Bureau de l’an: faible quota des femmes,honorable ce n’est pas honorable !

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Le nouveau bureau de l’Assemblée nationale a été mis en place, mardi après-midi. Après plusieurs jours de tractations. La nouvelle instance dirigeante de notre parlement est composée de 23 membres, dont seulement 4 femmes, soit 17 %. Cette démarche des députés de l’Assemblée nationale n’est pas conforme à l’esprit de la loi sur le quota en matière de genre, votée par les honorables députés eux-mêmes, en 2015. Une fois encore, la colline a accouché d’une souris quant à l’immense espoir nourri par les femmes de notre pays au lendemain du vote de cette loi.

L’article 3 de cette Loi sur le quota stipule : « pour les élections législatives et locales, si deux candidatures de même sexe sont inscrites, que le troisième doit être de l’autre sexe ». La Loi va plus loin en indiquant que sur toute liste de candidature comportant deux places, chaque sexe doit être représenté. Et que pour la composition des organes exécutifs des collectivités territoriales, aucun sexe ne pourra être représenté à plus de 70 %. Mais à travers ce nouveau bureau, les élus de la nation viennent de piétiner leur parole, en jetant dans les abimes des oubliettes l’esprit et le corps de cette loi qui a été votée à l’unanimité par ces honorables députés. C’est seulement à cause de leur avidité vis-à-vis des délices du pouvoir que les députés ont certainement accepté de ranger dans les placards leur propre parole, en attribuant seulement 17 % des postes du nouveau bureau aux femmes. Sinon, comment expliquer ce peu de considération pour les femmes et le genre alors que l’Assemblée nationale ne manque de femmes compétentes pour assumer ces tâches.

Le paradoxe
A l’assemblée nationale, le parti majoritaire qui dit agir, au nom du président IBK, et selon sa volonté ne fait pas grande chose pour corroborer la volonté du président IBK connu pour son respect pour la promotion du genre, notamment la femme. Pour la petite histoire, lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale, le président Ibrahim Boubacar Keita a refusé de valider un bureau composé de zéro femme que venaient de lui proposer les honorables députés.
« Pourquoi vais-je valider ce bureau sans aucune femme en ce jour où le monde entier célèbre la femme en général et une Africaine en particulier, NRDL, Wangari Muta Maathai, une Kenyane qui venait de recevoir, le 8 octobre 2004, le prix Nobel de la paix pour sa contribution en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix ? En plus, personnellement, je ne peux pas assumer un bureau à 100 % hommes. Les femmes sont importantes dans tout ce que nous faisons. Nous ne pouvons pas faire des discours pour la promotion de la femme et ne pas monter le bon exemple. Ce bureau ne passera pas ! », avait-il lancé à figure des honorables députés qui s’étaient montrés peu honorables, à travers leur geste.
Comme pour dire que les Hommes ne se valent pas, plus de 10 ans après, un scénario presque similaire se reproduit à notre parlement sans que personne ne lève le petit doigt : un bureau de l’Assemblée nationale avec seulement quatre femmes sur les 23 membres, malgré une loi sur le genre, votée il y a bientôt une année. Inélégance politique si tu nous tiens ! En tout cas, pour qui connait l’engagement du président IBK pour les femmes, ce bureau ne reflète nullement ses plaidoiries lors de ses différentes sorties publiques en faveur des femmes.
Des années plus tard, l’ex-tisserand en chef est plus que jamais dans cette logique.

Une assemblée misogyne ?
Au regard du signal peu honorable que les honorables députés viennent de nous donner, à travers ce bureau, nous pouvons sans risque de nous tromper que notre assemblée a malheureusement sombré dans les ténèbres de la misogynie, depuis la fin du régime socialiste de Modibo Keïta.
Malgré les combats des associations de défenses des femmes et la présence d’un ministère de la promotion de la femme, les élus de la nation semblent faire la sourde oreille et restent de marbre, même face aux lois internationales. En effet, l’un des 17 points des Objectifs pour le développement durable prend en compte, la promotion de la femme. Et pourtant, les femmes qui représentent leurs sœurs à l’hémicycle, depuis l’indépendance à nos, sont pas en manque de compétences pour mener à bon port les missions qui leur sont confiées par les députés pour le bonheur des Maliens.
Au regard de la composition du nouveau bureau, les honorables députés n’ont pas honoré leur parole vis-à-vis des femmes.

Par Christelle KONE

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