Braquage d’Ecobank: l’opposition n’est pas sérieuse

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Tandis que toutes les forces de sécurité (la Police, la Gendarmerie, la Garde républicaine) sont engagées, de jour comme de nuit, pour enrayer l’insécurité qui a flambé dans la dernière décade du mois d’octobre, notamment dans le périmètre de Bamako, l’opposition malienne choisit de verser dans son sport favori : la dénonciation gratuite et l’accusation facile.

Si les faits allégués sont indéniables et inquiètent au plus haut point l’ensemble des Maliens, leur interprétation par l’Opposition reste sujette à caution ; parce que fait de mauvaise foi.
Si en politique, « tout est permis en faveur de sa propre cause, même la mauvaise foi », dans cette affaire d’insécurité serait-ce injuste d’en accuser l’opposition à défaut de la taxer d’ignorante ?
Libre est l’opinion dans notre pays autant que l’expression. Pourvu qu’elles soient sincères et non subversives. Or, sur ce terrain, notre opposition ne peut plaider aucun fait justificatif encore moins des circonstances atténuantes. Parce qu’elle ne peut ignorer l’état du pays, l’état dans lequel elle a laissé l’État et l’ensemble du pays.
Pour avoir choisi de discourir sur le futile et le superfétatoire, dans un contexte de crise qui ne lui est pas étrangère, l’Opposition malienne se plante. En ramenant l’ensemble des problèmes auxquels la nation est confrontée suite à la crise (qui n’est pas encore finie), le vécu, les préoccupations et les inquiétudes des Maliens à une sorte de commentaire de ses propres sentiments, l’opposition se met hors du cercle de la prospective en vue des solutions idoines pour notre pays ; elle concocte des scénarios pour son propre agenda.
Dans ce hors-jeu politique, peut-elle, un jour, comprendre que les malheurs des Maliens dont elle impute à IBK leur sont plus supportables que ses propres commentaires sur « l’impasse » et « l’effondrement » du pays qu’elle prophétise, depuis des années ?
Nul ne conteste une flambée de l’insécurité qui est loin d’être propre à notre seul pays ou à Bamako de manière singulière. Celle-ci, depuis plusieurs années, s’urbanise et se mondialise.
Pour ce qui nous concerne. Elle inquiète légitimement. Pas seulement l’opposition, mais l’ensemble du pays. En effet, dans les dix derniers jours, en faisant abstraction des attaques enregistrées au nord, on peut citer celles de : un commerce à Djelibougou commune I, le village de Kalifabougou, le poste de péage de Sanankoroba, le bar « 6e centre » à Garantiguibougou en Commune V, le client de Ecobank.
Suite à ces différentes attaques, les partis de l’opposition républicaine et démocratique ont tenu une réunion extraordinaire, dans un communiqué rendu public, samedi 29 octobre, expriment leur profonde inquiétude devant l’incapacité du Gouvernement à assurer la sécurité des personnes et des biens dans le District de Bamako et alentours.
Lisons entre lignes quelques extraits du communiqué de notre très divertissante opposition : « outre le phénomène nouveau d’enlèvements d’enfants en bas âge, des individus armés ont, entre le 21 et le 27 octobre 2016, semé la terreur et la désolation, et ont fait couler du sang : Sanankoroba (pharmacie et péage), Kalifabougou, Djélibougou, Ecobank, entre autres.
(…) L’Opposition note encore une fois l’inefficacité Gouvernement à résoudre les problèmes du pays. Ce sont les fondements même de notre société qui sont menacés.
L’Opposition interpelle le président de la République dont la responsabilité est engagée ».
Comme on peut le voir, pas un mot sur nos forces de sécurité qui enregistrent, depuis plusieurs mois, succès sur succès. L’opposition ne reconnaît-elle pas leurs efforts, volonté et détermination à remplir leur mission de protection et de sécurisation des personnes et de leurs biens ? Pardon, en politique, gratitude n’est pas obligé !
Non, le gouvernement, c’est le souffre-douleur d’une opposition et dans notre pays, c’est connu, le président de la République, c’est la courte échelle. Il faut lui taper dessus pour tout et à tout moment… au nom de la démocratie, de la divergence d’opinion, de la liberté d’expression !
L’opposition donc qui interpelle à hue et à dia, pour un oui ou un non, le président IBK qu’elle rend responsable de tous les péchés d’Israël, aurait pu s’arrêter à son exhortation de ce dernier « à prendre la mesure de la dégradation de la situation du pays ». Pour être élégant. Car pour paraphraser Sacha Guitry, « l’élégance est question d’éducation », de culture, d’ambition et de responsabilité. À moins qu’elle ne signifia pour notre bravache opposition « le caleçon troué d’un milliardaire » comme l’aurait suggéré Jean Rigaut.
Dans son communiqué signé par son chef de file, M. Cissé, elle estime que la solution de l’insécurité passe par l’organisation d’un grand bavardage au cours duquel chacun viendra se défouler et comme par enchantement le Mali sera le pays le plus sûr du monde.
Très sérieusement, leur affaire-là (conférence nationale ou concertation nationale) ne ressemble-t-elle pas à du « Magini » qu’ils mettent dans toutes les sauces ? Ou au Mieux à du « koumbléni » ou « dji wuli » (pharmacie par terre) censé soigner et guérir toutes les maladies imaginables ?
En effet, c’est sans retenue et sans lucidité aucunes, que notre brave opposition qui avait appelé à une conspiration, pardon intervention internationale pour empêcher, voilà trois ans, les concertations nationales, met depuis sa défaite électorale de 2013-2014 celles-ci au rang de priorité divine. Comme la seule et unique voie édictée par Dieu lui-même pour sortir de la crise dans laquelle notre pays est plongé, en grande partie par les errements de sa gestion et celle de ses alliés d’hier.
Ceux qui hier avaient rejeté, de toutes leurs forces cette solution, tentent désespérément de la conjuguer à tous les modes et à tous les temps. De concertations nationales, ils ont dit conférence nationale, aujourd’hui ils parlent de concertations inter-maliennes (ça ne vous rappelle rien ?) qu’ils voudraient sérieuses, oubliant qu’ils sont en train de défoncer une porte largement ouverte par l’Accord pour la paix qui prévoit bien cette solution.
Trop facile pour ceux qui n’ont pas l’élégance d’intégrer les solutions communes et de privilégier l’intérêt commun, celui du Mali.
L’utilisation politicienne du braquage du client d’Ecobank procède de la pitoyable tentative de rupture sociale vainement recherchée par notre opposition, depuis septembre 2013.
Parce que 5ans- 10ans, c’est trop.
Il faut donc tout essayer, tout instrumentaliser y compris rendre responsable le président IBK et son gouvernement de l’insécurité qui prévaut non seulement à Bamako et partout au Mali, mais aussi dans les rues d’Abidjan, de Ouaga, de Dakar… parce que c’est le Mali qui a exporté l’insécurité chez ses voisins. Pourquoi pas aussi à Harlem, dans le Bronw, à China-Town, à Bruxelles, à Paris… partout sur la Planète !
Tout est la faute d’IBK y compris l’Accord en oubliant doctement que celui issu du processus de paix n’est que fils légitime du pré-accord de Ouaga. Y compris l’insécurité et le terrorisme à propos desquelles on applaudissait des deux mains lorsque le Dieu du jour disait que le Mali n’avait délivré de passeport à personne pour élire domicile dans ces parties de son territoire abandonnées aux djihadistes et aux narcotrafiquants de tous acabits ! Ou, lorsqu’un sous-fifre pantalonnait, pour dire que les rues de Bamako étaient plus sûres que celles de Paris !
Oubliant que les Maliens les ont vu et entendu à l’œuvre, ils viennent aujourd’hui comme des veuves effarouchées ou des saints désappointés par les scandales, tenter de gruger la bonne foi et de faire passer leur plan putschiste sous forme de conférence nationale. Une conférence nationale qu’ils ne veulent seulement sérieuse (parce qu’ils savent plus que tout au monde que les Maliens sont sérieux), mais souveraine. Au terme de laquelle, on va décréter une nouvelle transition… Et hop, les affaires reprennent !
Sauf que ceux qui parlent de conférence nationale ou de concertation n’ont cure de solution pour notre pays. Dans le déni de la légitime issue des suffrages des Maliens et la volonté souveraine du peuple malien, depuis juillet-août 2013, ils pensent que la conférence nationale est et reste la seule voie qui leur reste pour déposer le président IBK et reprendre le pouvoir qui leur est dû. Parce que sans eux au pouvoir, il n’y a pas de Mali, sans eux au pouvoir, rien n’est bon, sans eux au pouvoir, rien ne vaudra pour notre pays.
Sinon quelle solution en matière de sécurité (lutte contre le terrorisme) pourra sortir d’un bavardage de politiciens uniquement préoccupés par leurs ego hypertrophiés ? Ailleurs dans des pays, censés sûrs, où les gouvernements sont « capables », en plein jour on braque des banques et on commet des attentats quotidiennement sans que leur opposition ne réclame à cors et à cris la tenue d’un grand bavardage national.
Magnifiée et théorisée par les déserteurs des urnes, et vendue à peu de frais à des insatiables du pouvoir, la concertation nationale est devenue clairement l’Alpha et l’Omega d’une opposition qui y voit un raccourci pour perpétrer un pronunciamiento contre la volonté du Peuple et pour assouvir ses ambitions prédatrices. Aussi, faudrait-il comprendre pourquoi, ceux que les Maliens n’ont préféré à IBK veulent tout ramener à lui, l’indexer et le diaboliser comme la cause de toutes les difficultés et avatars de leur gestion qui a plongé notre pays dans l’abime. Pour justifier la tenue de leur affaire de conférence nationale.
Les Maliens qui ne sont ni dupes ni amnésiques se lassent, à la limite de l’exaspération et de l’affliction, de cette inquisition politicienne qui n’a rien d’opposition et de politique. Rien qu’une inimitié longtemps nourrie qui s’est mue en rancœur pour finir par devenir une haine grotesque et insensée dans un pays qui cherche à coudre tous ses segments et articulations depuis le plongeon de janvier-mars 2012.
Dans un contexte exacerbé de radicalisme politique animée par une opposition dite républicaine, comme celle qui faisait clairement dans la non-reconnaissance des institutions, le président Alpha, las de tant d’inimitiés contre-productives, avait lâché, dans une interview à Jeune Afrique : « l’opposition malienne n’est pas sérieuse ».
Vingt ans après, l’histoire ne lui donne-t-elle raison ? Parce qu’à force de divagation et de politisation outrancière de tout et de rien, on peut dire avec lui – sans aucune cola- que « l’opposition malienne n’est pas sérieuse ».

Par Mohamed D. Diawara

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