Search
samedi 18 août 2018
  • :
  • :

Conseil de sécurité de l’ONU: la succession de Ban Ki-Moon ouverte

huit candidats passent un grand oral

Le processus de sélection du nouveau Secrétaire général des Nations Unies, traditionnellement décidé en coulisse par quelques pays puissants, impliquera pour la première fois des rencontres publiques avec chaque candidat à ce poste.
Chacun des huit candidats s’exprimera formellement devant l’Assemblée générale, au cours de trois jours de dialogues informels commençant hier mardi 12 avril pour défendre leur candidature. Le grand public pourra poser des questions par l’intermédiaire de représentants de la société civile et des médias sociaux.

Pour la première fois dans l’histoire des Nations unies les prétendants au poste de secrétaire général vont passer à partir d’hier mardi 12 avril à New York des auditions devant l’Assemblée générale pour défendre leur candidature.
C’est en quelque sorte à un entretien d’embauche que les huit candidats déjà déclarés (quatre homme et quatre femmes) vont se prêter pendant deux heures chacun. Ils devront exposer leur conception du poste de diplomate en chef et leurs objectifs, et répondre aux questions des 193 pays membres. Ban Ki-moon, l’actuel secrétaire général, quittera son poste à la fin de l’année après deux mandats de cinq ans.
Alors qu’en apparence ces dialogues publics informels ne semblent pas révolutionnaires, il s’agit vraiment d’une nouveauté. Les huit Secrétaires généraux que l’ONU a eus en 70 ans d’existence ont tous été sélectionnés dans le cadre d’un processus relativement fermé par les 15 membres du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Royaume-uni, Chine, France). Cette fois-ci, l’Assemblée a insisté pour que le processus soit plus transparent, en apparence au moins car le dernier mot reviendra aux cinq Grands. L’Assemblée a donc demandé à chaque candidat de faire acte de candidature par lettre, accompagnée de son CV.
Cette semaine, chaque candidat aura deux heures de dialogue qui sera télévisé et retransmis en direct sur le web. Cela commencera par une brève présentation orale. Chaque candidat a déjà soumis, ou soumettra, une déclaration écrite présentant sa vision pour 2017 et au-delà.
Après ces remarques préliminaires, les États membres auront deux ou trois minutes pour poser des questions au nom de leurs pays ou groupe géographique. Les candidats pourront également avoir une rencontre avec la presse à l’extérieure de la salle de l’Assemblée générale.
Le Président de l’Assemblée générale et le Service de liaison non-gouvernementale de l’ONU ont créé un site web où les gens peuvent soumettre des questions par écrit, vidéo ou audio avec l’hashtag #UNSGcandidates.
Des questions présélectionnées seront lues au cours des dialogues informels. Plus de 500 questions ont déjà été soumises, allant de « quels critères utilisera le candidat pour nommer des hauts responsables » à « comment vos mesures mettront-elles fin à la pauvreté dans le monde » et « comment allez-vous apporter la paix au Moyen-Orient ».
L’actuel Président de l’Assemblée générale, Mogens Lykketoft s’est dit optimiste sur le fait que pour la première fois dans l’histoire des Nations Unies ce processus très transparent permettra de formuler plus clairement ce qui est attendu du prochain Secrétaire général.
Étant donné que ces dialogues pourraient influencer le processus de sélection, on peut s’attendre à une certaine résistance de la part du Conseil de sécurité.
Selon M. Lykketoft, ce n’est pas le cas et même les principales puissances comprennent que les problèmes les plus importants de la planète ne peuvent être résolus que grâce à la coopération. « Nous avons besoin d’une ONU forte et cela devrait se refléter dans la façon dont nous choisissons, et les compétences que nous exigeons du nouveau Secrétaire général ».
La Charte des Nations Unies, signée en 1945, dit peu de choses sur la façon dont un Secrétaire général doit être sélectionné, en dehors de l’article 97, qui note que le candidat « est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité ».
Lors de sa première session en 1946, l’Assemblée générale fut beaucoup plus active dans le processus de sélection. Elle adopta la résolution A/RES/1/11 précisant que le Conseil s’occupe du processus de sélection, se met d’accord sur un seul nom lors d’une réunion à huis clos, et présente ce nom à l’Assemblée générale pour un vote.
Depuis 1946, le Conseil de sécurité a fait exactement cela, discutant et votant à huis clos jusqu’à ce qu’il y ait un candidat avec une majorité et sans veto d’un membre permanent du Conseil. Ce nom est ensuite envoyé officiellement à l’Assemblée générale, dont les membres approuvent sans discussion ce candidat.
Mais ces dernières années, la pression s’est accrue pour une plus grande transparence. En décembre de l’année dernière, M. Lykketof a co-signé une lettre avec l’Ambassadrice américaine Samantha Power, qui, à ce moment-là occupait la Présidence tournante du Conseil de sécurité. Cette lettre, qui a été envoyée à chacun des représentants et observateurs permanents, déclare que dans un souci de « transparence et d’ouverture » le processus de sélection devrait être ouvert à des candidatures nationales et à des rencontres informelles avec les candidats.
« De nombreux États membres veulent mieux connaître les candidats et se faire une opinion sur la personne qui va devenir Secrétaire général avant que les délibérations ne commencent au Conseil de sécurité », a expliqué M. Lykketoft.
Selon lui, cela pourrait vraiment changer les choses. Si une majorité de pays se rallient autour d’un candidat, « il sera très difficile de penser que le Conseil de sécurité choisisse un autre nom ».
Parmi les principaux candidats figurent la directrice de l’Unesco, la Bulgare Irina Bokova, l’ex-Première ministre de Nouvelle-Zélande Helen Clark, qui dirige le Programme des Nations unies pour le développement, et l’ancien Haut commissaire de l’ONU aux réfugiés, le Portugais Antonio Guterres.
En outre, sont déjà sur les rangs : l’ex-président slovène Danilo Türk et quatre chefs de la diplomatie, anciens ou en poste : Vesna Pusic (Croatie), Natalia Gherman (Moldavie), Srgjan Kerim (Macédoine) et Igor Luksic (Monténégro).
La course reste très ouverte, d’autant que des diplomates s’attendent à ce que d’autres candidats émergent dans les mois à venir, y compris des poids lourds qui attendent le moment propice. Les noms de la Commissaire européenne Kristalina Georgieva, une autre Bulgare, et de la ministre argentine des affaires étrangères Susana Malcorra, ex-cheffe de cabinet de Ban Ki-moon, sont souvent évoqués.
Le processus de sélection commencera véritablement en juillet entre les 15 membres du Conseil, avec plusieurs tours de scrutin à bulletin secret.
En septembre, le Conseil soumettra un seul nom à l’Assemblée pour qu’elle entérine ce choix.
La Charte des Nations Unies donne peu d’informations sur les qualifications requises pour le poste.
Mais au sein de l’instance onusienne l’on décrit une personne avec « des idées claires et la capacité » de remodeler l’Organisation afin qu’elle reflète beaucoup mieux « l’interdépendance des défis fondamentaux auxquels les Nations Unies sont confrontées en matière de développement durable, de paix et de sécurité, de droits de l’homme ».
Ce passage de témoin intervient au moment où l’ONU est confrontée à la plus grave crise de réfugiés de son histoire et à des guerres en Syrie, Yémen et Soudan du Sud et surtout à des attaques asymétriques dans notre pays faisant d’elle la mission de la paix la plus couteuse en termes de perte de vies humaines. Ses détracteurs jugent l’organisation inadaptée et impuissante à se réformer et la réputation de ses Casques bleus a été ternie par une série de scandales d’abus sexuels en Afrique. Dans ces conditions, certains diplomates réclament une personnalité d’envergure, énergique et éloquente. « Davantage un général qu’un secrétaire », résume l’un d’eux.

PAR MOHAMED D. DIAWARA




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *