Conference de presse de la cnas-faso hérè sur l’actualite au Mali et au Burkina faso: Zou met le régime au pilori

«Jamais, depuis la proclamation de la République en novembre 1958, notre pays n’a connu une telle frénésie boulimique de détournement de l’argent public et une telle atmosphère nauséabonde de pratiques proprement mafieuses de la part d’agents de l’Etat et de leurs partenaires affairistes étrangers»

Le parti Convention nationale pour une Afrique solidaire (CNAS-Faso Hèrè), sous l’ impulsion de son président d’honneur, Soumana SAKO, ne rate aucune occasion pour se prononcer sur les grands sujets d’intérêt national. Le parti a animé, mardi dernier, à son siège, une conférence de presse, sur le processus d’Alger et le document de synthèse proposé par la médiation internationale; les malversations financières ; les récents développements de la crise Ebola au Mali; et les événements politiques au Burkina Faso.  Nous vous proposons l’intégralité de la déclaration liminaire.

Déclaration liminaire

Bien que n’ayant aucun député à l’Assemblée Nationale et nonobstant leur absence de tous les rouages de prise de décision au plan national, régional et local, les militantes et militants de la Convention Nationale pour une Afrique Solidaire (CNAS-Faso Hèrè) sont déterminés à exercer pleinement et à assumer totalement leurs droits et devoirs de citoyens maliens à part entière. En particulier, la CNAS-Faso Hèrè, en dépit de sa pauvreté financière et du système de censure médiatique dont elle est victime, tient à se prononcer, en toute indépendance et en toute responsabilité, sur toutes les grandes questions de l’actualité nationale et internationale présentant un intérêt pour le Peuple, son unité nationale, son progrès et l’avenir de l’État républicain, démocratique, laïc et unitaire qu’il a créé pour donner des chances égales à tous dans un cadre de solidarité nationale et intergénérationnelle.

C’est le lieu de rappeler que, sur tous les grands sujets préoccupant la Nation, la CNAS-Faso Hèrè et ses partenaires de l’ADPS (Alliance des Démocrates Patriote pour la Sortie de crise) sont toujours les premiers à prendre position, surtout lorsque les intérêts supérieurs de notre Peuple sont menacés à l’intérieur comme à l’extérieur du Mali. Sentinelle citoyenne vigilante, la CNAS-Faso Hèrè propose à la fois des critiques sans complaisance mais constructives et des mises en garde désintéressées fondées sur une analyse objective et non partisane de la situation, des pistes de solutions ou de réflexion ainsi que des encouragements aux pouvoirs publics dans le seul souci de sauvegarder les intérêts de notre Peuple et l’unité nationale, de promouvoir la justice sociale et la transparence dans la gestion des ressources et des affaires publiques et de faire avancer la cause de l’intégration régionale et de l’unité africaine dans le concert des Nations démocratiques éprises de paix et de solidarité internationale.

La présente conférence de presse se situe dans cette perspective et porte plus spécialement sur les thèmes suivants : 1) le processus d’Alger et le document de synthèse proposé par la médiation internationale, 2) les graves malversations financières entourant l’acquisition du second avion présidentiel et les marchés du Ministère de la Défense Nationale ; 3) les récents développements de la crise Ébola au Mali  et, enfin 4) les évènements politiques au Burkina Faso.

 

  1. A) Le processus d’Alger et le document de synthèse proposé par la médiation internationale.

Le Bureau Politique National de la CNAS-Faso Hèrè (Convention Nationale pour une Afrique Solidaire) rejette sans réserve le document de synthèse mis sur la table des pourparlers d’Alger.

C’est l’occasion pour la CNAS-Faso Hèrè de rappeler au Peuple malien et aux partenaires extérieurs du Mali qu’elle a toujours dénoncé le double langage des pouvoirs publics.

En effet, tout en clamant urbi et orbi son attachement au caractère républicain et laïc de l’État ainsi qu’au respect de l’intégrité territoriale de notre pays et son rejet de toute formule d’autonomie et de fédéralisme, le Gouvernement malien se dit satisfait d’un document de synthèse qui propose en réalité un système confédéral (donc pire que le fédéralisme). Or, outre les nombreuses contradictions et incohérences qui le caractérisent, le document de synthèse de la médiation fondamentalement entériné par le Gouvernement :

 

1-  Est sous-tendu par une analyse erronée des causes profondes, lointaines ou présentes, de la rébellion armée au Nord du Mali. En effet, le document de synthèse :

  1. a) met généreusement et naïvement toute la responsabilité de la crise sur le seul dos de l’État malien, ignorant ainsi l’impact négatif des différentes rébellions successives comme facteur entravant le développement des régions nord du Mali ;
  2. b) occulte la responsabilité de la persistance de l’esclavagisme, du féodalisme et du racisme parmi les causes profondes des troubles successifs dont le Mali est victime dans son septentrion ;
  3. c) occulte le rôle négatif des soutiens extérieurs africains et non-africains aux rebellions armées et aux attaques terroristes largement inspirées par l’attrait des ressources naturelles ou des jeux géostratégiques visant à entraver l’émergence du Mali en tant que puissance africaine ;
  4. d) ne propose aucune solution pour éradiquer le féodalisme ainsi que l’esclavagisme en vue d’apporter des réponses crédibles et durables à la soif d’émancipation de la jeunesse et de nos sœurs Touareg étouffées par les tentacules d’un clan féodalo-narco-terroriste. Ce qui est proposé par les médiateurs, et que le Gouvernement malien est sommé de faire avaler au Peuple militant du Mali, n’est rien d’autre que le programme politique du MNLA, d’Ayad Ag Ghali et de leurs commanditaires étrangers « aseptisé » parce qu’expurgé des mots ‘’autonomie’’ ‘’fédération ‘’ et ‘’confédération’’ et par la mention purement formelle du caractère républicain et laïc de l’Etat.
  5. e) accrédite abusivement la position erronée de certains parrains occidentaux de la rébellion tendant à faire croire qu’il existerait un ‘’problème Touareg ‘’au Mali, alors même que la grande majorité de nos frères et sœurs Touareg reste fidèle à la République du Mali, à son intégrité territoriale, à son unité nationale et à sa laïcité ;

Il propose une architecture institutionnelle déséquilibrée qui, tout en consacrant l’autonomie (les délibérations des Conseils régionaux étant immédiatement exécutoires) de Kidal, voire de toutes les régions abusivement réclamées par les tenants du fantasmagorique ‘’Azawad’’, met en même temps la responsabilité du développement desdites zones sur le Gouvernement central. Qui plus est, portant en filigrane l’augmentation du nombre des « régions », il se traduirait par une aggravation du déficit budgétaire consolidé de l’Etat, l’augmentation de la pression et de l’incertitude fiscales tout en allant à contre-courant de toute logique économique pour ce qui est d’une politique cohérente d’aménagement du territoire.

 

2- Viole la Constitution de la République du Mali ;

 

3- Constitue une attaque frontale contre la République, l’égalité des citoyens devant la loi, le service public et la justice, ainsi que contre la laïcité de l’État et la démocratie et encourage l’immixtion des leaders religieux dans le champ institutionnel politique alors même que cette immixtion rampante depuis la fin des années 1990 est l’une des causes fondamentales de la crise multidimensionnelle dont souffre le Mali.

La République, c’est l’accession aux postes publics soit par voie d’élection soit par le mérite, jamais de par la naissance ou par hérédité.

L’octroi de sièges aux soi-disant ‘’légitimités traditionnelles’’ (chefs coutumiers, autorités religieuses, etc.) viole le caractère républicain de l’État.

Tout porte à croire que les tenants de ce genre d’idées anti-républicaines, antidémocratiques et rétrogrades, vraisemblablement des héritiers du Roi Baudoin et des « dalaminès » des troupes d’invasion coloniales ayant mal assimilé les leçons de l’expérience de certains pays d’Europe du Nord, sont des nostalgiques du régime colonial sous lequel l’Administration coloniale, une Administration d’oppression et d’exploitation des hommes et des ressources naturelles s’appuyait sur des relais locaux à leur dévotion, lesquels régnaient en véritables potentats et empêchaient tout progrès et toute émancipation, particulièrement de la femme et des paysans.

La République, c’est l’égalité des citoyens devant la justice. Avec le retour officiel des cadis, c’est la violation du principe de laïcité de l’État. Soit dit en passant, on comprend mieux aujourd’hui pourquoi le Gouvernement a relâché l’ancien juge ‘’islamique’’ des jihadistes qui avaient mis Tombouctou sous coup réglée.

