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mardi 1 décembre 2020
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Le casse-cou sécuritaire de la Transition

Face à l’exacerbation de la situation sécuritaire, les autorités de la Transition, qui avaient fait du dialogue avec les jihadistes leur carte maîtresse, en droite ligne d’une recommandation prioritaire du Dialogue National Inclusif (DNI), ont misé sur un Forum sur la réconciliation intercommunautaire. Parmi les principaux engagements du Gouvernement : désarmer les chasseurs traditionnels donsos pour obtenir l’apaisement.

Cette mesure est bancale à plus d’un titre.
D’abord, il s’agit en réalité, d’une réponse à une des exigences non négociables des assaillants qui prennent en otage les populations de Farabougou depuis plus d’un mois. Quelle est la contrepartie de cette abdication ? Difficile de le dire, puisque les jihadistes observent le statu quo ante positionnel.
Ensuite, cette mesure est branlante, parce qu’elle est la reproduction d’une erreur d’un passé récent. On se rappelle que le Premier ministre, Boubou CISSE, accompagné d’une forte délégation, avait effectué une visite de terrain dans plusieurs localités de la région de Mopti, les 22 et 23 février 2020. À l’occasion, il a instruit aux ministres de la Défense et de la Sécurité, que toutes les mesures légales soient prises pour rétablir l’autorité de l’État sur ces axes routiers et assurer la sécurité de toutes les populations civiles, dont les activités s’en trouvent impactées. Parce qu’il a constaté la persistance des check-points érigés et tenus par des hommes en armes sur l’axe reliant Sévaré à Bankass. En fait, il s’agissait de dégager la milice Dan Na Ambassagou qu’il avait en grippe.
Violence réaction de la Plateforme des jeunes du Pays Dogon qui reprochent au PM sa volonté de supprimer, avant toute sécurisation du Pays Dogon, les postes de sécurité de fortune établis par le mouvement d’autodéfense DAN NA AMBASSAGOU.
Même réaction du côté des élus de la Nation : ‘’Nous, députés du pays DOGON dont les noms sont ci-joints avons appris avec étonnement votre volonté de faire lever les check-points tenus par la milice DANA AMASSAGOU pour la sécurisation des voyageurs et de leurs biens sur ledit tronçon.
La présence de ces check-points sur le tronçon comble le vide laissé par l’État dans le cadre de la sécurisation des personnes et de leurs biens. Nous ne saurons donner notre approbation à votre décision. Nous vous conseillons de privilégier la voie du dialogue. Les check-points pourront être levés dès que les conditions sécuritaires sur le tronçon seront assurées par les forces de défense et de sécurité (FAMa)’’.
Le dénominateur commun à ces deux réactions est de lier le désarmement des chasseurs traditionnels à la sécurisation des personnes et des biens par les Forces de défense et de sécurité. Or, il est de notoriété publique que l’Armée malienne n’a pas encore le don d’ubiquité, sinon Farabougou ne serait pas occupé en son absence, il n’y aurait pas eu Ogossagou où le bilan provisoire faisait état de 21 morts et des disparus parmi les populations civiles, de Sabame Da où il a été question de 95 personnes tuées, Koulogon Peul où on a parlé de 36 civils sommairement exécutés…
En somme, il s’agit moins de faire la promotion des milices dont les ‘’check-points illégaux constituent une atteinte grave à la souveraineté de l’État’’, que d’interpeller l’État sur l’exercice de sa souveraineté dont il est tant jaloux par la protection des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire. Là, on découvre que les chasseurs traditionnels ne sont que les agneaux expiatoires et que les vrais problèmes se situent ailleurs. Il est temps de faire le bon diagnostic pour appliquer le bon remède. Sinon, ce serait un casse-cou sécuritaire de la Transition.

PAR BERTIN DAKOUO




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