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samedi 18 août 2018
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Boycott des institutions: l’opposition hors-la-loi

En quittant la table de discussions, l’Opposition malienne ne fait pas qu’un hors-jeu, par son boycott, qui ne dit pas son nom, désormais du gouvernement, elle se met non seulement en dehors de la République, mais en marge de la légalité.

Dans une déclaration lue au nom de son président, l’Honorable Soumaïla Cissé, hier en début d’après-midi, le Collectif des partis politiques de l’Opposition républicaine et démocratique (COPPO-RD) a annoncé son retrait du cadre de concertation du ministère de l’Administration territoriale et des partis politiques.
Entre autres griefs, au-delà de la rengaine habituelle, le COPPO-RD reproche au gouvernement de vouloir tenir les élections communales malgré la situation sécuritaire et en dépit des engagements pris par l’Etat, à travers l’accord pour la paix et la réconciliation. Pour revenir dans le cadre de concertation, l’Opposition exige une concertation (discussion) sur les questions institutionnelles, politiques et électorales dans une vision globale.

En quittant la table de discussion, l’Opposition malienne ne fait pas qu’un hors-jeu, par son boycott, qui ne dit pas son nom, désormais du gouvernement, elle se met non seulement en dehors de la République, mais aussi en marge de la légalité.

S’enfermant dans le piège du radicalisme, l’opposition accuse le gouvernement de « fuite en avant », d’« incapacité… à avoir une vision d’ensemble des questions institutionnelles et électorales », quand elle-même ne fait point preuve de clairvoyance et de perspicacité. Parce que la question est : qu’est-ce qu’elle veut finalement cette opposition ?
Parce que les Maliens ont en mémoire que ce n’est pas le gouvernement, mais les partis politiques, toutes tendances confondues qui avaient demandé et obtenu un moratoire sur les élections communales.
L’Opposition, qui brandit et reproche la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, n’est-elle pas la même qui, hier seulement, s’opposait à la mise en place des autorités intérimaires prévues par le même Accord ?
Alors, sans aucune redondance : que veut l’opposition ? La chose et son contraire ?

Parce qu’elle peut tout avancer comme argument sauf les vrais problèmes des Maliens.

En disant que « les partis politiques de l’opposition républicaine et démocratique décident solennellement qu’à partir d’aujourd’hui, ils n’accepteront plus de s’associer à une quelconque concertation qui ne prend pas en compte les vrais problèmes politiques et institutionnels du pays », il faut bien se demander de quels problèmes parlent-ils ces partis ? Et qu’en savent-ils ?

Parce que les vrais problèmes du pays, les vrais problèmes auxquels les Maliens sont confrontés, ne s’appellent pas : « questions institutionnelles, politiques et électorales (à discuter) dans une vision globale ».
Les vrais problèmes des Maliens ne sont et seront point politiques encore moins électorales. Ce ne sont pas des chicanes et de trémolos politiciens. Ils s’appellent, le minimum vital. Comme l’eau potable, comme l’électricité ; comme manger à sa faim, se soigner, être en sécurité.
Actualité oblige, prenons l’exemple de l’eau et de l’électricité qui ne sont plus un luxe insultant pour le Malien à Bamako et partout où il se trouve. L’Opposition aurait été audible et crédible si elle s’était prononcée sur ces pénuries inquiétantes et révoltantes ; si elle avait au moins compati au calvaire que vivent les populations en ces temps de canicule, à Bamako et partout au Mali.
Mais qui l’a entendu dénoncer le manque d’eau et d’électricité ? Pendant que ses compatriotes à Bamako et partout dans le pays sont confrontés à une pénurie insupportable d’eau et d’électricité, la très responsable Opposition zigzague en eaux troubles et nous sort des histoires abracadabrantesques de vrais problèmes du pays !

