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samedi 18 novembre 2017
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Cadastre et Carte foncière du Mali: le mandé, comme commune pilote

Le ministre de l’Urbanisme, de l’habitat et des affaires foncières, Mohamed Ali BATHILY, était, le week-end dernier, dans le mandé pour expliquer aux chefs de village de la localité, les enjeux du nouveau cadastre et de la carte foncière, en cours d’élaboration et dont la commune rurale du mandé a été choisie par les autorités comme zone test. La rencontre sous forme de meeting s’est tenue sur terrain de foot, samedi dernier, à Siby.

Le choix du mandé comme commune test en vue du lancement du processus d’élaboration du cadastre et de la carte foncière s’explique, selon le ministre BATHILY, par le fait que 50 % des dossiers fonciers conflictuels déposés au niveau des services du domaine concernent le mandé.
À travers ce recensement des terres, le département entend trouver des solutions idoines à l’exacerbation des conflits parfois violents pour l’appropriation et l’exploitation des ressources naturelles, notamment celles des terres agricoles à travers le pays.
Selon le ministre BATHILY, cette solution ne peut être une panacée au problème foncier sans une véritable implication des chefs de village dans son processus d’élaboration. Ainsi, le but de la rencontre du samedi dernier était d’amener les chefs de village à s’organiser pour constituer une force de dialogue et de discussion face à l’État et son l’administration.
De même, a-t-il fait savoir, ce collège des chefs de village sera chargé de faire la délimitation des terroirs villageois afin que le département puisse procéder à l’identification et au recensement des terres et de leurs propriétaires dans un climat apaisé.
Cette rencontre à laquelle étaient conviés les représentants de plus de 300 villages a été une occasion pour le chef du département d’interpeller ces autorités traditionnelles face à leur responsabilité dans la gestion du foncier.
Il s’agissait aussi de dénoncer certains comportements propres aux citoyens du mandé, eux-mêmes, qui par la tentation se laissent aduler par des citadins pour les voler leurs terres. Dans la plupart cas, les litiges fonciers sont nés dans le village avec la complicité des chefs de village ou des membres de leur entourage.
À l’issue de ce meeting, le ministre BATHILY a fait savoir à la presse que l’ensemble des terres du mandé sont prisées par les citadins pour leur proximité avec la capitale et leur fertilité. De plus en plus, à cause de l’existence des routes bitumées, qui permettent aux citadins de prendre leur voiture et de venir sur ces terres, les conflits prennent de l’ampleur.
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Pour changer la donne, le ministre BATHILY préconise des mesures fortes et volontaristes. Sinon, il ne s’agit pas de réagir aux cas par cas, chaque fois qu’il y a un litige alors qu’il y a d’autres urgences à gérer.
Il s’agit pour le chef du département de mettre en place un système qui ne permet pas aux pratiques qu’on déplore de se reproduire.
C’est ainsi que la commune du mandé a été choisie pour être la localité test de recensement des terres et de leurs propriétaires. Pour ce faire, le ministre en appelle à la mise en place d’un collège de chefs de village du mandé dans l’entente, la compréhension et la droiture. Il les a invités à se retrouver pour dessiner les limites de leurs terres.
Le ministre a invité les légitimités coutumières à une remise en cause de leur gestion traditionnelle du foncier.
De l’avis du ministre BATHILY, ce collectif des chefs de village, une fois mis en place, sera respecté par l’administration à l’image des organisations de confession religieuse.
« Tant que vous resterez isolé, on va vous brimer, et on va abuser des pouvoirs que l’administration ou les représentants de l’Etat s’auto-octroi pour procéder à ces brimades », a-t-il prévenu.
Comme à chaque occasion, le ministre et sa délégation ont été informés de plusieurs conflits fonciers existant dans la zone. Notamment, entre les villages voisins qui se disputent souvent les terres laissant le champ libre aux spéculateurs fonciers. C’est pourquoi, a dit le ministre, la zone du mandé est aujourd’hui une localité en passe de perdre toutes ses terres.
De même, a-t-il fait constater, 50 % des dossiers liés à un conflit foncier déposé au niveau des services du domaine concernes le mandé. C’est la raison pour laquelle, il a invité les gens du mandé à se réveiller, à prendre conscience qu’ils sont en train de perdre un produit économique des plus importants.
Pourquoi un paysan va prendre la somme de 500 à 700 mille F CFA sur des terres qui valent des milliards, s’est-il interrogé ?
Dans le contexte actuel, a dénoncé le ministre BATHILY, c’est les spéculateurs fonciers qui, profitant de l’ignorance des ruraux, établissent de faux papiers pour aller prendre des milliards à leur place à la banque. Laissant du coup, les jeunes de la localité dans la pauvreté, le chômage, ainsi que les familles complètement démunies. Pour mettre fin à cette situation, il a invité le monde rural à répondre à ces réseaux maffieux par l’organisation, la loi et la méthode.
En substance, il s’agissait pour le ministre de faire comprendre aux populations comment lutter contre la spéculation foncière et de les donner les moyens de prévenir ce fléau.
À l’issue de cette rencontre, a insisté le ministre BATHILY, le mandé va faire l’option de se sauver des griefs des spéculateurs fonciers, en créant ce collège de chefs de village.
Aucun document sur la terre, selon le ministre, ne peut être élaboré sans que les enquêtes soient menées comme le code le dit.
Au cours de cette rencontre, la problématique du lotissement de la ville de Siby a été évoquée par les représentants de la chefferie villageoise. Selon les chefs de village, ce problème empêche l’électrification ainsi de la desserte en eau potable de la ville.
Le moins qu’on puisse dire, à la suite de cette rencontre, a été le besoin urgent de résoudre la question foncière au mandé. Un vœu pieux porté par l’ensemble des populations, toutes catégories confondues. Ce besoin constitue une demande politique, sociale et économique forte. Il devient donc impérieux pour le Mali de se doter d’une politique nationale foncière apte à faire face aux enjeux nouveaux, à promouvoir une tenure foncière sécurisante et à guider une utilisation rationnelle et planifiée des terres, visant le développement du pays.

Par Abdoulaye OUATTARA,
Envoyé Spécial




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