoibonisme

INTOX

Le premier des ministres prévient : « il faut savoir que le processus de paix peut prendre du temps, car des difficultés et des obstacles peuvent joncher le chemin ».

DÉSINTOX

Merci de nous aider à brider nos ardeurs souverainistes. C’est clair comme eau de roche : ce n’est pas demain la veille de la fin de nos galères avec Kidal. Un proverbe allemand enseigne : « la patience donne le courage, le courage enfante l’espérance, et l’espérance ne laisse pas tomber dans la honte ». Maliens debout sur les remparts, armez-vous de patience, pas d’arme ! La patience vient à bout de toutes les résistances et adversités. En tout cas, le jeune PM semble avoir bien assimilé cette citation de Henry QUEUILLE : ‘’il n’est aucun problème politique qui ne puisse se résoudre par l’inaction’’. Alors, patientons ! Interdiction formelle de nous indigner. Au Mali, des capitulations et du défaitisme, c’est le règne de l’aquoibonisme. Après tout, ’’le choix en politique n’est pas entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable’’ (Raymond Aron).




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