Communales en commune III: le grand cafouillage

8

Timide Affluence, voire morose, désorganisation et surtout grandes difficultés pour les électeurs à identifier leurs bureaux de vote. Les pépins de ces élections communales, qui se sont déroulées, hier dimanche, en Commune III du district de Bamako, ne manquent pas.

A l’instar de toutes les communes du district de Bamako, la Commune III a vécu, hier dimanche 20 novembre, l’effervescence du scrutin communal. Ce, après plusieurs reports, en raison de l’insécurité, dit-on dans les différentes coteries politiques. Les communales étant des élections de proximité, elles sont très sensibles, en Commune III, comme dans d’autres circonscriptions du pays, comme reposant directement sur la gestion des affaires locales. Ici, l’enjeu est de taille, car le maire sortant, Abdel Kader Sidibé, n’est pas candidat à sa propre succession, après trois mandats successifs. Cette situation fait que la compétition est plus ouverte que jamais.
Voilà pourquoi, tôt ce dimanche matin, à 8 heures, les centres de vote étaient pris d’assaut par les électeurs de tous les âges. Dans différents centres de vote, où nous nous sommes rendus, les matériels électoraux étaient déjà au grand complet à quelque exception près, comme le centre de vote du Groupe scolaire Mamadou KONATÉ où les présidents des bureaux étaient à l’attente des enveloppes. Hormis ce dysfonctionnement, auquel le président du centre, Issoufou DIAKITÉ, nous assure avoir signalé à qui de droit, tout se déroulait normalement.
De nombreux votants nous ont confié avoir voté, par amour pour le pays, et leur commune, avec le sentiment d’avoir participé au choix des futurs élus communaux devant prendre en charge les destinées de la commune.
Ce réveil de conscience s’explique non seulement par le fait que les populations ont compris que le vote est un devoir civique, mais aussi parce que les grands partis politiques ont mis à la disposition des électeurs des moyens de transport dans tous les quartiers pour faciliter le déplacement des électeurs. Parmi ces électeurs citoyens ayant accompli leur devoir citoyen, on a rencontré le président de la Cour suprême, Nouhoum TAPILY, et son épouse, lesquels ont voté respectivement dans les bureaux N°10 et N°11.
Après avoir réalisé son obligation, le chef de l’institution judiciaire suprême a livré ses impressions à nos confrères de Bozola : « C’est un très grand plaisir et une grande fierté que je viens accomplir mon devoir civique en venant voter dans le cadre des élections municipales. Je suis domicilié présentement en Commune III, donc c’est ma commune. Les élections sont le baromètre de la bonne santé de la démocratie d’un pays. Et les moments des élections doivent être des moments de communion, de convivialité, mais aussi de ferveur. Parce que dans une démocratie, la souveraineté appartient au peuple et c’est à travers les élections que le peuple exprime justement cette souveraineté, en choisissant les dirigeants qu’il pense être capables de résoudre leurs problèmes. Et concernant ces élections municipales, donc de proximité, il est important que les gens sachent que ceux-là que nous mettons à la tête de nos communes sont chargés du développement de nos quartiers, nos villages et localités. Donc se sont des responsables qui œuvrent au quotidien pour notre bien-être. C’est pourquoi je pense qu’il est très important, pour nous, de choisir ceux qui nous gouvernement au plus près pour que nos problèmes soient mieux gérés et nos préoccupations mieux prises en compte. C’est pour cela que je pense qu’il est un devoir, pour chaque Malien, de sortir pour venir, d’une manière générale, exprimer son vote, mais plus particulièrement quand il s’agit d’une élection de proximité ».
