Collectif des avocats pour la défense de Ras Bath: « cette poursuite est a la fois inopportune »

Le Collectif des avocats de l’animateur Mohamed Youssouf BATHILY, alias Ras Bath, ont animé, vendredi dernier, à la Maison de la presse, une conférence de presse pour donner d’amples éclaircissements sur l’interpellation de leur client qui avait défraie la chronique la semaine derrière.

Les principaux conférenciers étaient Me Maliki Ibrahim MAIGA ; Me Zana KONE et Me Abdouramane TOURE.

Les motifs de l’interpellation de Ras Bath :
Dans ses propos liminaires, Me Maliki Ibrahim MAIGA a expliqué que les services d’investigation judiciaire de la gendarmerie du camp I, sur saisine du Procureur général, avaient interpellé et gardé à vue Mohamed Youssouf Youssouf BATHILY dit Ras Bath.
Selon lui, leur client était poursuivi dans un premier temps pour outrage à la pudeur. Avant de lui reprocher d’avoir violé les dispositions de l’article 148 ; 149 du Code pénal ; et outragé des personnes dépositaires d’une autorité, notamment l’ancien Procureur général près la Cour d’appel de Bamako, Daniel TESSOUGUE, qui n’exerce plus les fonctions de Procureur général depuis plus d’une année.
« Pourquoi, c’est en 2016 qu’on va penser rattraper une personne et la poursuivre pour des faits contre une autorité dans l’exercice de ses fonctions, qui avait la possibilité, si les propos étaient tels qu’on veut les présenter, de le poursuivre. Lorsque vous examinez les faits, vous vous rendez compte qu’on aurait pu faire grâce au contribuable malien de cette poursuite en ce moment », a soutenu Me MAIGA.
Aussi, affirme-t-il, on reproche à Ras Bath d’avoir asséné des paroles tendancieuses et tendant à démobiliser les forces armés. Pour l’avocat, ceci est une contre vérité quand on sait l’engagement de l’accusé pour sa patrie, qui a toujours soutenu son armée, toujours demandé aux Maliens de ne pas désespérer de leur pays.
«Nous sommes surpris que les autorités poursuivantes viennent accuser une telle personne de vouloir déstabiliser son pays, de vouloir démoraliser les troupes. Dans ce dossier l’avenir nous démontrera qu’il est vide, une procédure dont on aurait pu faire grâce le contribuable malien et l’ordre public malien. C’est une poursuite à la fois inopportune et futile », a affirmé Me Maliki Ibrahim MAIGA.
Il a rassuré que le Collectif des avocats commis pour la défense de Ras Bath vont faire valoir les preuves irréfutables devant le juge d’instruction pour prouver que ce sont des accusions fantaisistes qui sont reprochées à leur client.
« Un homme, que nous considérons sérieux, patriote, engagé pour la cause de son pays, a été voué aux gémonies ; présenté comme le premier ennemi de la patrie, comme le plus grand comploteur contre le pays ; il a été presque ‘’jeté aux chiens’’. Nous disons qu’il a été jeté aux chiens en référence au show du Procureur général parce que quand il sortait à l’ORTM, il n’avait dans son dossier que l’affaire de Bandjougou. Il a présenté le monsieur comme un apatride, un comploteur, comme pire que les éléments du MUJAO, du MNLA, du HCUA, de la CMA. Nous disons que les autorités de poursuite dans cette affaire ont agi comme une tempête dans un verre », a affirmé Me MAIGA.

Les nouvelles accusations des autorités poursuivantes
Me Abdouramane TOURE, lui, a expliqué que le motif initial pour lequel l’ouverture de l’enquête avait été ordonnée portait sur des faits et propos à caractère sexuel et insidieux qui se seraient passés avec un prêcheur du nom de Bandjougou DOUMBIA. Selon lui, sur ces questions, l’accusé a donné des éléments de réponses de manière convaincante.
Aussi, a-t-il fait savoir, à leur grande surprise, le 18 août, 56 nouvelles questions ont été envoyées pour bétonner le procès-verbal initial qui n’était que sur le cas Bandjougou, qui n’avait même pas porté plainte. Et que l’assiette des personnes qui auraient été offensées a été également élargie.
Selon ses explications, il a été par la suite question du maire de Gao, du gouverneur du District et du chef d’état-major des forces armées.
Ainsi, dira Me TOURE, c’est une réelle stratégie qui a été mise en branle pour avoir quelque chose contre leur client.
« L’accusé a répondu aux 56 questions avec notre assistance. La première série de questions était relative à la profession de Mohamed Youssouf BATHILY à savoir s’il est journaliste… ; la seconde série de questions portait sur ses opinions sur ses propres propos ; et la troisième série portait sur les propos qui auraient été tenus à l’endroit d’un agent public et d’une dame dont les noms n’ont pas été dévoilés », a expliqué Me TOURE.
Pour sa part, Me Zana KONE s’est interrogé ainsi : « si Ras Bath arrive à lui seul à troubler l’ordre public avec des propos, comment se fait-il que des gens qui, depuis 2008, font profession dans l’injure publique, n’ont jamais reçu à troubler l’ordre public ». Pour lui, cela veut dire que quelque part quelque chose est caché aux Maliens dans cette affaire.
Selon Me KONE, notre pays traverse actuellement une zone de turbulence, et qu’il existe un véritable malaise social et un disfonctionnement social dans lequel on a tendance à prendre les effets pour les causes. Il a soutenu que l’on fait croire que Ras Bath serait la cause des malheurs, alors que, pour lui, ses réactions ne sont en réalité que les symptômes de ces malaises.
« Toutes les infractions qu’on reproche à Ras Bath comportent peu de réalité. Nous avons été marqués par le caractère de fer que le moral de Ras Bath a jusqu’à présent malgré ce qui se passe. Nous avons été témoin de son attachement personnel au respect des lois de la République, son engagement citoyen à contribuer au développement du pays et à la conscientisation de la jeunesse. Un homme qui fait tout ça ne devrait pas se retrouver devant pareille situation », a déploré Me Zana KONE.

L’implication des autorités religieuses et politiques démentie :
Les avocats ont salué le comportement des autorités judicaires qui, selon eux, se sont gardées de porter le moindre acte attentatoire aux droits de la défense. Ils ont apprécié le fait que leur client a été reçu dignement et entendu dignement en leur présence effective.
Les conférenciers ont démenti les rumeurs qui font croire que Ras Bath aurait été libéré suite à l’implication des autorités religieuses et du Président de la République.
«C’est vrai que les religieux sont des pôles de stabilité sociale. Mais c’est avec les autorités poursuivantes et leur hiérarchie que nous avons travaillé. Les leaders religieux n’ont pas été associés à cette procédure. Aussi, aucune autorité politique n’a été associée. On dit également que c’est sur instruction du Président de la République qu’il aurait été libéré. Cela n’est pas quelque chose de plausible dans la mesure où la justice est un pouvoir indépendant. Nous voyons mal un Président de la République donner une instruction à un pouvoir par essence indépendant », ont précisé les avocats de l’accusé
Les avocats n’ont pas jugé nécessaire de dévoiler les secrets de l’instruction, en faisant étalage des mesures de restriction relatives au contrôle judiciaire, accordé à Ras Bath.

PAR MODIBO KONE

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