 

4- Prétend faire marche arrière à la roue de l’Histoire par la remise en selle de soit disant autorités traditionnelles pourtant largement discréditées parce que d’essence féodale et créées ou léguées par des vagues successives d’envahisseurs étrangers ou la colonisation, tous régimes d’oppression et d’exploitation qu’elles ont servilement servis sur le dos des populations ;

 

5- Renvoie aux calendes grecques non seulement le désarmement des groupes rebelles, mais leur simple cantonnement ;

 

6-  Légitime les groupes séparatistes armés et terroristes ainsi que la rébellion en violation des lois en vigueur et cautionne la partition de fait du pays et le retrait de l’Armée Nationale d’une bonne partie du Nord.

 

7- Viole les règles de la discipline et de la justice militaires ;

 

8- Par le biais d’expérimentations institutionnelles hasardeuses, inutilement coûteuses et historiquement rétrogrades, hypothèque lourdement l’unité nationale en semant les germes d’une approche ethniciste et régionaliste de la gestion des affaires publiques et de l’accès aux emplois publics et aux fonctions politiques en contradiction avec le principe d’égalité des chances pour tous les citoyens ;

 

9- Viole les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité, particulièrement la résolution 2100 notamment en ce qu’elle exige le désarmement des groupes armés et la restauration de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’État malien sur l’ensemble du pays ;

 

10-  Fragilise et discrédite davantage l’État central au moment précis où les défis présents et à venir auxquels notre Peuple est confronté exigent plutôt une autorité centrale forte, tournée vers l’avenir, capable d’impulser le développement durable et harmonieux sur l’ensemble du territoire national, d’endiguer les forces centrifuges, de révolutionner les structures féodales et de neutraliser les forces obscurantistes.

 

11- Consacre la mise de la République du Mali sous tutelle de l’Algérie, pays par lequel a pourtant transité la colonne du Colonel Najim en provenance de la Libye et en route pour la déstabilisation du Septentrion malien en transformant l’État malien en un condominium franco-algérien géré par des nostalgiques du régime colonial et de la ‘’Métropole’’.

 

12- Dénote un manque total de perspective historique – rétrospective ou prospective – sur les tenants et aboutissants de la rébellion armée déclenchée en 2012.

La CNAS-Faso Hèrè s’interroge sur le rôle réel du Haut Représentant Spécial du Président de la République que l’on voit et entend paradoxalement de moins en moins en cette phase pourtant cruciale des pourparlers d’Alger et ce, d’autant plus qu’il y a lieu de fustiger l’attitude et les propos inacceptables (tels que rapportés par l’Aube du 7 novembre 2014) des représentants de l’Union Africaine, de l’Union Européenne et du Médiateur algérien enjoignant au Mali de violer sa propre constitution pour accommoder un groupe de rebelles armés dépourvus de toute légitimité.

La CNAS-Faso Hèrè note au passage que le ‘’Mémorandum de la Délégation du Gouvernement de la République du Mali’’ en date du 22 octobre 2014 ne remet pas en cause l’ossature de la synthèse proposée par les médiateurs. Qui plus est, le Gouvernement s’enfonce dans la manipulation du Peuple et dans une stratégie de fuite en avant proposant de réaliser par voie législative ce que les médiateurs recommandent de faire par voie de révision constitutionnelle, en faisant mine d’oublier que, d’une manière ou de l’autre, il s’agirait d’une violation de la constitution et d’une remise en cause du caractère républicain, laïc, unitaire et démocratique de l’État malien tel que prescrit par toutes les constituions de notre pays depuis 1958.

La CNAS-Faso Hèrè s’interroge sur l’influence malheureusement négative de l’ex-puissance coloniale qui, après avoir rédigé le projet ayant abouti à la fameuse résolution 2100 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, semble être l’inspiratrice intellectuelle et politique réelle de la synthèse des médiateurs.

En effet, la CNAS-Faso Hèrè rappelle que a) c’est à son retour précipité de Paris que, dans un discours à la Nation sensé porter sur les évènements du 30 septembre 2013 à Kati, le Président de la République annonçait, de façon totalement déconnectée desdits évènements que « les populations des régions de Kidal, Gao, Tombouctou, etc. seront mises en totale responsabilité de leur développement » et b) un fort contingent « d’experts » français conduits par M.  Charles Jocelyn, ancien Ministre de la Coopération, avait participé aux Etats généraux de la Décentralisation, une rencontre dont la documentation de base semble  avoir été élaborée- ou à tout le moins inspirée – avant l’investiture présidentielle du 4 septembre 2013.

