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vendredi 20 mai 2022
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Conclusion d’un accord définitif de paix: hypothèse sur le processus

Décidément, le chemin pour parvenir à un accord global et définitif sur la crise sécuritaire que traverse notre pays semble devenir la croix et la bannière pour l’équipe de la médiation. Au moment où l’on pensait que tout était mis en œuvre, du côté de la capitale algérienne, pour que les belligérants, aux termes du 5è round des pourparlers qui devrait se tenir ce mois, se mettent d’accord par la conclusion d’un accord de paix, voilà que le chef de file de la médiation se projette dans un délai encore plus lointain.

Depuis Addis-Abeba, où il prenait part au sommet de l’Union africaine, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, qui s’est confié à nos confrères de Jeune Afrique, annonce qu’ »un accord de paix peut être signé au Mali dans moins de six mois. Cette déclaration, pour le moins surprenante, en tout cas pour l’opinion nationale qui espérait tant sur la prochaine phase des négociations, intervient au moment où l’Algérie a, par la voix de son chef de la diplomatie, exprimé le mois dernier, sa volonté de parvenir à un accord définitif dans la crise au Nord du Mali lors du prochain round des négociations.
« Nous travaillons avec toutes les parties et avec nos amis au sein de l’équipe de médiation en vue de parvenir à un accord définitif lors du prochain round », a déclaré M. Lamamra au terme d’une rencontre avec la coordination des parties au dialogue pour le règlement de la crise au Nord du Mali au siège de son ministère.
Dans ce sens, le responsable algérien a ajouté qu’un travail était en train de se faire «avec tous nos frères ainsi que l’ensemble des délégations (Gouvernement et groupes armés) pour atteindre cet objectif (solution définitive à la crise) car nous ne voulons pas que le statu quo persiste », selon l’agence officielle APS.
Ces différentes consultations avaient pour but de préparer le cinquième round du dialogue inter-malien dont les prémisses s’annoncent difficiles, malgré les multiples déclarations de bonne volonté aussi bien des délégations maliennes elles-mêmes que des parties conciliatrices qui n’ont pas manqué cette occasion pour réitérer leur exhortation à instaurer «un climat de sérénité et de confiance, nécessaire à la reprise en février prochain du processus de paix en cours, en vue de parvenir dans les meilleurs délais à un accord global et définitif». Car les enjeux sont clairs quant à la nécessité d’un tel accord «seul à même de permettre le rétablissement de la paix et la lutte efficace contre le terrorisme ainsi que contre le crime organisé.