Face à la légèreté du cassis belli, le président Alpha aurait dit en ces temps-là : « l’opposition malienne n’est pas sérieuse ». Pour cause, une opposition qui joue à l’obstruction systématique au point de requérir la censure de la Cour Constitutionnelle contre une loi entrant dans le cadre de « l’adoption de textes réglementaires, législatifs, voire constitutionnels », en vue du respect des engagements pris par le Mali dans le cadre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, est-elle sérieusement, fondée à reprocher au gouvernement de tergiverser et de tâtonner ? Parce que la modification de la loi votée, le 31 mars dernier et qu’elle dit avoir attaqué devant la Cour constitutionnelle participe bien de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation.
Nul ne pouvant se prévaloir de sa propre turpitude, l’Opposition peut-elle prendre comme arguties ce qu’elle reproche au gouvernement ?
Dans le premier paragraphe de la déclaration, en prenant alibi entre autres de l’ordre proposé par le ministre de l’Administration territoriale (loi électorale, charte des partis, agenda des élections, chronogramme des élections, etc.) et de son « refus (…) de tirer les leçons des tentatives antérieures d’organiser les communales et les régionales, en faisant fi de la situation sécuritaire générale du pays et des engagements pris par ce même gouvernement dans le cadre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger », comment sans se contredire et se discréditer, la très perspicace opposition malienne peut-elle reprocher au gouvernement une quelconque absence de volonté de ne tenir ses engagements, notamment quant à « la révision de la loi électorale de manière à assurer la tenue d’élections au niveau local, régional et national permettant la mise en place et le fonctionnement du nouveau cadre institutionnel prévu par l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger (cf l’annexe 1) ».
Plus pressé que la musique, on se prend les pieds dans la moquette. La seule préoccupation de notre opposition, ce n’est ni les Maliens (ils peuvent crever de soif et de peur dans l’obscurité, cette opposition-là s’en tape), ni la situation sécuritaire du pays, encore moins la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger.
Tout ce qui l’importe, c’est le pouvoir, ici et maintenant. Ce n’est donc pas surprenant qu’au moment où elle-même brandit ces deux dernières comme épée de Damoclès qu’elle fait dans un syndicalisme par anticipation : à deux ans et demi des élections !
Comme on le dit, chaque chose en son temps ; chaque chose à sa place.
En ces temps et lieux, ces exigences (900.000 cartes NINA et introduction de la biométrie) seraient légitimes. Mais pas à deux ans et demi des élections.
Aussi, prouvent-elles la mauvaise foi de l’opposition malienne et indiquent-elles clairement son peu soucis pour tout autre chose que son agenda !
N’est-ce pas du reste une mauvaise guerre qu’on fait au gouvernement qui a hérité de cette même opposition le problème des cartes NINA ?

La stratégie, comme une prémonition, nous l’avions évoqué dans un récent éditorial : l’Opposition malienne se « coppoïse ». Dans cette voie de « copposition » radicale et graduelle, elle ne s’embarrassera désormais d’arguments et subterfuges. Empruntant la même stratégie que son illustre devancier de 1997, le COPPO d’aujourd’hui semble avoir choisi d’aller à l’assaut du régime.
Son retrait du cadre de concertation (son seul lien institutionnel avec le gouvernement) n’est pas à cet égard sans rappeler la non-reconnaissance des institutions préconisée par le COPPO de 1997.
Or, en faisant le bilan de cette stratégie désastreuse, on ne peut que relever la politique de la chaise vide qui n’a jamais triompher. Sans compter que lorsqu’on se veut et on se dit démocrate et républicain, on ne se met pas en dehors des institutions de la République. Parce que boycotter les institutions n’est rien d’autre que boycotter la République. Qui se met en dehors de la République se met hors la loi.

Y a-t-il une différence entre la décision de l’opposition actuelle quitter le cadre de concertation présider par un ministre (ce veut dire clairement boycotter ce ministre) et celle du COPPO d’il y a environ 20 ans de ne plus reconnaitre les institutions de la République ?
Juste un seuil de responsabilité et de logique.
Parce qu’on ne peut pas entendre vouer aux gémonies un ministre et vouloir continuer à festoyer avec ses autres collègues dans le cadre d’une solidarité gouvernementale qui va de soi. L’opposition actuelle aurait gagné en responsabilité et en crédibilité en disant clairement qu’elle gèle toutes relations avec le gouvernement et toutes les institutions de la République jusqu’à l’aboutissement de ses revendications… comme le COPPO !

On peut dès lors, pour notre faiblesse de compréhension confessée, se poser la question : pourquoi une opposition qui se dit républicaine et démocratique choisit de boycotter les institutions de la République au risque de se mettre hors la loi ?
Parce que l’immobilisme ressassé et assaisonné dans toutes marmites n’est qu’un prétexte, une excuse du bouc émissaire participant d’une stratégie globale d’obstruction et de déni systématiques.
L’Opposition est bien dans son rôle de critiques et de dénonciations. Mais l’est-elle dans la démagogie et dans l’aveuglement ? Peut-elle décemment reprocher au gouvernement un quelconque immobilisme si c’est elle même qui fait constamment obstruction et l’empêche de mettre en œuvre les engagements pris au nom de l’Etat malien ? Comme dans le cas de la mise en place des autorités intérimaires ?
L’Opposition est-elle dans son rôle lorsqu’elle exige que le pays soit gouverné suivant sa vision, son programme et ses desiderata ? Parce qu’exiger une discussion des questions institutionnelles, politiques et électorales dans une vision globale, n’a ni plus ni moins pour but que de parvenir à une sorte de cogestion du pouvoir (faute de parler de consensus).
L’Opposition reste-t-elle dans son rôle, lorsqu’elle instrumentalise une crise artificielle et exige que tant qu’elle n’a pas eu satisfaction, elle ne sera plus dans les limites de la République ?
Jusqu’où notre opposition est-elle prête à aller dans cette voie, comme on l’a vu par le passé avec le COPPO 1997, suicidaire pour la nation et jusqu’où est-elle prête à s’assumer pour être au pouvoir ?

Par Sambi TOURÉ




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