Cependant, la mauvaise note de ces élections, en tout cas, dans cette commune, aura été les grandes difficultés d’identification des bureaux de vote par les électeurs. Dans tous les centres, visités, nombreux étaient ces pauvres électeurs, en grande majorité des personnes âgées, qui rodaient dans les cours à la recherche de leurs bureaux de vote avant d’accomplir leur devoir civique. En tout cas, au centre de vote du Groupe scolaire Mamadou KONATÉ, et dans le centre de la poudrière, le spectacle était affligeant pour ces nombreux électeurs, ballottés d’un bureau à un autre, par les mauvaises informations des techniciens de la Délégation générale aux élections (DGE), dont les ordinateurs, en leur possession, ne contiennent que malheureusement des données des élections présidentielles et législatives passées.
Ces déboires, liés aux difficultés d’identification des bureaux de vote, lesquels ont fini par décourager beaucoup d’électeurs potentiels, ayant tout simplement choisi de rentrer à la maison, ont été mis au compte des mairies par certains présidents des centres alors que d’autres ont pointé du doigt le ministère de l’Administration pour cette mauvaise organisation. Et pour preuve : si le ficher électoral biométrique, vers lequel a migré notre pays en 2013, garantit la transparence du processus électoral, il pèche par l’absence d’informations pour les électeurs sur les centres et bureaux de vote. De l’argumentaire développé par nos interlocuteurs, la carte NINA (Numéro d’identification nationale), qui fait office de carte d’électeur, ne comporte pas ces mentions. D’où toutes les difficultés que beaucoup d’électeurs ont pu rencontrer pour situer leurs bureaux.
En tout cas, le président de la Cour suprême, confronté lui-même à ces écueils, ne nie pas le fait inconvenant, pour le citoyen lambda, même si, à la différence de beaucoup d’autres, il minimise, pour sa part, ces difficultés, lui ayant pourtant valu un sacré temps pour retrouver son bureau de vote. « C’est vrai souvent, il y a des petits dysfonctionnements. Mais ce qui est important, c’est que les listes existent et il faut certainement fournir un peu d’effort pour pouvoir retrouver l’emplacement géographique de son bureau de vote. Peut-être il aurait fallu des guides qui viennent aider les électeurs à identifier facilement leur bureau. A part cela, je pense que ce sont des difficultés mineures qui sont vite surmontées. Sinon c’est l’effort aussi qu’il faut faire pour que la démocratie soit solide et vivace dans notre pays ».
A l’évidence, des dispositions avaient été prises pour épargner aux électeurs de vivre pareil cauchemar. La Délégation générale aux élections (DGE) a mis en place trois systèmes d’orientation et d’information des électeurs sur leurs centres et bureaux de vote. Le lancement de ces opérations, au titre des élections communales du 20 novembre 2016, a même fait l’objet d’une cérémonie, il y a quelques jours, à la bibliothèque nationale. Le premier système, présenté aux participants, est la recherche, via Internet sur le site web de la DGE : www.dgemali.gouv.ml. Créé et hébergé par l’AGETIC, il permet l’accès à toutes les informations personnelles, collectives et les statistiques des circonscriptions administratives (région, village, cercle et commune). Quant au second, il est consacré à la consultation du ficher par « sms ». Ainsi, pour identifier un bureau de vote, il suffit d’envoyer par « sms » « ele espace n° carte NINA espace nom de famille au 36 666 pour Malitel ou 36 777 pour Orange Mali ». Chaque message envoyé devait coûté 10 Fcfa à l’expéditeur, contre 100 Fcfa précédemment. Une partie des frais d’installation de ce système est prise en charge par l’USAID. Le dernier système est le déploiement, dans les 26 communes urbaines, de 300 agents techniques, munis d’ordinateurs portables. Ils fournissent aux requérants, deux jours avant le scrutin, et le jour même des élections, les informations dont ils auront besoin. Ces trois systèmes d’information, aux termes, devaient permettre aux électeurs de connaître à l’avance, le jour du scrutin, les centres et bureaux de vote. Ce qui malheureusement n’a pas été le cas, hier, en commune III du district de Bamako, du fait que certainement le mécanisme n’a pas été huilé, comme on s’y attendait.

Par Mohamed D. DIAWARA

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *