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mardi 17 octobre 2017
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Crise Burkinabé: ce n’est pas fini…

Le vendredi 31 octobre 2014 restera une journée historique au Burkina Faso, avec la chute du président Compaoré, en poste depuis 27 ans. La veille, de milliers de populations étaient dans les rues pour contester son ambition de rester au pouvoir par une révision constitutionnelle. Le désormais ancien président du Burkina-Faso, selon des sources, serait hors du territoire national précisément en Côte d’Ivoire.

En dépit du climat politique toujours tendu, le calme était revenu samedi dans les grandes villes du Burkina Faso, théâtres de débordements et pillages. Mais, la tension reste toujours visible dans la capitale à l’origine de la prise du pouvoir par les militaires. 

Le nouveau pouvoir militaire contesté a décidé toutefois la réouverture des frontières aériennes fermées depuis le vendredi et un allègement du couvre-feu, qui reste en vigueur de 22h00 (contre 19h00 auparavant) à 06h00. Les frontières terrestres restaient officiellement fermées. Cependant à «Ouaga», le grand marché et les banques sont restés fermés.

Par ailleurs, contre  le lieutenant-colonel Isaac Zida, adoubé par l’armée qui a fini par s’imposer au pouvoir, l’opposition et de la société civile ont demandé à manifester hier pour dénoncer « la confiscation du pouvoir » par l’armée. Il n’est plus question pour elles que le pouvoir soit de nouveau entre les mains de l’armée.  Soutenant la position de celles-ci, la communauté internationale notamment les USA, la CEDEAO, l’UA ont intimé les militaires de remettre le pouvoir aux civils.   

Ouaga vacille, Bamako tremble…

«Celui qui régnera par les armes périra par les armes», dit l’adage. La chute du doyen des Chefs d’État de l’Afrique de l’ouest, Blaise COMPAORE (à la tête du Burkina Faso depuis 1987), à la suite d’une insurrection populaire, confirme une fois de plus cette citation.

La chute précipitée de Blaise qui a pour toile de fond, la réforme constitutionnelle au Burkina Faso est-elle sans conséquence pour le Mali ? Si l’on sait que notre pays est également engagé dans les réformes institutionnelles et politiques et que le désormais ancien président du Faso était le médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne.

 

Toile de fond de la crise: réforme constitutionnelle

Les événements se sont précités au Burkina Faso. En effet, tout est parti du projet de loi déposé sur la table de l’Assemblée nationale du Faso, visant la modification de sa Constitution, pour porter de 2 à 3 le nombre maximum de quinquennats présidentiels. Alors, si le texte était adopté par les députés, jeudi dernier, Blaise pourrait briguer en 2015, un nouveau mandat, donc de se maintenir au pouvoir. Au fait, l’article 37 de la Constitution du Burkina Faso, qui limite à 2 le nombre de mandats présidentiels, allait être modifié sans recours au référendum, au profit du Président Blaise COMPAORE qui pourrait encore présenter sa candidature en 2015. La suite est connue.

Contrairement à Blaise COMPAORE, le président Ibrahim Boubacar KEITA (IBK) n’a certes pas de problème de prolongation de mandat. Mais, le Mali est engagé dans des réformes politiques et institutionnelles, dictées par les besoins d’une relecture des textes, mais aussi par les pourparlers inter-maliens en cours à Alger avec les groupes armés.

La Constitution malienne fixe le mandat présidentiel à 5 ans renouvelables une seule fois. Autrement dit, aucun Président de la République du Mali ne peut faire plus de 10 ans au pouvoir. Le Président IBK, qui vient de célébrer le premier anniversaire de son investiture, en septembre dernier, n’est pas, en tout cas pour le moment, hanté par le problème de prolongation.

La réforme institutionnelle est un vaste sujet de préoccupation. Au fait, chaque fois que l’on soulève la question, la suspicion et l’appréhension s’installent dans l’opinion et le débat se focalise sur un point précis, à savoir s’il faut procéder au déverrouillage ou non de la limitation constitutionnelle du mandat présidentiel (c’est l’article 30 au Mali et tout le monde connaît l’article 37 au Burkina).

Au Mali, la pratique institutionnelle a démontré la nécessité d’une sérieuse relecture des textes fondamentaux.

Déjà, en 1999, la classe politique en avait fait le constat. Ce qui l’a conduit à organiser le Forum national, puis la table ronde de la classe politique dont les travaux inspireront le gouvernement qui soumettra à l’Assemblée nationale, en 2007, un projet de révision constitutionnelle adopté puis rentré.

Six ans après, le 15 juin 2011, le Conseil des ministres, rappelle-t-on, a adopté un projet de loi de révision constitutionnelle. Le 2 aout, la loi est adoptée par 141 voix sur 147. Le peuple était appelé à se prononcer le 29 avril 2012 ; mais le référendum n’aura pas lieu pour les raisons que nul n’ignore.

En tout cas, aujourd’hui plus que jamais, des lacunes et des insuffisances font sentir le besoin d’une relecture des textes, afin de procéder à une réforme des institutions pour consolider notre démocratie.

Maintenant, le Président IBK va-t-il toucher à l’article 30 de la Constitution?

 

L’ombre de Blaise va-t-elle planer sur les pourparlers d’Alger ?

Médiateur attitré de la CEDEAO dans la crise malienne de 2012, l’ancien président du Faso a joué un rôle très important aux premières heures de l’éclatement de la crise de 2012. Il a été un artisan de la signature des Accords de Ouagadougou, ayant permis l’organisation des élections (présidentielle et législative) de 2013 sur toute l’étendue du territoire national.

De même, il est représenté aux pourparlers inter-maliens d’Alger devant aboutir à la signature d’accord définitif entre le Mali et les groupes armés.

La chute précipitée de COMPAORE aura-t-elle des répercussions sur les pourparlers d’Alger ?

Tout porte à le croire, si l’on sait que l’ancien « Homme fort » du Faso, accusé de partialité en faveur des groupes armés, dont certains responsables étaient logés dans les hôtels les plus luxueux du Burkina, ne semble plus jouer un rôle actif dans la résolution de la crise.

 

La stabilité de la sous-région: IBK pourra-t-il assurer le leadership ?

Il n’était un secret pour personne que sous la présidence de Blaise COMPAORE, le Burkina Faso s’est imposé comme un partenaire important de la France, ainsi que des  Occidentaux en général. Entre-temps, l’homme fort de Ouagadougou avait réussi à renforcer ses liens avec ses parrains occidentaux en faisant fonctionner efficacement ses réseaux pour faire libérer un certain nombre d’otages occidentaux enlevés dans des pays voisins par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Par ailleurs, depuis plusieurs années, le Burkina Faso sert aussi de base aux militaires occidentaux pour la surveillance du Sahara. Les drones américains décollent de ces bases pour aller bombarder les terroristes installés dans la région.

Quant à la France, elle a été autorisée à établir à Ouagadougou la principale base de ses forces spéciales dans le cadre de l’opération Barkhane.

Depuis la mort du «Vieux sage» de la Côte d’Ivoire, le président du Faso était devenu la plate tournante de tout ce qui se passait dans la sous-région. Incontestablement, M. COMPAORE assurait le leadership auprès de ces pairs ouest-africains. Pour preuve, l’homme a joué un rôle essentiel en Afrique de l’Ouest et était impliqué pratiquement dans la résolution de toutes les crises.

D’ailleurs, son renversement a été forcément ressenti dans les capitales occidentales, notamment à Paris et à Washington, qui songent déjà à avoir son successeur.

La nouvelle donne géopolitique en Afrique de l’Ouest ouvre la voie à la succession du doyen des chefs d’État, chassé du pouvoir par la rue.

Aujourd’hui, la sous-région ouest-africaine, en proie à un leadership politique, peut voir ce rôle dévolu au Président IBK qui est à même de jouer ce rôle.

Pour ce faire, le président malien a le privilège de l’année par rapport à ses paires. En effet, le Président IBK, qui vient d’entamer son quinquennat, est au centre, car moins âgé que les présidents Alassane OUATTARA et Alpha CONDÉ, mais plus âgé que les présidents Macky SALL et Bony YAYI. Ce dernier étant même sur le départ après voir annoncé sa volonté de ne plus modifier la Constitution de son pays pour s’offrir un nouveau bail politique.

Par Sékou CAMARA 

 

 




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