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lundi 22 octobre 2018
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Célébration de la journée des migrants: des acteurs témoignent et interpellent…

Notre pays a célébré, lundi dernier, la Journée internationale des migrants à Sikasso. En marge des travaux, des acteurs n’ont pas manqué de nous confier leur perception de ce phénomène qui aliment ces dernières années les discussions tant au niveau national qu’international. Face à cette situation, ces anciens migrants, dont certains se sont déjà reconvertis avec succès, ont invité les jeunes à explorer les opportunités qui existent aujourd’hui au lieu de mettre leur vie en danger…

Mme Diarra Mariam SAVANE, Haut conseil des Maliens de l’extérieur :
« Sikasso est devenu une zone de concentration des migrants »
C’est un bon thème, même si on connait un peu ce parcours migratoire, chacun vit ça de sa manière. Dans mon cas, quand je suis allé au Gabon en 1984 dans le cadre du mariage. Depuis tout ce temps, je séjournais là-bas, jusqu’en 2013, date de la retraite de mon mari. Tout ce qu’on peut dire, c’est que le parcours migratoire est jalonné de difficultés, de maltraitance. On considère que la migration était plus ou moins facile à notre temps (1984) qu’aujourd’hui.
Mais aujourd’hui, avec le phénomène de migration clandestine, même en 1984, pour arriver en Afrique centrale, c’était très difficile. Beaucoup de gens ont péri sur la mer atlantique entre le Cameroun et le Gabon, entre le Gabon et le Congo, ou entre les deux Congo. Ce parcours a toujours été difficile pour les potentiels migrants.
Sikasso est une région de migrant, mais c’était une migration de proximité vers les pays voisins. Aujourd’hui, cette tendance a changé et les Sikasso vont beaucoup plus à l’extérieur. Il y a un moment, Sikasso a dépassé la région de Sikasso en termes de contingent à l’extérieur. Cela est dû à beaucoup de facteurs, notamment les changements climatiques. Quand il y a une mauvaise pluviométrie, les jeunes sont obligés de sortir à la fin de la récolte. Généralement, c’est dans le cercle de Yanfolila que le phénomène est plus dense. La migration a des impacts souvent négatifs sur la production locale. Sikasso est aussi devenu une zone de concentration des migrants suite à crise ivoirienne. Cette situation s’est aggravée par la crise du nord. C’est devenu un problème pour la région.

Oumar SIDIBE, président Initiative migration et développement (IMIGRAD) :
« La société civile avait son mot à dire »
La célébration de cette journée est une très bonne initiative parce qu’aujourd’hui, la thématique migration concerne tout le monde. Maintenant, ça dépend aussi du contenu. Sikasso a été choisi par les autorités du pays pour célébrer l’événement. Peut-être, ce n’est pas trop connu, mais je pense que cela est dû au fait que Sikasso est une région à fort taux de migration. C’est une région où les gens voyagent beaucoup. Dans le cadre de la migration sud-sud, nous avons beaucoup de ressortissants en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Je suis resté un peu sur ma faim, car le programme a été amputé. Sinon, le thème retenu cette année est une importance capitale, c’est-à-dire, raconté l’histoire des migrants et des réfugiés. Il permet, à mon avis d’attirer l’attention des uns et des autres sur le vécu et tout le traumatisme lié au statut de réfugié et les conditions de vie difficiles que vivent souvent les migrants dans leur pays d’accueil. C’est-à-dire des personnes contraintes de fuir leur pays pour aller s’installer quelque part. Je parle en connaissance, parce que j’ai eu, quand même, la chance de travailler dans le camp des réfugiés du Haut-commissariat des réfugiés (HCR), à la frontière tuniso-libyenne où il y avait une concentration des réfugiés de diverses nationalités. Un moment donné, on était près de 42 000 personnes et 32 nationalités qui étaient pour la plupart traumatisées par les événements vécus en Libye. Malgré la prise en charge assurée par le HCR, nous avons vu des gens, des personnes qui avaient besoin d’assistance psychologique. Aujourd’hui, c’était une occasion de rappeler tout cela, mais aussi de parler de notre propre vécu en tant que migrant, mais aussi en tant qu’acteurs. En tant que société civile, on avait notre mot à dire. Mais le constat est qu’on donne dans programme beaucoup plus de temps de parole aux autorités qu’aux victimes elle-même. Nous avons été migrants et nous avons souffert de notre situation d’échec. Nous sommes revenus et nous nous sommes investis dans la gestion de cette question.

Dialiha KEÏTA, Présidente de l’Association des femmes rapatriées de la Côte d’Ivoire : « Je suis revenu avec des idées que j’ai développées chez moi »
J’étais en Côte d’Ivoire, quand j’ai vu que ça ne va pas, je suis revenu au Mali avec des idées que j’ai développées chez moi. C’est la crise ivoirienne de 2002 qui nous a obligé à rentrer au pays. Quand la crise a éclaté, ils ont commencé à nous menacer. Après plusieurs réflexions, je me suis rendu compte que tôt ou tard, je finirai par rentrer chez moi.
Quand je suis revenu, j’ai choisi la transformation du manioc. En même temps, j’ai vu des potentialités pour le soja. Je fais aujourd’hui la transformation de ces deux produits depuis 2007. Actuellement, on a 14 femmes pour l’administration et près de 400 femmes sur l’ensemble du territoire, sauf Kidal.
En tant qu’ancienne migrante, j’ai constaté que les gens gagnent beaucoup d’argents à l’extérieur, mais ils finissent par tout bouffés là-bas. Actuellement, j’ai des migrants que j’ai regroupés ici à Sikasso, je travaille avec eux. Au-delà des migrants, je m’investis dans les projets de développement pour essayer d’aider les communautés locales. Dans le cadre de l’insertion socio-professionnelle des migrants de retour, je peux dire que nous constituons un exemple pour le ministère. Il faut que les migrants pensent toujours au pays une fois à l’étranger. Beaucoup de migrants ont choisi de rester à Sikasso parce qu’ils n’ont rien réalisé chez eux. Les migrants n’ont pas assez de ressource. L’État est en train de faire de son mieux pour nous aider. Mais, aujourd’hui, il est nécessaire que tous les acteurs se donnent la main face à cette question. Je crois qu’il faut que les Maliens qui sont à l’extérieur doivent s’investir aussi dans les projets de réinsertion des migrants de retour au pays. Puis que la migration joue un très grand rôle dans notre société…

Issa COULIBALY, Président de l’Association Retour, Travail, Dignité (ARTD) :
« C’est devenu un véritable trafic humain »
Je suis le président de l’Association des personnes qui ont été expulsées de l’Espace. Nous sommes tous des fils de ce pays, on connait la réalité. Tout le monde sait que les gens, face à certaines difficultés, notamment la précarité, sont obligés d’aller chercher un mieux-être à l’extérieur. S’agissant de mon cas, j’ai quitté ici pour aller au Maroc, pour rejoindre l’Espagne où j’ai fait 21 jours.
Cette journée permet aux gens de connaitre la réalité de cette pratique, à travers nos témoignages. En partant en Espagne, on m’avait rassuré que c’est par un bateau. Mais en réalité, c’était une pinasse qui sert, à travers les migrants, sur la méditerranée. Tout ce que je peux dire aux autres qui n’ont pas encore tenté l’expérience, c’est qu’il faut s’aimer, soi-même avant d’aimer les autres. Car aujourd’hui, les choses ont changé, et les migrants doivent le reconnaitre. C’est devenu un véritable trafic humain où l’on transporte les gens depuis le Mali. Aujourd’hui, nous devons trouver des alternatives et ici à Sikasso, la terre est disponible. J’invite les jeunes à travailler la terre. Mais il faut qu’on explique l’importance de ces initiatives aux jeunes.
Je suis chauffeur de mon état, mais je vis aujourd’hui grâce à mes activités d’assistance aux migrants, mais surtout à mes activités agricoles. Aujourd’hui, je suis un paysan pilote à Macina.
Il faut que les migrants sensibilisent les jeunes sur les conséquences de ce phénomène.

Propos recueillis
par Abdoulaye OUATTARA




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