Le document de synthèse des médiateurs tout comme le mémorandum du Gouvernement n’exigent pas que soient lancées des poursuites judiciaires contre les auteurs et commanditaires des graves crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis et continuent d’être commis dans le Septentrion malien. Or, toute paix concoctée au prix de l’impunité ne serait que vaine et illusoire. La CNAS-Faso Hèrè réitère son exigence, exprimée déjà en 2012, que les poursuites judiciaires diligentes et sans complaisance soient engagées contre les leaders de la rébellion armée et des groupes jihadistes pour atteinte à la sureté intérieure et extérieure de l’Etat, désertion et crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Contre toute logique, comment un pays qui n’a pas pu, faute de capacités humaines techniques, matérielles et financières suffisantes, tant au sommet qu’au niveau local, ‘’réussir’’ la décentralisation,  peut-il sauter à l’étape supérieure, celle d’une soit disant « régionalisation » (en fait, de la Confédération)  dont personne n’est demandeur au Mali?

Dans un avenir proche, la CNAS-Faso Hèrè se propose de lancer, conjointement avec d’autres partis et forces sociales, une initiative consistant à tenir le 3éme Round du processus de Table Ronde qui avait, le 8 décembre 2012, débouché sur l’adoption du Manifeste pour la Nation par l’essentiel de la classe politique et de la société civile.

En dernière analyse, le document de synthèse n’ordonne ni n’organise le cantonnement et, a fortiori, le désarmement des groupes armés, toutes choses qui violent les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité de l’ONU, tout particulièrement la résolution 2100, ainsi que la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République du Mali ;

La CNAS-Faso Hèrè fustige les propos inadmissibles et les pressions inacceptables provenant des représentants de l’Union Africaine, de la Minusma, de l’Union Européenne et de la médiation algérienne enjoignant au Gouvernement malien de violer la constitution. Elle demande la récusation de Pierre Buyoya comme chef de la mission de l’Union Africaine au Sahel.

Le Bureau Politique National de la CNAS-Faso Hèrè réaffirme son attachement au raffermissement d’un partenariat économique et militaire gagnant – gagnant avec la France, lequel est incompatible avec toute idéologie inspirée de la France Afrique. La CNAS-Faso Hèrè salue la solidarité historique entre le Peuple français et le Peuple malien. Au nom précisément de cette solidarité agissante, le Bureau Politique National demande instamment au Président François Hollande et à ses ministres de cesser de lancer des ultimatums au Mali concernant, hier le calendrier des élections, et aujourd’hui la finalisation de quelque Accord que ce soit relatif au Nord.

Il y a lieu de dénoncer l’amateurisme de la délégation du Gouvernement qui, par naïveté et par souci mal inspiré de paraître aux yeux des médiateurs comme étant prête à conclure (probablement sur injections téléphoniques du Président François Hollande), a soumis ses commentaires immédiatement et sur place sans prendre le soin de consulter le Peuple malien.

Dans ce contexte, la CNAS-Faso Hèrè condamne le mépris manifeste que les pouvoirs publics affichent à l’endroit des partis et associations politiques dans le traitement du dossier du Nord. En effet, ces acteurs pourtant incontournables dont certains ont joué un rôle de premier plan dans l’accession de notre pays à l’indépendance et dans la conquête de la démocratie pluraliste au Mali, sont même exclus de la soit disant « campagne d’information et de sensibilisation » lancée par le Gouvernement.

Rappelant que le devoir premier du Président de la République est de défendre la Constitution, l’unité nationale et l’intégrité territoriale du Mali, le Bureau Politique National de la CNAS-Faso Hèrè tient à prendre le Peuple malien tout entier à témoin de l’acte de forfaiture et de haute trahison que constituerait la signature de tout Accord basé sur l’ossature inchangée dudit ‘’pré-Accord’’.

L’octroi d’un mandat présidentiel, même aux allures apparentes de plébiscite, n’équivaut pas à un blanc-seing donné  pour tourner le dos aux valeurs et idéaux du 22 septembre 1960 et du 26 mars 1991.

Naguère présenté et perçu par une importante frange de l’opinion nationale comme l’homme de la dignité nationale, l’actuel Président de la République doit prendre garde à ne pas se transformer en homme de la démission nationale et de l’éclatement du Mali. Celui qui a fait de la critique des Accords d’Alger de 2006 son fonds de commerce politique ne saurait signer la fin de l’Etat républicain, démocratique, laïc et unitaire du Mali.

