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dimanche 19 novembre 2017
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Causes du retour des terroristes au nord : La guerre des mots entre la France et la Minusma

«La MINUSMA n’a pas été au rendez-vous au moment où il le fallait», a déclaré Jean-Yves Le DRIAN, le ministre français de la Défense, le samedi 25 octobre 2014, provoquant une mise au point de la force onusienne à travers un communiqué où sont dénoncées des «contre-vérités».

Le quiproquo a été déclenché par le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le DRIAN, dans une interview accordée à notre confrère de RFI, Christophe BOISBOUVIER, dans l’avion qui le ramenait à Paris, le samedi 25 octobre 2014, après un bref séjour dans notre capitale, Bamako, où il a rencontré le président IBK, dont il a du reste confirmé les propos sur « la situation fragilisée » au Nord du Mali en reconnaissant « une recrudescence, depuis quelques semaines, des actes terroristes » dans cette partie de notre territoire national.

Montée en puissance

Mais ça n’a rien à voir à ce que l’on a connu en 2012 et début 2013, a-t-il néanmoins clarifié, soulignant au passage qu’il s’agit plutôt d’actes résiduels.

On sentait une espèce de volonté des groupes armés terroristes de vouloir reprendre un peu des positions, a-t-il analysé, attribuant cette situation, en grande partie, au fait que l’acheminement d’armes par le sud de la Libye est devenu aujourd’hui de plus en plus conséquent.

C’est la raison pour laquelle, a soutenu le ministre le DRIAN, Barkhane (la force française au Sahel), depuis quelques semaines et singulièrement les jours derniers, a entrepris des actions visant à éradiquer ces initiatives consécutives à ce que le journaliste a qualifié de « vide créé par la défaite de l’armée malienne à Kidal au mois de mai dernier ».

« Cette aventure malheureuse est parfaitement regrettable », a déploré le ministre français, récusant l’assertion selon laquelle il y aurait un vide à Kidal à l’origine de ce retour en force des groupes terroristes, puisque, a-t-il argumenté, des forces de la MIMNUSMA (Mission des Nations-Unies) et des forces françaises y sont.

« Les forces françaises vont poursuivre une forme de rétablissement vers le Nord pendant cette période un peu tendue, dans le nord du Mali (Tessalit), dans le nord du Niger (Madama), dans le nord du Tchad (Faya-Largeau) », a précisé Le DRIAN, convaincu d’ailleurs que ce n’est pas uniquement « une question malienne » et qu’il y a « une réponse globale pour laquelle il faut se mobiliser ».

« D’abord, on n’a pas redéployé vers le Niger et vers le Tchad », a-t-il réagi à la question du journaliste sur la base du constat comme quoi la France/Barkhane avait implicitement fragilisé le nord du Mali en redéployant des moyens militaires vers le Niger et le Tchad.

« On a organisé différemment parce que la riposte doit être globale et le président IBK pense sur ce point la même chose », s’est défendu le ministre français de la Défense, faisant allusion à la déclaration du président IBK sur la « fragilisation » du Nord de notre pays.

Les roquettes

« Le nord du Mali est fragilisé parce que la MINUSMA n’a pas été au rendez-vous au moment où il le fallait pour des raisons que je ne commente pas ici. Et puisque la MINUSMA n’a pas été au rendez-vous au moment où il le fallait, les forces françaises vont prendre le relais à Tessalit en particulier, de façon intérimaire », a accusé Le DRIAN, expliquant ou imputant cet échec par le fait, selon le confrère journaliste, qu’il n’y ait que « 22 % des effectifs de la MINUISMA au nord de la boucle du Niger, parce que c’est un échec de la MINUSMA comme le dit à demi-mot IBK ».

« Il y a une nécessité pour la MINUSMA d’être déployée au Nord. Au départ de son installation, la MINUSMA manquait beaucoup de moyens logistiques et de moyens d’allonge pour lui permettre d’occuper le territoire. La MINUSMA doit continuer son déploiement, elle le fera. Tout cela est en bonne voie. Ça avait pris du retard, ce qui a expliqué les vides dont vous parlez », a-t-il tempéré.

« Il faut que les Casques bleus montent en effectifs au nord de la boucle du Niger, c’est en cours et ça va se matérialiser très rapidement. J’avoue que l’arrivée des Néerlandais, l’arrivée des Suédois, sont des arrivées très positives dans cette logique-là. Donc pour être clair, que faut-il faire maintenant ? Un, il faut que les accords d’Alger soient mis en œuvre. Il y a un document qui existe, il faut maintenant qu’il soit sans doute encore amandé par les différentes parties, mais il faut ensuite arriver à sa mise en œuvre. Deux, il faut que la MINUSMA occupe tout son territoire. Et trois, parallèlement, il faut que pendant la mise en œuvre des accords d’Alger, la force française soit davantage déployée au Nord pour assurer la sécurisation des décisions » a ajouté Le DRIAN, précisant ce n’est plus la même situation de 2012 et de 2013 pour envisager, selon l’interpellation du journaliste, « un nouvel assaut dans l’Adrar des Ifoghas, la citadelle des jihadistes ».

« Lorsque la France a agi à ce moment-là (2012 et 2013), c’était le Mali dans son ensemble qui était menacé dans son intégrité. Aujourd’hui, il y a des points de recrudescence, des poches, des initiatives résiduelles. Il faut les enrayer dans le cadre d’une régionalisation de l’action que nous menons, parce que c’est le lien entre différents groupes qui s’approvisionnent au Sud libyen qui perturbe la sécurité dans la zone », a diagnostiqué le ministre français de la Défense.

« Vous avez raison de souligner l’enjeu que représente le Sud libyen parce que c’est vrai que c’est un « hub » (noyau) de ravitaillement, c’est une station-service d’une certaine manière. Et c’est à partir de là que des groupes peuvent exister alors que depuis l’intervention de Serval, ils n’avaient plus de cohérence. Un jour ou l’autre se posera la question du Sud libyen, bien sûr », a-t-il martelé en réponse à une interrogation de notre confrère BOISBOUVIER qui soulignait le renforcement des jihadistes en armes lourdes venant justement du Sud libyen où, selon lui, la question se posera un jour ou l’autre de savoir s’il ne faut pas couper cette ligne de ravitaillement en frappant à ce point de départ dans le sud libyen devenu, depuis la chute de Kadhafi, un sanctuaire de jihadistes.

C’est ailleurs la raison qui a poussé la France, croit savoir notre confrère, à lancer avec Macky SALL (le président sénégalais) le forum de Dakar sur les questions de sécurité pour masquer ou corriger, en quelque sorte, la faiblesse de n’avoir pas anticipé ce processus lié aux effets collatéraux de la guerre en Libye contre Kadhafi.

« Le problème est : comment les Africains peuvent envisager sur le long terme la prise en main de leur propre sécurité, comment faire en sorte qu’il y ait dans ce lieu, qui sera le forum de Dakar, une confrontation d’expertises, de points de vue, pour poser la question de la sécurité de l’Afrique et des moyens d’y remédier d’une manière autre qu’une réponse immédiate, ponctuelle, faite dans la précipitation ou dans l’urgence ? Il n’est pas envisageable que ce soit sans arrêt la France, par exemple, qui serve de gendarme. Ce n’est pas notre vocation », a conclu Jean-Yves Le DRIAN, dont les informations ont été jugées « erronées » par la MINUSMA au sujet du déploiement des Casques bleus dans notre pays.

Les 12,7 MINUSMA

«Depuis son établissement, la MINUSMA a intensivement poursuivi son déploiement dans le nord du Mali, tant au niveau humain (déploiement de la Force de la MINUSMA) que logistique (établissement de camps), et ce, conformément à son mandat », a tenu à préciser la MINISUMA suite à la publication d’informations erronées dans la presse les 25, 26 et 27 octobre 2014.

« Laisser croire qu’“uniquement 22 % des Casques bleus de la MINUSMA sont au nord de la boucle du Niger » est une contre-vérité », a vigoureusement réagi la MINUSMA, avant de comptabiliser : « A ce jour, sur un total de 8250 Casques bleus (soldats) présents à ce jour au Mali, 6600 Casques bleus de la MINUSMA sont déployés au Nord de la boucle du Niger dans les localités suivantes : Diabaly, Gao, Goundam, Tombouctou, Aguelhok, Ansongo, Menaka, Kidal et Tessalit. Ceci correspond à 80 % des effectifs des Casques bleus. Au total, près de 90 % des soldats de la MINUSMA sont déployés dans le Nord du pays ».

De plus, dans les semaines à venir, avec l’arrivée de nouveaux contingents, ce ratio sera revu à la hausse, ajoute la MINUSMA.

Enfin, en ce qui concerne les effectifs de la Police (UNPOL), sur les 1000 UNPOL présents au Mali, 50 % sont déployés à Kidal, Gao et Tombouctou, le reste étant réparti sur Mopti et Bamako, conclut le communiqué de la MINISMA.

Comme quoi, la guerre des sables s’est au moins muée en guerre de mots, en attendant la vraie guerre contre les terroristes et autres jihadistes de tous acabits.

Par Mohamed D. DIAWARA




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