Communales à Djenné: Me Baber terrasse deux barons URD

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Quatre jours après les élections, si le gouvernement ne s’est pas encore prononcé sur un scrutin attendu depuis des lustres (report du conseil des ministres d’hier), certains états-majors politiques semblent déjà opter pour une guerre forcenée des chiffres via les réseaux sociaux et autres supports de propagande. Derrière cette agitation qui empeste la manipulation, plusieurs équations restent encore entières au nombre desquelles deux échapperont difficilement à la controverse.

La première est relative à l’organisation du scrutin, notamment à l’analyse globale de celui-ci dans le contexte sécuritaire que vit notre pays. L’exploitation et l’instrumentalisation de l’insécurité à des fins politiciennes a franchi, ces derniers jours, toutes les proportions de décence imaginable. D’honorables responsables politiques partis faire campagne pour leur formation politique à l’intérieur du pays, se sont plutôt délectés des attaques terroristes gratuites contre les agents électoraux et les soldats (5 ont été tués) survenues le jour du scrutin au lieu de déplorer, de condamner et de présenter leurs condoléances aux familles des victimes.
Pourtant, les mêmes responsables politiques, très au fait de l’insécurité dans la sous-région, ne pouvaient ignorer que le même jour Boko Haram avait tué six (6) soldats camerounais dans une attaque et que seize (16) personnes trouvaient la mort tragique suite à une bousculade au Sénégal. Dans un tel contexte, brandir l’insécurité comme viatique comme fonds de commerce n’est ni objectif ni crédible.
Sur les 703 communes officiellement recensées dans notre pays, les communales étaient prévues, dimanche dernier, dans 688. Le gouvernement avait déjà annoncé qu’en raison de l’insécurité, le scrutin ne pouvait se tenir dans 15 communes du nord.
Selon des sources proches de l’administration, à cause des attaques enregistrées le dimanche ou des risques d’attaque, le scrutin n’a pu se dérouler ou a été interrompu dans 33 communes ; mais il s’est normalement déroulé dans le reste des 640 communes du pays. Au total donc, c’est seulement dans 48 communes sur les 703 communes que les élections n’ont pu se tenir.
Si on étend la zone d’insécurité à Mopti (108 communes), il faut y compter près de 194 communes ; les trois régions traditionnelles du nord (Tombouctou, Gao et Kidal) totalisant à elles seules (compte non tenu des nouvelles régions créées récemment) 86 communes : Tombouctou (51 communes), Gao (24 communes) et Kidal (11 communes).
Aussi, en aucun cas, on ne peut conclure à une partition du pays sur cette base purement subjective voire manipulatrice. Non, selon Me Baber Gano, secrétaire général du Rpm, le scrutin de dimanche ne consacre pas la victoire de l’insécurité, au contraire, elle traduit la volonté et la détermination de nos populations à enraciner davantage la démocratie au plan local.
Ce qui nous amène à la seconde équation, relative, elle au taux de participation et au score des grands partis, notamment le parti au pouvoir, le Rpm. Pour les caricaturistes de la toile, dimanche, il n’y a pas eu d’élections au Mali. Parce que les populations, au sud, ne veulent rien de ce qui vient du pouvoir ; et au nord, ne se sont pas rendues aux urnes par peur des attaques terroristes. Or, suivant les chiffres officiels, elles se sont mobilisées à hauteur de : 51,59 % dans la région de Mopti, 51,25 % dans la région de Tombouctou et 63,13 % dans la région de Gao.
Toutes choses qui confirment les prévisions du président de l’Asma-cfp, Soumeylou Boubèye Maiga, sur RFI, qui fixait la barre de la participation en moyenne à 40 % à l’issue de ces communales : « Nous allons avoir, sur le plan national, un taux supérieur à 40 %. C’est-à-dire, on battrait les records de tous les taux de participation, depuis l’instauration des élections présidentielles et législatives de 2013. Il y a les régions comme, celles du Nord d’ailleurs où on a des localités qui sont au-dessus de 70 % de taux de participation et donc, globalement, nous avons un taux de participation supérieur à 40 %. »
Si certains petits partis ont affiché déjà leurs résultats, et même remercié leurs électeurs, les grands partis, eux, continuent toujours leurs compilations, sur fond de guéguerre de communication empreintes de manipulation. Deux exemples suffisent à se méfier de certaines affirmations lancées à la hussarde. En effet, contrairement à ce qui est annoncé à grand tapage sur les réseaux sociaux, ce n’est pas Abdoulaye Idrissa Maïga, vice-président du Rpm qui a été laminé à Gao. Mais c’est bien le Rpm (en alliance avec Asma) qui a déboulonné le baron du Pdes de Gao de la Mairie.
Dans la même veine, le percutant secrétaire général du Rpm, Me Baber Gano, offre à son parti une précieuse et éclatante victoire, dans son fief à Djenné, en terrassant deux honorables barons de l’Urd : Cheick Abel Kadre Cissé et Habib Sofora. Le nouveau secrétaire général du Rpm, qui a réussi, sans nul doute son baptême de feu, réalise un score jamais égalé par son parti, dans ce cercle avec plus 89 conseillers et les 6 maires sur les 10 du cercle.
À Bamako, le parti au pouvoir, qui n’avait aucune mairie, se tape quatre sur les six.
C’est dire en conclusion que les allégations et affirmations peuvent paraître alléchantes, mais elles sont loin de traduire la vérité d’un scrutin dont la tenue a été saluée par la communauté internationale au regard des efforts déployés par l’État. Un scrutin qui, au-delà de guerre des chiffres sur la toile qui pourrait être remporté, de manière écrasante, par le parti au pouvoir et ses alliés.
Affaire à suivre

Par Abdoulaye OUATTARA

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