Communales à Sikasso: les raisons d’une bérézina

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Dans le camp du RPM, dans plusieurs localités du pays, si les communales du dimanche dernier ont été vécues comme une véritable célébrité politique, dans la commune urbaine de Sikasso, c’est toute autre chose : la désillusion politique au sens propre du terme. Dans la cité du Kénédougou, fière de son riche potentiel électoral, et où le président IBK garde pourtant intacte sa popularité, non usurpée, au gré des contingences, le RPM n’a fait mieux que de se laisser surclassé sur le terrain. Plusieurs ministres, venus en renfort, n’ont pas pu sauver la mise au parti qui avait besoin d’y marquer son territoire. Les raisons d’une déroute politique…

À l’annonce des premières tendances des communales du dimanche 20 novembre, tous les regards étaient focalisés sur les résultats électoraux du Kénédougou. À cela, plusieurs raisons. En tant que puissant réservoir électoral, Sikasso constitue un enjeu politique majeur, pour n’importe quel compétiteur politique, de surcroit le parti au pouvoir, qui s’y frotte pour tester sa suprématie politique, réelle ou supposée. Dans cette bataille électorale acharnée, le parti au pouvoir ; le RPM, n’a pas fait le poids, face à des alliés requinqués à lui ravir la vedette. Au lancement de la campagne de ces communales, des ministres RPM, parés des lambris du parti, ont cru devoir renverser la vapeur politique, en leur profit, par une seule grasse présence.
Mais, à l’heure des décomptes, aujourd’hui, ce renfort tardif des ministres sur le terrain s’est tellement révélé reclus que le parti des Tisserands n’en tire que les portions congrues. Au finish, l’Adéma coiffe au poteau les barons du RPM qui ne pourront que s’en prendre à eux-mêmes face à une telle déculottée politique, dont les résonances vont bien loin au-delà du cadre réduit de ces élections de proximité. Les barons du RPM, comme Ousmane Koné, ministre de l’Habitat et de l’urbanisme, non moins secrétaire général de la section, nouvellement investi troisième vice-président du parti, à l’issue du dernier congrès, la très active Mme N’Diaye Ramatoulaye Diallo, ministre de la Culture, et fraichement portée au BPN ; Nango Dembélé, ministre de l’Élevage et de la pêche, vont continuer à subir l’influence politique de l’Adéma dans le Kénédougou, supposé formé leur bastion politique. Un revers politique difficile à avaler, dans certaines entrailles du RPM, qui lient cela à une carence politique, imputable à des personnalités politiques, bien identifiées.
« Ç’a été une profonde déception pour le RPM d’avoir laissé le terrain à d’autres dans le Kénédougou », cet habitant de Sikasso, qui ne se console pas de cette contreperformance politique du RPM, ne constitue pas un cas isolé. À Sikasso, la déception du RPM, lors de ces communales, a été monumentale. Elle ne laisse personne indifférent. Pas même le militant lambda qui n’hésite, pas son amertume, à en désigner les éventuels responsables. Dans les récriminations politiques, ce sont les barons politiques qui sont principalement visés, accusés qu’ils sont de ne pas suffisamment apparaître comme des faiseurs de rois. Autrement dit, dans des termes non voilés, pour faire endosser la responsabilité de cette bérézina électorale, dans leur localité, les militants RPM révèlent le manque de cohésion à l’interne de la section. Un facteur démobilisant pour les acteurs politiques dont l’entière responsabilité politique est à assumer au niveau de la chefferie politique.
En analysant le revers électoral subi par le RPM à Sikasso, ils sont nombreux les avis qui soutiennent qu’il s’agit avant tout d’un échec politique à l’interne du parti même qui s’est montré défaillant à se montrer plus uni et plus soudé. Le secrétaire général de la section, qui jouit d’un bon préjugé dans les engrenages du parti au pouvoir, a du mal à colmater les brèches, au plan local, et à mettre tout le monde d’accord autour de son leadership qui n’en reste pas moins contesté. Ne jouissant de bonnes prédispositions des militants à la base qui lui jugent non réceptif, voire inabordable pour la gestion du quotidien, le secrétaire général de la section RPM, le ministre Ousmane Koné, aux yeux de bon nombre de militants, aurait pu sauver les meubles s’il s’y était mis, à temps, à l’œuvre. La section, dit-on, avait besoin de cicatriser ses blessures internes, après de chaudes altercations intestines, consécutives à des conflits de leadership, avant qu’elle se dope, comme un blindé politique, à aller à ces batailles politiques dont on sait qu’elles seront âpres et non négociables. Il lui aurait fallu s’impliquer à fond, auprès des militants, pour rassembler le parti autour de ses alliances à l’interne, en attendant les grandes joutes politiques, pour espérer en engranger des dividendes politiques. Il n’a pas pu réussir ce challenge, il en fait les frais, d’une manière inattendue et dramatique.
De plus, le RPM a échoué face à son concurrent intime, l’Adéma, par la crédibilité autour du choix de la candidature, tête de liste, lors de ce scrutin dit de proximité. En effet, le candidat de l’Adéma, Kalifa Sanogo, ex-PDG de la CMDT, est un gros morceau dans son Kénédougou. Pour l’évincer proprement, il faut se lever de sitôt, en retroussant bien les manches. Les barons du RPM, eux, n’en avaient aucune jugeote politique pour y contrarier. La preuve ? Ils ont laissé émerger sur la tête liste du parti un candidat, jugé de peu d’influence politique, susceptible de porter la moindre contradiction dans le camp du mastodonte Kalifa Sanogo de l’Adéma. Ce n’est donc pas par hasard que ce dernier, avant même d’entamer les choses sérieuses, disait à qui voulait l’entendre qu’il ferait d’une bouffée ses concurrents en mal de posture politique dans le grand Kénédougou.
Là, aussi, au RPM, le militant lambda explique très bien les raisons d’une telle hérésie politique autour du choix de candidature. Chacun des leaders, voulant se tirer une mainmise politique supposée du RPM, au cours de ces joutes électorales, a tenté de pistonner son homme, dans une sorte de concession politique de façade, qui n’a pas tardé à montrer ses limites. Le risque, pour eux, était de se voir complètement distancer par la grosse pointure de l’Adéma, Kalifa Sanogo, lequel a réussi en un tour de magie à rallier autour de lui-même des franches de la localité, coutumièrement proches de la coterie RPM, mais qui ont dû se résoudre à faire cause commune avec le champion de l’Adéma, pour incommoder, politiquement parlant, des hommes politiques, n’ayant pas su actionner le code réel, à la base, celui qui lui permet d’atteindre son plein régime.
Pour ne pas réussir à déchiffrer le code politique du terrain, à Kénédougou, indispensable pour s’attirer de la sympathie locale, les barons du RPM, avec à leur tête le secrétaire général du parti, le ministre Koné, boiront, à l’issue de ces joutes dites de proximité, jusqu’à la lie, cet amer goût de la défaite politique qui mettra du temps à se cicatriser dans une localité où les rancœurs politiques sont bien tenaces.

par Sékouba Samaké

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