Face à ces développements porteurs de gros dangers pour l’avenir démocratique et républicain de l’État malien, le Bureau Politique National de la CNAS-Faso Hèrè lance un appel pressant à la mobilisation générale de toutes les forces patriotiques, progressistes, démocratiques et républicaines ainsi qu’à la vigilance des pays frères et amis pour faire échec au plan diabolique visant à détruire le Mali en tant que République démocratique, laïque et unitaire.

 

  1. B) Les malversations financières :

Jamais, depuis la proclamation de la République en novembre 1958, notre pays n’a connu une telle frénésie boulimique de détournement de l’argent public et une telle atmosphère nauséabonde de pratiques proprement mafieuses de la part d’agents de l’Etat et de leurs partenaires affairistes étrangers. S’abritant derrière une interprétation élastique mais erronée de l’article 8 du code des marchés publics et exploitant à son profit l’exigence populaire d’un réarmement des Forces Armées et de Sécurité, un réseau mafieux d’officiels publics, miné par des luttes intestines entre clans rivaux, s’est adonné à un véritable festival des brigands aux dépens du Peuple malien et de ses maigres ressources financières.

Il est fort troublant de noter que, tant du côté des marchés dits « d’équipement de l’Armée » que de celui du second avion présidentiel, le nom du parrain Corse Tomi et de celui de ses agents revient toujours. La technique des sociétés-écran (créées express et ad hoc pour les ‘’besoins de la cause’’) et le recours à des paradis fiscaux ne laissent subsister aucun doute quant à la nature délibérément criminelle des transactions.

En accordant, en violation de la loi, y compris mais pas seulement la loi des finances, et contre tout bon sens la garantie de l’État là où celui-ci devait plutôt exiger du cocontractant une caution bancaire, les pouvoirs publics ont fait preuve d’un amateurisme inadmissible à ce niveau de responsabilité et d’une connivence active avec un réseau de prédateurs particulièrement voraces.

Au surplus, il est curieux de constater que le régime actuel excelle dans l’art irresponsable de repousser sur le dos et à la charge des gouvernements futurs le financement d’engagements pris aujourd’hui à la fois hors budget et sans aucune couverture en cash. Soit dit en passant, la même technique a été utilisée pour jeter de la poudre aux jeux de l’UNTM. Dans le même ordre d’idées, en tentant de compenser les contre performances des régies financières et le gel des aides budgétaires globales par l’émission de bons du Trésor, le régime actuel alourdit la dette intérieure et charge la barque pour les gouvernements futurs.

La CNAS-Faso Hèrè fut, de toutes les organisations de la société politique et civile, le premier Parti à avoir exigé, et ce dès le 26 septembre 2014, la prise de sanctions politiques, administratives et pénales contre toute personne physique ou morale impliquée de près ou de loin dans les intolérables scandales financiers entourant les contrats de la Défense et l’acquisition du second avion présidentiel. En effet, le Peuple malien n’acceptera pas que prospère en toute impunité le scandaleux scenario du « foroba michi » ayant mangé le « foroba gnô ». Après tout, c’est précisément la corruption des élites publiques, civiles et militaires, sur fond d’impunité qui a fait et continue de faire le lit de la féroce campagne des forces putschistes et obscurantistes contre la démocratie et les institutions républicaines.

Le Peuple malien, ainsi que la communauté internationale sont en droit d’attendre du Président de la République qu’il s’adresse publiquement et solennellement à la Nation et l’éclaire sur son rôle réel et sa part éventuelle de responsabilité personnelle dans la conception et l’attribution des contrats et marchés sulfureux dénoncés par la Cour suprême et le Bureau du Vérificateur Général. Sauf à laisser persister et accréditer dans l’opinion publique nationale et internationale un lourd soupçon de connivence de leur part avec des criminels à col blanc, le Président de la République et son Premier Ministre se doivent de prendre sans délai et d’annoncer publiquement les inéluctables sanctions draconiennes qui s’imposent contre les auteurs et complices des ignobles malversations financières perpétrées aux dépens du Peuple et de l’Etat maliens.

Il convient de rappeler que, dès le 2 avril 2014, la CNAS-Faso Hèrè et ses alliés de l’ADPS (Alliance des Démocrates pour la Sortie de crise) avaient demandé à l’Assemblée Nationale, mais en vain, d’interpeler le Gouvernement sur la réalité ou non desdits marchés de la Défense et d’acquisition du 2ème avion présidentiel et sur leur conformité à l’intérêt général et au texte en vigueur. C’est le lieu a) de souligner aussi que, tout comme les options idéologiques, les institutions ne valent que par les hommes et les femmes chargés de leur animation et, b) d’inviter les Députés, de la majorité comme de l’opposition, à veiller à faire usage des prérogatives que la constitution leur octroie en matière de contrôle de l’action gouvernementale et à refuser de jouer un simple rôle passif de chambre d’enregistrement.

 

  1. C) Les récents développements de la crise Ebola au Mali :

La CNAS-Faso Hèrè salue la décision du Président de la République d’ordonner une enquête sur la gestion de la crise Ebola au Mali. Sur la base des informations actuellement disponibles par voie de presse, il est permis de se demander a) si la clinique Pasteur n’a pas mis l’argent (y compris celui découlant du contrat signé avec la MINUSMA et au moins une compagnie minière) avant la santé des populations, y compris celle de ses propres employés ; et b) si, le patient guinéen admis à ladite clinique le 25 Octobre 2014 et décédé le surlendemain étant à la fois un Iman et réputé être ‘’marabout’’, des connivences affairistes, voire politiques n’ont pas abouti à organiser un véritable blackout sur la situation, une conspiration (cover up) du silence et de la dissimulation, sachant malheureusement l’importance indue du ‘’ maraboutage’’ dans les mœurs politiques, administratives, économiques et sociales de notre pays ainsi que  dans les pratiques de certains affairistes ayant vendu leur âme égarée au Dieu-Argent.

Il est fort à craindre que notre pays ne se trouve confronté à un véritable ‘’Pasteurgate’’ ou « Ebolagate » dont seule une enquête internationale indépendante dirigée par l’OMS permettrait de démêler l’écheveau et de traquer les commanditaires et les bénéficiaires de ce qui a tout l’air d’un complot contre la santé publique.

La CNAS-Faso Hèrè exige qu’une suite judiciaire appropriée soit donnée aux résultats de l’enquête ordonnée par le Président de la République à l’encontre de toutes personnes physiques ou morales, y compris l’institut Pasteur et ses responsables, impliquées dans l’imbroglio ayant abouti à la mise en danger de la vie de toute une Nation et de l’économie nationale.

La mise en quarantaine d’une famille donnée à Bagadadji et de la Clinique Pasteur est-elle réelle et effective ? Le Peuple malien est en droit d’exiger une réponse claire et fiable de la part des pouvoirs publics.

La CNAS-Faso Hèrè recommande fortement aux pouvoirs publics, avec l’aide de la communauté internationale, de renforcer la formation, la sensibilisation et l’équipement du personnel médical et para– médical, d’améliorer le ‘’système’’ d’information, d’alerte précoce et de réaction rapide, d’améliorer la coordination et la circulation de l’information non seulement avec les pays voisins, mais aussi entre les différentes composantes publiques, privées, associatives et communautaires du système national de santé publique.

La CNAS-Faso Hèrè prend acte de la volonté exprimée par le G-20 d’augmenter son appui à la lutte contre l’épidémie Ebola mais note que a) selon OXFAM, près de la moitié des membres de ce Club des pays les riches du monde n’ont pas encore tenu les engagements déjà pris à ce jour ; b) une intervention en amont pour renforcer les systèmes nationaux de santé publique, d’assainissement du milieu et de lutte contre la pauvreté eût été plus efficace, moins onéreuse financièrement et moins coûteuse et tragique en vies humaines que les actions actuellement tentées dans l’urgence et la précipitation.

La CNAS-Faso Hèrè invite l’Union Africaine, la CEDEAO et les autres communautés économiques régionales (CER) africaines à redoubler d’effort pour une réforme fondamentale de l’architecture actuelle de l’aide publique au développement et des politiques et motivations -souvent commerciales et géostratégiques – qui la sous-tendent (au-delà des débats académiques sur ‘’l’efficacité de l’aide’’)

La CNAS-Faso Hèrè invite le Peuple malien à rester calme, à ne pas céder au vent de panique et à observer scrupuleusement les consignes données par les autorités médicales et sanitaires à tous les niveaux.

Les évènements entourant les cas de l’iman guinéen dénotent un décalage net entre les assurances mirobolantes données par le Gouvernement et la réalité crue et cruelle des dysfonctionnements et autres gaps dans le dispositif de prévention, de contrôle et de gestion de la crise Ebola au Mali.

 

  1. D) Les événements politiques au Burkina Faso

La CNAS-Faso Hèrè salue à nouveau les Forces patriotiques, progressistes, républicaines et démocratiques du Burkina Faso pour leur héroïsme qui a désormais consacré la date du 31 octobre 2014 comme celle de la victoire du Peuple sur les velléités monarchique d’un clan.

Elle invite les forces Vives du Burkina Faso à demeurer vigilantes et unies pour déjouer les manœuvres dilatoires des forces de la restauration.

La CNAS-Faso Hèrè prend acte de l’adoption de la Charte de la Transition et engage tous les acteurs politiques et sociaux à rester fidèles au Peuple et aux valeurs du 4 août 1983 et du 31 octobre 2014.

Elle invite les Forces Armées et de Sécurité du Burkina Faso à observer scrupuleusement les principes cardinaux d’une Armée Républicaine au service du Peuple et de ses institutions démocratiques et populaires et subordonnée à l’autorité civile légalement et légitimement constituée.

Il importe au plus haut point que les leaders religieux, à quelque confession qu’ils appartiennent, se tiennent en dehors du champ institutionnel politique et s’abstiennent de briguer ou d’accepter quelque poste institutionnel que ce soit dans la direction et la conduite des organes de la Transition.

Le cas du Burkina Faso démontre, une fois de plus, l’inefficacité des Organisations continentales ou régionales africaines face aux velléités d’un Chef d’État en exercice de s’éterniser au pouvoir ou d’instaurer une succession dynastique. En outre, lesdites Organisations ne semblent pas à l’aise face à des soulèvements populaires contre des régimes autoritaires et corrompus.

La CNAS-Faso Hèrè souhaite vivement que, sans tomber dans une chasse aux sorcières ni dans des règlements de comptes à caractère personnel ou clanique, les autorités de la Transition, appuyées par les Forces Vives, engagent un vaste programme d’assainissement économique et financier qui permette au Peuple et à l’État burkinabè de récupérer tous les biens spoliés et dissuade à l’avenir toute activité de corruption et de délinquance à col blanc de la part des autorités politiques et des agents de l’État. La période de Transition ainsi ouverte devrait être mise à profit pour élucider les crimes et autres violations flagrantes des droits de l’homme commis par l’Ancien Régime et s’assurer que les auteurs, commanditaires et complices répondent devant une justice transparente et indépendante.

En outre, il appartiendra aux autorités de la Transition, avec la participation active des forces politiques et sociales, d’engager les réformes politiques et institutionnelles qui permettent au Peuple de jouer effectivement et efficacement son rôle majeur d’acteur et de bénéficiaire du changement et de conjurer tous risques futurs de confiscation du pouvoir d’Etat au détriment de la souveraineté populaire par des tripatouillages et autres maquillages pseudo- constitutionnels.

Suivant en cela l’exemple du Mali du 26 mars 1991, le Peuple du Burkina Faso vient d’indiquer à tous leurs frères et sœurs d’Afrique la voie à suivre pour neutraliser tous autres éventuels apprentis – Présidents à vie qui font l’insulte à leur Peuple de croire que sans eux, nos Peuples iraient à leur perte.

La CNAS-Faso Hèrè demande aux nouvelles autorités du Burkina Faso d’honorer les mandats d’arrêt lancés par le Gouvernement malien contre les leaders du MNLA et du HCUA / Ança Eddine qui avaient trouvé refuge, gîte, couvert et appui multiforme à Ouagadougou.

Elle espère qu’après les évènements du 31 octobre 2014, s’ouvre désormais une nouvelle page de concorde et de solidarité entre les peuples du Burkina Faso et du Mali pour un retour rapide de la paix et de la sécurité dans le Nord de notre pays.

Les évènements au Burkina Faso rappellent et confirment, à juste titre, la pertinence des propos d’un paysan de Kolokani s’adressant au Comité Militaire (dit) de Libération Nationale à la veille du référendum du 2 juin 1974 : ‘’ Le Peuple est tel une meute de lions qui vous semble être docile aujourd’hui. Mais, le jour où cette meute se soulèvera contre vos abus, vos chars et avions de combat ne vous sauveront pas’’.

 

Bamako, le 18 novembre 2014

 

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