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dimanche 15 septembre 2019
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La Commissaire principale de police, Traoré Assitan Traoré: ‘‘ la drogue expose l’homme à trois drames’’

La consommation de la drogue chez les jeunes en général, et les jeunes filles en particulier, est devenue un problème de santé publique au Mali. Ainsi, il est établi par différents constats que les jeunes au Mali consomment trois catégories de drogues et leurs passions vont de plus en plus vers les drogues dures. Si avant, les drogues dures étaient chères, selon TRAORE Assitan TRAORE, pour contourner ce piège, les narcotrafiquants ont trouvé une stratégie en créant un dérivé de la cocaïne qu’on appelle crack : ils prennent une poudre de cocaïne plus de l’acide, en un mot, tous les produits toxiques qui le transforment en une drogue dure, la cocaïne, qui leur revient moins chère. Cela fait pire que la cocaïne pure, a-t-elle fait constater. Appelant à la responsabilité des plus hautes autorités et celles des parents, elle convient avec plusieurs autres spécialistes de ce fléau que la finalité de tout drogué est trois drames : la maladie, la prison et la mort. Nous l’avons rencontré pour vous !

Info-Matin : Bonjour, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
TRAORE Assitan TRAOREE : je suis madame TRAORE Assitan TRAORE, Commissaire principal de police et Présidente de l’Association de lutte contre la toxicomanie féminine et juvénile au Mali, en abrégé ATOFEJU.
IM : Depuis quand vous dirigez cette association et quels sont ses objectifs ?
TAT : L’association a été créée le 16 novembre 2016. Elle a pour objectif général de lutter contre la consommation de la drogue par les femmes et les jeunes. En termes des objectifs spécifiques, il s’agit d’accompagner les toxicos dépendants en les sensibilisant sur les conséquences de la drogue. Car, il y’a certains qui veulent quitter la drogue, mais ne savent pas comment faire. Donc, c’est pour les assister, les accompagner et les sensibiliser à abandonner la drogue. Et en même temps, nous travaillons à leur réinsertion socioéconomique. En effet, une fois la drogue abandonnée, très généralement, ils restent sans boulot. Donc, on fait la réinsertion. Et en même temps, nous faisons la prévention à trois niveaux, qui sont primaire, secondaire et tertiaire, pour sensibiliser les femmes et les jeunes à ne pas être tentés par la consommation de la drogue. Telle est la mission allouée à ladite association.

IM : Selon vous, qu’est-ce qui pousse les jeunes à la consommation de la drogue ?
TAT : J’ai arrêté, selon les études, quatre grandes causes, dont la première est la déception (le manque d’emploi suite aux études), et du côté des femmes qui subissent des trahisons, des viols, elles s’adonnent à la consommation de la drogue pour oublier ce souci. Le deuxième point, c’est le manque d’éducation. Très généralement, ce sont les enfants qui n’ont pas reçu assez d’éducation qui s’adonnent à la consommation de la drogue. Ils peuvent être des enfants de la rue ou des enfants dans la rue. Les parents sont les premiers responsables dans l’éducation de l’enfant et s’il arrive que les parents démissionnent face à cette responsabilité, l’enfant est donc laissé pour compte. Il faut revoir l’éducation d’antan. Le troisième point, c’est la mauvaise fréquentation. Même si l’enfant est bien éduqué et qu’il fréquente des amis mal éduqués, ils vont l’entrainer dans la consommation de la drogue. Et le quatrième point, surtout chez les femmes, c’est l’émancipation, sa mauvaise compréhension par certaines d’entre elles. Avant, on assistait à la consommation masculine et aujourd’hui, je peux vous dire que les femmes consomment plus la drogue que les hommes. Donc, cette émancipation a contribué à la consommation de la drogue féminine. Et pour terminer, il y a aussi le cas des artistes qui parlent de l’alcool et de la drogue dans leurs chansons et les enfants prennent ces artistes pour leurs idoles. Je demande aux parents de conseiller leurs enfants de se conformer au bon comportement.

