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vendredi 29 mai 2020
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COVID-19: la marche de l’écrevisse

Entre cabotinage et volonté réelle d’arrêter la propagation de la maladie à Covid-19, les mesurettes prises au plan national relèvent de la piperie. Voici la marche de l’écrevisse du Mali.

Dès que le Mali a été touché par l’épidémie du Coronavirus, le Conseil National du Patronat du Mali (CNPM) a saisi la première occasion qui lui a été présentée pour soumettre au Gouvernement un Mémorandum en 8 points. Chacun prêchant pour sa propre chapelle, aucune de ces mesures n’a un impact direct sur le quotidien du Malien lambda dont les préoccupations sont à mille lieues de celles exposées devant le ministre de la Santé et des affaires sociales.

Dans le tempo

Par contre, dans le cadre de la lutte contre la pandémie mondiale de Coronavirus (COVID-19) et compte tenu de l’évolution de la pandémie dans notre pays, le ministre des Transports et de la mobilité urbaine informe les professionnels des transports et les usagers qu’à compter de ce 27 mars 2020, les mesures suivantes seront appliquées sur toute l’étendue du territoire national. Il s’agit de :

-l’embarquement des passagers dans les bus, mini-bus, auto-cars, en tenant compte des distances d’au moins un (01) mètre entre les passagers ;

-de la limitation à la moitié du nombre de places prévues sur la carte grise du véhicule ;

-de la limitation du nombre de passagers à trois (03) au lieu de cinq (05), y compris le conducteur pour les taxis et les véhicules particuliers.

Concernant les engins à deux (02) roues, le nombre de passagers est limité à un (01).

Les blocages objectifs

La décision ministérielle, qui devrait contribuer à mettre en musique les différentes initiatives sectorielles, est bien conforme à l’une des mesures-barrières, à savoir ‘’garder une distance d’au moins un mètre avec toutes les personnes qu’on rencontre et avec ses proches les plus faibles, en mettant fin aux poignées de mains, aux bises et aux embrassades’’. Le génie du Département des Transports et de la mobilité urbaine s’arrête là. Parce que dans le réel, la chienlit continue de plus belle, la faute à l’absence de mesures d’accompagnement. En effet, il est bien beau de demander à un conducteur de taxi de ne pas excéder le nombre de trois passagers, mais le manque à gagner, qui le supporte puisque le carburant est au même prix à la pompe ? Il est facile de demander qu’à l’embarquement des passagers dans les bus, mini-bus, auto-cars, on tienne compte des distances d’au moins un (01) mètre entre les passagers. Mais, le manque à gagner, qui le supportera, puisque ces véhicules rouleront à vide au quart ?

Conséquence : aucun transporteur ne respecte la distance d’un mètre conseillée. Au contraire, les véhicules de transport (SOTRAMA, Dourouni) continuent à faire le plein de passagers au vu et au su de tout le monde, à commencer par les forces de sécurité avec lesquelles s’est instaurée une certaine complicité.

Une réduction du prix du carburant en guise de compensation des pertes liées à la limitation du nombre de passagers aurait permis d’imposer la mesure gouvernementale. Les autorités le savent, mais ferment les yeux là-dessus ; les transporteurs également connaissent la mesure et feignent de l’ignorer. Chacun fait semblant et le Coronavirus peut se propager à souhait.

L’inconséquence

Une autre incongruité est en rapport avec le fameux couvre-feu décrété sans aucune imagination. La carte de presse ? Basta ! Elle ne vaut rien à côté d’un laisser-passer signé par un Directeur général de la Police, alors qu’elle l’est par le ministre de la Communication.

Les médecins ? Il faut être ‘’urgentiste’’ sous peine de se faire prendre au collet par des cow-boys qui patrouillent à partir de 21 heures, début du couvre-feu. Cette restriction est tout autant virale que le COVID-19 dont elle prend prétexte. Parce que les urgences, pour un médecin, ne sont pas circonscrites aux cas de Coronavirus. Il faut être d’une naïveté affligeante ou d’une mauvaise foi toxique pour croire que le Coronavirus conjugue à l’infinitif les autres urgences et maladies. Dans les pays où nous copions, seuls ‘’les déplacements non essentiels sont interdits’’. C’est une aberration qu’un pays qui prétend être en guerre sanitaire, confine volontairement ses combattants que sont les agents de santé. Cette mesure peut être aussi létale que le Coronavirus.

Les dérives inacceptables

Par ailleurs, la mesure visiblement mal inspirée pourrait exacerber un sentiment anti Forces de l’ordre dans un contexte, qu’on se le dise, où la population est frustrée par les pertes qui leur sont infligées sur d’autres théâtres, nonobstant les impressionnants moyens mis à leur disposition, grâce aux sous du contribuable malien. Comment peut-on vouloir embarquer un homme, sa femme et son nouveau-né disposant d’une fiche de libération du Centre de santé où la femme a accouché ? Le premier réflexe ne devrait-il pas être de sécuriser cette famille vulnérable si on a bien compris sa mission ? N’est-ce pas l’essence des patrouilles actuelles, sécuriser la population ? Entre nous, il y a la loi et il y a l’esprit de la loi. Il n’est donc plus rare d’entendre cette invective : ‘’au lieu de nous enquiquiner ici, à Bamako, allez-y vous occuper des juhadistes’’.

L’opacité suspecte

Pis, nul n’est censé ignorer la loi certes, mais dans quelle catégorie range-t-on l’infraction de couvre-feu pour appliquer une amende de 18 000 FCFA après avoir passé la nuit dans un Commissariat de Police où les mesures d’hygiène ne sont pas non plus des plus recommandables ? Parce que chez le maître à penser, c’est la transparence totale. On peut lire dans le ‘’Figaro’’ du 22 mars 2020 : ‘’en cas de quatre violations du confinement dans les trente jours, le contrevenant s’expose à 3700 euros d’amende et six mois de prison au maximum’’. Au Mali, on ne sait que dalle ! Le prétexte selon lequel nul n’est censé ignorer la loi ne saurait prospérer dans ce cas qui relève d’une situation d’exception. Pourtour dans le monde, les amendes ont fait l’objet de publicité. Alors qu’on le fasse également au Mali pour ne pas mourir à la fois du Coronavirus et des extorsions d’argent. Ceux qui se préparent à être les millionnaires du Coronavirus devront compter avec la vigilance d’une population dépitée qui a perdu toute notion de confiance en ses dirigeants.

En cette période très sensible où s’entremêlent crise sécuritaire, crise sanitaire, crise sociale aggravée par la pauvreté ambiante, sachons raisons garder.

PAR BERTIN DAKOUO




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