Aussi, cette nouvelle perspective de six mois pour la conclusion d’un accord de paix prend à contre-sens la décision affichée de la France qui avait fixé un dead-line de janvier pour ce faire.
En tout cas, s’agissant des négociations de paix, la France, par la voix de son ministre de la Défense, Yves Le Drian, s’est voulue ferme.
« La perspective c’est janvier, avec la pression nécessaire pour que ça aboutisse. Pas uniquement en terme politique. Il y a aussi une dimension économique, un développement nécessaire du Nord-Mali », a-t-il souligné.
« Il faut que la feuille de route (négociée ces derniers mois) soit validée » en janvier à Alger. « Cela implique qu’aux négociations d’Alger, les groupes armés signataires soient représentés par leurs plus hauts responsables. Idem du côté de Bamako. Tout le monde doit comprendre que l’heure de vérité approche », a insisté M. Le Drian.
« Nous soutenons la médiation algérienne et souhaitons que d’un côté comme de l’autre on fasse les avancées nécessaires pour qu’enfin, après des années d’incompréhension, voire de combats, ce pays puisse retrouver la sérénité globale et que les groupes armés signataires puissent entrer dans le processus démocratique de la République du Mali », a-t-il précisé.
Les derniers développements sécuritaires intervenus au Nord ont-ils bousculés cet agenda ?
Force est de constater qu’entre ces déclarations et la situation réelle sur le terrain beaucoup de sable ont pu se mouvoir dans le désert.
En justifiant ce prolongement de fait, le chef de file de l’équipe de la médiation reconnaît par la même occasion la lenteur des négociations qu’il a expliquée par deux choses :
D’abord, au niveau de l’équipe de médiation, où il a été difficile de ramener au sein de la même équipe toutes les parties prenantes : États, organisations sous-régionales et organisations internationales.
Ensuite, au niveau des parties maliennes, où la médiation a perdu beaucoup de temps, à travers des rencontres séparées avec les parties, alors qu’il est souhaitable la présence, autour de la même table, des chefs des mouvements armés, et en face, les ministres mandatés par le gouvernement.
Refusant d’admettre à un enlisement de la situation dans les négociations en cours entre le gouvernement et les groupes armés, le ministre algérien des Affaires étrangères s’est dit convaincu de l’avancement des discussions faisant référence au dernier round des négociations aux termes desquelles les différentes parties ont reçu, fin novembre, un projet d’accord global de paix et de réconciliation.
«Ce texte doit faire l’objet d’une étude minutieuse de chacun, puis d’une reprise de négociations de front, afin de résoudre toutes les questions qui resteront en suspens. Il y aura, à Alger, une finalisation de cet accord. La signature formelle, elle, devra être faite sur le territoire de la République du Mali», a-t-il souligné.
Abordant tous les aspects ayant occupé les travaux des sessions d’Alger, le texte en question a passé en revue et élaboré des propositions concrètes sur de très nombreuses questions de fond.
Si l’organisation institutionnelle et politique (la répartition des pouvoirs et compétences, les questions sécuritaires et de défense, de désarmement) ont occupé toute la première partie de ces propositions, la deuxième, elle, a largement couvert les aspects de développement, notamment au Nord, et décliné ce que pourrait être l’étape intérimaire.
Les concepteurs de ce texte ou médiateurs internationaux, dont l’Algérie est le chef de file des pourparlers, ont, pour éviter toute équivoque, rappelé en préambule les fondamentaux sur lesquels il ne peut y avoir de retour. Il s’agit, notamment de «la nécessité de reconstruire l’unité nationale et son intégrité territoriale». Cela sans omettre toutefois «le respect et la promotion de la diversité culturelle ; la participation effective des populations à travers une gouvernance prenant en compte leurs besoins ; un développement équilibré et la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue transnational organisé.
Le tout, est-il rappelé, en conformité avec les valeurs de respect des droits de l’Homme.
Allant au-delà des déclarations de principe qui constituent, toutefois, le socle de ce texte d’accord, les médiateurs ont proposé un cadre institutionnel et de réorganisation territoriale.
Ainsi, deux niveaux de propositions sont émis: l’échelle locale et l’échelle nationale.
Dans le premier cas, il est proposé en particulier que les collectivités territoriales bénéficieront «d’un très large transfert de compétences» et «jouiront de pouvoirs juridiques, administratifs et financiers» et son assemblée sera élue au suffrage universel.
Quant à la zone du Nord du Mali, (le deuxième niveau), elle sera dotée d’un conseil consultatif inter-régional ayant en particulier pour charge d’accélérer le développement de cette zone.
Pour le ministre algérien, il y a «plusieurs options sur les différentes questions qu’il reste à résoudre, qu’elles soient institutionnelles, politiques ou sécuritaires.
Le diable est dans les détails et tout cela demande à être fignolé. Certains aspects demanderont, peut être, des dispositions transitoires, notamment en matière de sécurité, parce que la construction d’une armée nationale prendra du temps.
Le travail n’est donc pas fini, mais en ce qui concerne le fond, il est quasiment ficelé».
Cependant, il faut rappeler que cet optimisme du médiateur algérien se trouve contrasté par la réalité du terrain avec la recrudescence des violences et des combats fratricides entre les groupes armés rivaux qui n’arrangent pas à la situation.
Ajouté à cela les récentes prises de positions des mouvements armés (la coordination et la plate-forme) accusant la MINUSMA son manque de neutralité et sa partialité envers l’un ou l’autre groupe.
Conséquence: quand on pensait avoir franchi un palier, certains événements sur le terrain viennent toujours remettre en cause les semblants de progrès enregistrés dans les discussions. Parfois, l’on a l’impression que les protagonistes sont engagés dans un tango savamment orchestré, où ils font chacun un pas en avant, et deux pas en arrière. Comment, dans une telle situation, peut-on espérer voir le bout du tunnel ?
Sur cette question, la réponse de M. Lamamra est plutôt évasive que convaincante.
Par Mohamed D. DIAWARA




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