IM : Quelles peuvent être les conséquences de la consommation de la drogue ?
TAT : La drogue a toutes les conséquences du monde. La drogue est qualifiée d’enfer terrestre. Elle est la mère de tous les crimes selon les experts qui évoluent dans la drogue, sans exception. La première conséquence de la drogue, c’est la criminalité. Une fois sous l’emprise de la drogue, tu deviens violent, criminel, voleur. Bref, tu ne vois rien. Ensuite, il y a la déperdition. En ce moment, tu ne peux plus faire le social. On ne te fait plus confiance, tu es rejeté par la société. C’est la perte des repères sociaux. Et aussi, il y a les tueries comme nous l’avons vu tout récemment. Tous ces criminels interpellés par la police sont des drogués. Sans drogue, c’est très difficile de tuer son prochain. Une autre des conséquences, c’est l’échec scolaire. Aujourd’hui, les enfants à peine arrivent à obtenir les premiers diplômes qui sont le DEF et/ou BAC. Il y a des recalés scolaires partout parce que les jeunes pensent que quand on consomme la drogue, cela galvanise le système nerveux. Au contraire, cela aliène l’intelligence. Au tout début, quand tu consommes la drogue, tu deviens intelligent, surtout la drogue dure. Mais au fil du temps, au lieu devenir intelligent, cela altère même ta mémoire et tu deviens nul. Donc, tu seras paresseux, tu ne peux plus apprendre tes leçons. C’est la raison pour laquelle, la plupart des jeunes qui commencent à consommer la drogue, ne finissent pas leurs études. Parce que tout simplement, la drogue crée une déconcentration au niveau du système nerveux. Aussi, quand tu consommes la drogue, cela peut te causer plusieurs maladies incurables qui sont entre autres : le cancer, l’hémorragie et la stérilité chez une femme. La suite de ces maladies serait la mort. C’est pourquoi on dit que quand tu consommes la drogue, tu dois t’attendre à trois drames, à savoir : la maladie, la prison et la mort.

IM : Quels sont les types de drogue que les jeunes consomment aujourd’hui ?
TAT : Les jeunes consomment aujourd’hui toutes sortes de drogues sans exception. C’est ce qui doit être même inquiétant. Parce qu’avant, les jeunes consommaient la drogue douce (le cannabis). Mais aujourd’hui, ils ne consomment que la drogue dure (cocaïne, le crack, le tramadol, l’héroïne…). Ce sont des drogues qui peuvent créer automatiquement la tolérance, mais après cela, c’est la dépendance de la personne. Si la dépendance est installée, c’est pire. Car, tu ne peux plus te défaire de la drogue. Donc, aujourd’hui, les jeunes consomment les trois catégories de drogue et leurs passions vont vers les drogues dures. Avant, les drogues dures étaient chères. Quand vous prenez par exemple la cocaïne, le kilogramme variait entre 30 000 F à 40 000 F CFA. Les narcotrafiquants ont compris que quand on vend la cocaïne pure, on ne peut pas avoir beaucoup d’adeptes. Maintenant, il faut trouver une stratégie pour rendre un peu accessible la cocaïne. En effet, ils ont créé un dérivé de la cocaïne qu’on appelle crack. Donc, ils prennent une poudre de cocaïne, on met de l’acide, en un mot, tous les produits toxiques qui le transforment en une drogue dure, la cocaïne, qui est moins chère. C’est ce que les jeunes achètent. Cela fait pire que la cocaïne pure même. C’est vous dire qu’aujourd’hui, on peut dire que les jeunes consomment toutes ces trois catégories de drogue. Il s’agit des stimulants (cocaïnes), des perturbateurs (cannabis) et des dépresseurs (les tramadols).

IM : Pouvez-vous nous faire quand même l’état des lieux ?
TAT : Par rapport à l’état des lieux de la drogue qui fait partie d’une lutte primordiale chez moi, on n’a pas eu de statistiques claires de la consommation de drogue au Mali. Une enquête a été menée depuis 2012. Selon les résultats de cette enquête, 72 % des jeunes de moins de 18 ans consomment la drogue au Mali, dont 25 % des filles. Je peux vous dire à haute voix, cette donnée est caduque. Si je fais aujourd’hui une estimation personnelle, il y a plus de 83 % des jeunes qui consomment la drogue au Mali, dont 33 % des filles. Parce que quand vous prenez dix familles, vous trouverez huit familles où les jeunes consomment de la drogue. Je vous assure que l’alcool est une drogue. Parce que l’alcool fait partie de la famille des dépresseurs. Mais beaucoup de personnes pensent que l’alcool n’est pas une drogue. Tout ce que les dépresseurs provoquent chez l’homme, l’alcool le provoque, sauf la folie. La seule différence entre l’alcool et les comprimés, c’est que l’alcool ne rend pas fou l’homme, mais les comprimés, oui. L’alcool est légal, mais les comprimés ne sont pas légaux.

IM : Vous avez tantôt parlé de la consommation féminine. Est-ce que c’est un phénomène nouveau chez nous ?
TAT : Cela n’est pas nouveau ! Mais le fait que cela a pris de l’ampleur, c’est nouveau. L’émancipation des femmes a mis l’accent sur la consommation des drogues chez les femmes. Parce que les femmes se voient déjà comme des hommes. Mais ce qui est inquiétant, c’est que les filles pensent que c’est à elles de consommer la drogue. Il y a des filles qui consomment la drogue. Elles disent que l’effet de la drogue les excite (sexuellement) davantage pour être aimée par l’homme. L’effet de drogue est éphémère. Ça ne dépasse pas au maximum une heure de temps. Mais les conséquences perdurent. Donc, c’est pour vous dire que la consommation de drogue par les femmes n’est pas récente. Mais avant, les femmes consommaient un peu les sédatifs, les calmants pour se reposer et dormir. Mais aujourd’hui, elles consomment de la drogue dure pour se stimuler. Ça, c’est nouveau. Donc, c’est l’ampleur et la qualité de la drogue utilisée par les femmes qui sont nouvelles. Les femmes boivent plus de l’alcool que les hommes, ainsi que de la drogue dure. Je vous dis, si on ne prend pas des mesures, dans dix ans maximum, les hommes et les femmes seront à égalité dans la consommation de la drogue.

IM : De quel milieu social viennent généralement ces jeunes consommateurs de drogue ?
TAT : Très généralement, les filles qui consomment de la drogue sont des jeunes filles qui vivent dans les maquis et dans les gares routières. Elles vivent dans des conditions misérables. Sinon, il y a des enfants de ministres qui consomment de la drogue. Et les jeunes qui ne bénéficient pas assez d’attention familiale consomment aussi beaucoup la drogue, sans exclure même le fils à papa et les filles à papa.

IM : Que faites-vous précisément dans le cadre de l’association pour aider les jeunes à sortir de la consommation de drogue ?
TAT : Pour le moment, on n’a pas un partenaire fiable. Mais si on veut mener les activités, on fait les quêtes en démarchant les personnes de bonnes volontés pour nous accompagner à réaliser nos activités. Notre association a d’abord mis l’accent sur la prévention. Cette prévention passe par la sensibilisation, l’information, l’éducation et le changement de comportement. Parce que les études ont montré que beaucoup de personnes consomment la drogue par la méconnaissance de ses conséquences. Donc, nous nous sommes dit, si on fait les campagnes de sensibilisation sur les conséquences de la drogue, il y en a peut-être qui vont faire la prise de conscience. Ceux qui n’ont pas commencé la consommation de la drogue vont y échapper. Ceux qui viennent de commencer peuvent se retirer. On fait la prise en charge médicale psychosociale de ceux qui sont déjà dans la dépendance. Nous sommes en partenariat avec un Monsieur qui a un centre de sevrage. Si les parents nous contactent, on les amène là-bas pour faire le sevrage et essayer de faire la prise en charge médicale et psychosociale. Même ça, c’est l’État qui doit œuvrer pour mettre en place un centre holistique qui va assurer toute la prise en charge. Mais, malheureusement, ça n’existe pas au Mali. Aujourd’hui, ça doit être la priorité des plus hautes autorités : assurer la prise en charge des toxicodépendants. Parce que, reconnaissez que la répression a montré ses limites en matière de consommation de drogue. Je ne dis pas en matière de lutte contre le trafic. Mais en matière de consommation, la répression a montré ses limites, sans exception. Imaginez que vous arrêtez quelqu’un qui a consommé la drogue, vous l’envoyé en prison. La prison, c’est l’éducation, c’est pénitentiaire. Ça n’existe pas au sein de nos prisons. D’ailleurs, l’enfant qui consomme le cannabis, une fois qu’il est déféré au niveau de la grande prison sera en contact avec les narcotrafiquants qui consomme la drogue dure. Et là-bas, ils vont l’inciter à consommer la drogue dure et s’en est fini pour lui. Ça ne fait qu’aggraver la situation. C’est pourquoi, même chez les Américains, on met l’accent sur la prise en charge. Car, il faut reconnaître qu’il y a des jeunes qui sont dedans, qui veulent en sortir, mais qui n’ont pas les moyens de sortir et ils ne savent pas où aller se confier. Donc, il faut créer ce centre qui va accueillir ces jeunes et où on essaye de les désintoxiquer, faire le sevrage et les réinsérer de manière sociale. Donc, notre travail consiste à ça aussi : on accompagne ces jeunes-là chez celui qui fait le sevrage de manière traditionnelle. Vous voyez qu’on n’a pas le choix (rires). Comme on dit, à l’impossible nul n’est tenu.

IM : Quels sont les difficultés que vous rencontrez dans le cadre de ces activités ?
TAT : On rencontre beaucoup de difficultés. Mais quand on veut quelque chose, on est engagé. Et quand on est engagé, on peut avoir le résultat. Sinon, on rencontre beaucoup de difficultés, surtout dans le cadre du financement de nos activités. Aujourd’hui, on peut faire des correspondances, demander des appuis. Dans ce cas, on peut demander ‘’n’’ fois sans suite favorable. Mais il suffit qu’un groupe ou une association fasse une requête pour demander un appui pour les Balani-Show, les concerts, etc., ils sont accompagnés. Donc, on a vraiment cette difficulté. Il faut que la communauté et les responsables se soucient des plus jeunes. Nos autorités ne s’en soucient guère ! Sinon, normalement, quand on voit une requête de sensibilisation, de prise en charge, et vu l’ampleur de la consommation de drogue, ça doit être prioritaire. Mais hélas !
Une autre difficulté, c’est celle de pouvoir rapprocher les toxicomanes. Souvent, on va vers les toxicodépendants, sous l’emprise de la drogue. Ils sont souvent violents et peuvent même t’agresser. Pour ce faire, il faut former des jeunes pères éducateurs sur les techniques d’abordage d’un drogué. Cela n’est pas facile.
La dernière difficulté, c’est l’accompagnement même de la population. Il faut que la population sache qu’on ne fait pas ce travail pour nous-mêmes, mais pour la communauté. Dans ce cas, elles doivent nous accompagner dans cette tâche. Cet accompagnement va nous permettre d’avoir des résultats.

IM : Aujourd’hui, il y a le tramadol qui est vendu dans les pharmacies. Il y a aussi les femmes qui vendent beaucoup de ces produits dans la rue, à la portée de tout le monde. Est-ce que vous avez pris des dispositions pour met fin à cela ?
TAT : Le tramadol est un produit pharmaceutique dont la vente est légalisée même au plan international par l’OMS. Mais, le problème, c’est quand tu prends ce produit alors que tu ne souffres de rien. C’est en ce moment que ça devient un stupéfiant. Comme on dit, tous les stupéfiants sont des drogues, mais toutes les drogues ne sont pas des stupéfiants. Sinon, le tramadol n’est pas considéré comme une drogue, mais un médicament. On appelle stupéfiants tous les produits dont la production et la vente sont punies et prévues par la loi. Sinon, même le café que vous consommez est une drogue. Parce que ça crée une dépendance. Si vous le prenez, ça vous donne du tonus. Mais, ce qu’il faut savoir, c’est que tous les produits droguant ne sont pas prohibés par la loi. Si vous prenez l’alcool, c’est une drogue, mais il est légalisé. Parmi les stupéfiants que je vous ai cités, si vous prenez la cocaïne, si vous prenez l’héroïne, c’est des stupéfiants, des drogues. Mais c’est légalisé quand ça rentre dans la médecine légale. C’est-à-dire, quand on les achète pour se soigner. Par exemple, chez les chirurgiens, on utilise l’héroïne et la morphine pour faire endormir les malades, pour les soulager de la douleur lors des opérations. Mais quand tu détournes cette phase légale, en ce moment, on considère le produit comme une drogue.
Par rapport aux médicaments par terre, j’ai l’habitude de dire à ces vendeuses-là sont en train de mettre le doigt dans l’œil. Parce que, la consommation drogue est comme le cas du feu sur la case du voisin. Parce que, toi-même, tu sais que le produit que tu vends sert à se droguer ; mais, tu t’en fiches. Pour moi, tu es comme un narcotrafiquant. Et tout le monde sait que les narcotrafiquants sont des gens qui n’ont ni foi ni loi. Ils sont pires que les terroristes. Parce qu’eux ne voient que l’argent. C’est comme les vendeurs de médicaments par terre aussi qui ne voient que l’argent. En sachant bien que les jeunes viennent s’approvisionner pour se droguer, ils continuent à les vendre. Sinon, normalement, l’État doit prendre des mesures draconiennes pour interdire la vente de ces médicaments par terre. Il y a même certains médicaments dans les pharmacies qu’on ne doit pas vendre sans ordonnance. Parce que, un jeune vient vers vous sans ordonnance pour demander un produit qui ne doit pas être vendu sans ordonnance ; mais ils ferment les yeux. Ils s’en fichent, ils ne voient que l’argent qui est là. C’est pourquoi j’ai l’habitude de dire aux pharmaciens que vous-mêmes, vous contribuez à la consommation de la drogue. Donc, il faut un changement de comportement chez les pharmaciens et ces femmes qui vendent les médicaments par terre.

IM : Avez-vous une inquiétude particulière à partager avec nous ?
TAT : Ce qui est aberrant pour moi, c’est qu’il y a une politique qui est là. J’ai l’habitude d’intervenir là-dessus. Ils veulent légaliser la consommation de cannabis au Mali. Ça, c’est catastrophique. Si jamais nos autorités légalisent la consommation de cannabis, c’est fini. Tous nos jeunes deviendront des fous, des aliénés. Au contraire, la crise qu’on est en train de vivre aujourd’hui, ça sera pire. Pour légaliser la consommation du cannabis, il faut avoir les grands pour bien contrôler la situation. Ce sont les grandes puissances qui peuvent faire ça. Car, elles ont les centres de prise en charge et des politiques de réinsertion. Nous, on n’a pas ces moyens. S’ils tentent d’amener cette légalisation, il faut qu’on se révolte contre ça, et moi je serai à la tête de cette mobilisation…

IM : Avez-vous un appel à lancé à l’endroit des jeunes, des parents et aux autorités nationales ?
TAT : J’ai un cri cœur. Et c’est à l’endroit des parents, notamment les femmes. Comme on dit, une femme donne la vie, mais la drogue les détruit. Imagine une femme qui fait 9 mois de grosse dans la peine, dans la douleur, sans être certaine d’une issue heureuse. Et au bout de celle épreuve périlleuse, tu as la chance d’accoucher sans perdre la vie ou celle de ton enfant. Après ça, au moment de l’éduquer, tu démissionnes. Il y a certaines qui te répondent, non, moi, je vais travailler toute la journée pour nourrir mes enfants. Mais en réponse quand tu reviens trouver que l’enfant est tombé dans la consommation de la drogue et est devenu irrécupérable, à quoi ç’a servi pour toi d’aller travailler ? C’est pourquoi j’invite les parents à un changement de comportement. Il faut une prise de conscience.
Parce que, quand tu chasses un enfant de la maison, où est-ce qu’il va aller ? S’il n’a pas où aller, il va certainement rejoindre le réseau.
Quand tu vois que ton enfant commence à consommer la drogue, il faut l’aborder, multiplier les contacts avec lui, intensifier l’intimité parentale vers lui. C’est-à-dire, il faut créer un climat de confiance entre toi et l’enfant. Il faut essayer de le rapprocher à toi davantage pour savoir la raison qui lui pousse à consommer la drogue. Donc, si tu arrives à connaître la cause, il est beaucoup plus facile pour toi d’envisager une solution. Mais, si tu fais tout et que tu n’arrives pas à le faire sortir de cette situation, en ce moment, tu contactes les spécialistes qui peuvent faire sa prise en charge.
Quant aux autorités, je les invite à ne pas faire de la lutte contre la drogue une chose politique.
En m’adressant à la jeunesse, je dirai que la drogue détruit. La drogue n’a jamais été la solution à un problème.

Propos recueillis par Abdoulaye OUATTARA




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