Communales: la CMA se ridiculise

2

Une volte-face spectaculaire sur l’adhésion à la tenue des communales ; l’étalage d’une ignorance effarante sur un principe aussi élémentaire que la primauté de la Constitution sur les autres dispositions, voilà une Coordination des mouvements armés (CMA), qui se ridiculise à la face du monde et se marginalise.

Excepté cette CMA, les élections communales du 20 novembre dernier ont été accueillies avec satisfaction dans tous les milieux. Et les arguments ne manquent pas pour justifier cette satisfaction générale. Certains sont fournis par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA).

Les arguments
L’un des arguments phares qui plaident en faveur de la tenue des communales, c’est que, non seulement elles ont été différées à plusieurs reprises, mais également et surtout qu’elles sont une disposition constitutionnelle. C’est ce que souligne la Mission onusienne : ‘’différées à plusieurs reprises, ces élections ont eu lieu conformément à la Constitution de la République du Mali qui exclut un nouveau report du scrutin’’.
Il se trouve qu’en République du Mali, et cela jusqu’à preuve du contraire, la Constitution est la Loi fondamentale. C’est d’elle que découlent les autres lois. Autrement dit, il n’y a pas de loi nationale au-dessus de la Constitution. Encore moins l’Accord pour la paix et la réconciliation qui est un document de référence, un fil conducteur vers la paix et la réconciliation, et non une loi. Ce paramètre, manifestement, les ex-rebelles et djihadistes de Kidal l’ignorent parce qu’ils font de la ‘’violation grave’’ de l’Accord pour la paix argument pour ne pas reconnaître les résultats du scrutin du 20 novembre dernier. C’est ridicule, d’autant plus que l’Accord pour la paix et la réconciliation est transformé en solution miracle. Même s’il y a des compromis au nom de cet Accord, en aucun cas, il ne devrait être perçu comme étant supérieur à la Constitution du pays au point de pouvoir interdire des élections communales.
Un autre argument massue, en faveur de la tenue des communales est qu’elles devraient intervenir en 2013. Cela n’a pas été le cas. De report en report, l’on se retrouve en 2016. Autant dire que des maires et conseillers ont exercé pendant trois ans sans l’onction de la légitimité populaire. Il fallait mettre un terme à cette situation dans laquelle l’autorité des élus prenait un sacré coup.

Le désaveu
Ce qui est certain, c’est que d’autres et non des moindres se félicitent de la tenue de ces élections communales. ‘’Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies et Chef de la MINUSMA, M. Mahamat Saleh Annadif, se félicite de la tenue de ces élections dans la plupart des localités du pays malgré les défis politiques, sécuritaires et logistiques’’, lit-on dans un communiqué de la Mission onusienne. La satisfaction est d’autant plus grande, faut-il mettre en exergue, que le scrutin s’est tenu dans la plupart des localités. Ce qui atteste une bravade des risques sécuritaires par les électeurs.
Il est tout autant certain que les mêmes voix autorisées ont rendu un hommage du reste bien mérité aux pouvoirs publics pour l’organisation réussie de ces communales, même s’il y a eu quelques couacs. Ce qui est inhérent à toute organisation d’élection, en l’occurrence sous nos tropiques. Dans le communiqué de la MINUSMA, on peut lire : ‘’il (Ndlr : le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, chef de la MINUSMA) rend hommage aux autorités maliennes’’. Il y a incontestablement là une caution à la décision des autorités nationales qui ont eu d’abord à faire face à une rébellion politique dans la capitale, avant de réussir le challenge de l’organisation des communales qu’aucun parti politique digne de ce nom (de la Majorité comme de l’Opposition) n’a boycotté. Preuve, s’il en était besoin, que lesdites élections s’inscrivent dans les règles de l’art.
La décision de la CMA de ne pas reconnaître les résultats du scrutin est d’autant plus méprisable qu’à quelques encablures de sa tenue, elle y semblait favorable. Un retournement qui traduit tout le manque de crédibilité de ce mouvement politico-militaire miné par un ancien groupe djihadiste, à savoir le HCUA, obéissant au doigt et à l’œil au chef d’Ansar Eddine, Iyad Ag Ghaly, lui-même farouchement opposé à l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. Les attaques terroristes contre les Forces internationales, tout comme contre nos Forces de sécurité et de défense, certifient cette animosité.
En clair, la Coordination joue le dilatoire en s’accrochant désespérément à un Accord, dont manifestement, il ne veut pas de l’application. C’est bien cela le paradoxe et la fuite en avant des anciens groupes séparatistes de Kidal qui seront amenés à se résoudre à reconnaître l’évidence : les autorités intérimaires ne sont qu’intérimaires. Les vrais titulaires du pouvoir, à savoir ceux qui seront investis de la légitimité populaire, finiront par s’installer.

Par Bertin DAKOUO

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *