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mercredi 27 mai 2020
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COVID-19: l’anti-pédagogie préventive

Le Ministre de la Sécurité et de la Protection civile constate avec regret le non-respect des mesures de prévention issues du Conseil Supérieur de la Défense Nationale dans le cadre de la lutte contre le Coronavirus qui est devenu, depuis peu, un phonème mondial. Malgré les mises en garde des autorités, au travers de multiples communications, certains citoyens persistent à organiser des rassemblements à l’occasion de mariages, de baptêmes et autres cérémonies sociales fastueuses.

ace à ces comportements que rien ne justifie, le ministre informe l’opinion que des mesures drastiques sont d’ores et déjà prises pour contraindre les contrevenants à se conformer aux prescriptions en vigueur. Aussi, rappelle-t-il que toute personne prise en violation flagrante des mesures imposées répondra de ses actes devant la justice.

Le ministre en appelle donc au sens patriotique de tous, afin que notre pays soit épargné par ce fléau.

Comme si cela ne suffisait pas, Invité du JT de l’ORTM, le même ministre, pardon, le Général en tenue de guerre affirme que les hommes feront appliquer les mesures prises par le Gouvernement par tous les moyens ! Y compris l’ordre de tirer ?

L’ordre du ministre Salif

Que nenni !! Dans une vidéo qui a circulé, dimanche nuit sur les réseaux, on voit le Général Salif TRAORE faire un rétropédalage et écarter tout usage de la force. En effet, le ministre de la Sécurité et de la protection civile a instruit au Directeur Régional de la Police nationale une forte patrouille en vue d’appliquer les mesures prises par le Gouvernement concernant la fermeture des boîtes de nuit, des bars, des dancings et tous autres lieux de rassemblement qui dépassent 50 personnes.

Le ministre TRAORE a intimé aux hommes de ne tirer sur personne, et de ne faire aucun usage de force.

Divisées en deux équipes, les Forces de défense et de sécurité sillonnent actuellement tous les coins et recoins de Bamako et environ. Comme instruites par le ministre, les Forces de l’ordre composées de la Gendarmerie nationale, de la BAC, de la BSI et de la Police nationale mettent en avant la sensibilisation, et ce, dans la cordialité.

Que vaut l’autorité de l’État sans la force ? On dit dans la littérature républicaine : ‘’la justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste’’. Quid le Gouvernement ?

C’est une lapalissade que de dire que sans autorité, il n’y a pas de gouvernement possible.

Pour gouverner, explique Samuel Ferdinand-Lop, il faut faire preuve de fermeté et d’autorité. Parce que ‘’l’État c’est l’autorité, c’est la force, c’est l’ostentation et l’infatuation de la force. Il ne s’insinue pas, il ne cherche pas à convertir : et toutes les fois qu’il s’en mêle, il le fait de très mauvaise grâce ; car sa nature, ce n’est point de persuader, mais de s’imposer, de forcer’’. (Mikhaïl Bakounine in Dieu et l’État).

Force à la Loi

En clair, l’État ne doit ni fignoler, ni tergiverser quant à son autorité qui fonde sa crédibilité. Car,  ‘’si l’autorité feint d’aimer, elle est odieuse, et si elle aime réellement elle est sans puissance’’. C’est pourquoi l’application de la pensée de Bakounine à notre cas donne les oxymores suivants :

Le Gouvernement qui veut interdire les attroupements, c’est celui-là même qui a dit que les législatives seront maintenues quoiqu’il arrive, avec ou sans Corona, qui ferme les yeux et laisse les candidats continuer à battre campagne… C’est le même Gouvernement qui se refuse à fermer les marchés, lieux de promiscuité et de toutes les contagions possibles. C’est le même Gouvernement d’un pays qui se dit musulman qui n’a jamais envisagé, pas une seule minute la fermeture des mosquées alors que les prières collectives sont prohibées dans celles-ci dans la presque totalité des pays musulmans.

Le Gouvernement qui veut interdire les attroupements de plus 50 personnes par le déploiement de toutes les forces à travers les villes, c’est le même Gouvernement qui a laissé l’insécurité gangréner nos rues et nos localités où les braquages se font désormais en plein jour, à Bamako, même contre les Orange Money ou les guichets automatiques des banques.

Le Gouvernement qui bombe la poitrine à travers le Baga-baga (bluff) est celui qui décrète la fermeture des frontières, pour ensuite accorder des dérogations spécieuses à des vols Air-corona pour déverser des centaines de passagers qui disparaissent dans la nature après un simple contrôle visuel à l’aéroport. Non, ces passagers venus des pays affectés par le Corona ne sont pas contagieux, ce sont nos compatriotes, des Maliens qui ne peuvent pas attraper le Corona, alors que partout dans le monde ces cargaisons de respectables passagers sont confinés dans des hôtels réquisitionnés pour leur quarantaine.   

Le Gouvernement qui veut interdire les attroupements est celui qui, à travers moult artifices, refuse de placer à l’isolement certains de ses membres ayant été en contact avec des porteurs et des transporteurs de Covid-19 alors qu’ailleurs dans le monde des chefs de gouvernement responsables (Justin TRUDEAU au Canada, Angela Merkel en Allemagne, plusieurs ministres et députés en France… et de l’autre côté de la frontière au Pays des hommes intègres) se sont mis volontairement en quarantaine.

Quel crédit peuvent avoir ces sorties anti pédagogiques ? Surtout qu’est-ce que notre Gouvernement qui nous affirme, sans sourciller, ne détenir qu’environ 2 000 tests, 20 lits, un seul respirateur peut-il prouver aux Maliens ? Qu’ils se soucient de leur sort face au Corona ? Il y a de quoi perdre son latin.

Doit-on se réjouir si le Pr Akory Ag Iknane DG de l’INSP s’empresse de rectifier en expliquant que notre pays ne dispose actuellement, dans le seul cadre de la riposte au Covid-19 que de 12 respirateurs, dont 5 portatifs et 10 lits à l’Hôpital du Mali extensible à 102 lits, 3 respirateurs et 7 lits au Point G, 2 respirateurs et 10 lits à l’hôpital dermatologique, 2 respirateurs au CNOS, 9 lits à Kati, 3 lits au Gabriel Touré pour ne citer que ceux-là… Comme s’il y avait véritablement d’autres structures à Bamako que celles citées.

PAR BERTIN DAKOUO




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